“Pour la femme juive que je suis, un seul choix : Israël. Ce choix, je l’ai fait il y a quarante ans et pourtant, il était clair qu’il a représenté, à l’époque, un défi de vie fulgurant. Lorsque l’on a grandi comme moi à l’ombre des cauchemars de parents sortis meurtris et orphelins de la Shoah, en pleine négation d’identité juive dissimulée et non dite, il a fallu écouter mon âme et mon corps à la recherche d’un vrai chez soi. Je l’ai trouvé. Cela m’a permis de devenir la femme que je suis, un être humain vivant, impliqué, actif et très clairement politique au sens le plus large, car Israël est sans doute l’entité nationale la plus politique du monde. Voilà ce en quoi je crois.
La magnifique continuité du Peuple juif et son amour de l’étude qui fait que rien n’est jamais acquis. La réalité mondiale qui dépasse quelquefois la fiction et remet en cause notre existence même, ce danger qui devrait nous paralyser et pourtant galvanise notre énergie pour faire plus et mieux en médecine, en sciences, en innovation, entre autres grands sujets dans lesquels les uns et les autres essayons d’exceller au point d’être reconnus par tous nos pairs et autres Prix Nobel… Cette contradiction si profonde et quasiment métaphysique nous enseigne quelque chose sur cette grande question : qui sommes-nous pour être ces êtres humains si riches et si complexes et pourtant si fragiles ?
J’ai une réponse.
C’est l’assurance d’être qui nous sommes. Ces hommes et ces femmes juives qui ne peuvent être autres que ce qu’ils sont à la différence de ceux qui changent, abandonnent et renoncent avec quelquefois infiniment de logique à être ce qu’ils sont.
Les valeurs de notre armée qui sont celles de nos ancêtres héritées des combats de Bar Ko’hba dans la solidarité et le soutien de chacun à chacun. Nous continuons malgré les nombreux échecs de notre société à être un modèle d’éthique et de détermination. Au risque d’avoir beaucoup de contradicteurs, même dans la situation intenable qui est la nôtre vis-à-vis des Palestiniens, je maintiens que nous faisons tout ce qu’il est possible de faire sans compromettre la sécurité de nos concitoyens pour traiter avec humanité ces ennemis qui, je le souhaite, seront peut-être demain de vrais interlocuteurs. Ce qui me fait trembler d’émotion, c’est de voir avec quel dévouement nos médecins soignent les blessés et les malades palestiniens et syriens sans que jamais ces actions ne soient exposées et trouvent un écho dans les médias internationaux soi-disant bien informés… Cela ne peut et ne doit pas nous faire changer de route car c’est notre force même.
Dans ce contexte, j’ai tenu dès que je l’ai pu au terme d’une longue carrière professionnelle dans le domaine de l’architecture des Musées à m’investir dans l’intégration de mes jeunes compatriotes de France en Israël. C’est la raison pour laquelle j’ai fondé le Campus Francophone au Collège Académique de Netanya. Très vite, ce projet est devenu un lieu de rencontres historiques de toutes les grandes voix françaises politiques, intellectuelles, académiques ou artistiques…
Ces rencontres sont une immense réussite d’autant qu’elles s’articulent autour de nos étudiants en leur faisant bénéficier de bourses supplémentaires réunies lors de ces évènements.
Cette année encore, Rama Yade, Pierre François Veil (dans un hommage à sa mère Simone Veil) Steve Kalfa dans le ‘Mendiant de Jerusalem’, Delphine Horvilleur ou encore Boris Cyrulnik sont intervenus ou interviendront sur notre Campus, contribuant à stimuler l’intérêt et enrichir ceux qui y participent. Au-delà de tout cela, il m’a semblé naturel que les partenaires choisis pour travailler ensemble développent avec générosité et excellence nos champs d’action. C’est le cas pour ‘Elnet European Leadership Network’ qui par le biais de son activité principale de lobby en faveur d’Israël multiplie les délégations et les visites de décideurs français qui trouvent chez nous un lieu d’écoute particulier et amical. Ces visites sont incontestablement ce qui permet de faire bouger ne serait-ce que de manière infime, les à priori anti-israéliens et à cet égard, Arié Bensemhoun, qui assume la direction d’Elnet France, accomplit une tache sisyphique mais d’une grande importance. L’alliance Israélite Universelle, grâce à Marc Eisenberg son Président, nous permet de trouver une place remarquable auprès des Institutions Universitaires Françaises en invitant des conférenciers spécialistes de sujets souvent peu connus et qui révèlent des sources d’inspiration uniques.
Pourquoi cet attachement à la France ? La réponse est une réponse du cœur.
Bien sûr la politique. Les trahisons antisémites, les attaques, les résolutions de l’Unesco, les Nations Unies … Tout cela aurait dû me détacher et pourtant nos frères et nos sœurs de France qui tiennent tant à cette double culture, et pourtant ces voix françaises qui s’élèvent avec force pour défendre les citoyens juifs de France et les protéger et puis quelques héritiers de Mendes France, de Badinter et de Simone Veil me laissent espérer que cette France-là reste digne de cet attachement.”

Claude Grundman-Brightman
claude@grundman-ltd.co.il

PARTAGER