Pour être la ‘smart city’ modèle, Ashdod invite la science-fiction à prendre ses quartiers dans son ciel et se lance dans une aventure inédite : devenir la première ‘ville intelligente’ à utiliser les drones dans la vie civile. Objectif : sauver des vies en quelques secondes chrono et s’affranchir des embouteillages du plancher des vaches. Hôpitaux, pompiers, Amazone, DHL et bien d’autres livreurs toutes catégories, vont commencer à faire danser leurs engins au-dessus de nos têtes. Smart, non ? Pour ‘leMag’, Kathie Kriegel a rencontré les chefs d’orchestre de ce ballet d’un genre nouveau. 

 

LES CHEVALIERS DU CIEL

Imaginez une circulation simultanée de centaines, voire de milliers de drones au-dessus de vos têtes. Moins de hurlements de klaxons, de ronronnements de moteurs pollueurs qui nous crachotent au nez, certes. Mais comment éviter la casse et une pluie de tôles froissées de drones ayant fait connaissance de façon… un peu trop rapprochée ? C’est là qu’entrent en piste deux Israéliens spécialistes de l’altitude. Le Brigadier général de réserve Ziv a servi comme pilote dans l’armée de l’air israélienne pendant 25 ans. Ce diplômé de Harvard possède un master en sciences informatiques et un diplôme de management de l’université de Tel Aviv. Quant à son frère, Ran Levy, lui aussi Brigadier général de réserve de l’armée de l’air, il est expert et manager en technologies avancées et développement informatique au sein de l’armée de l’air. Un tandem de choc qui a mis au point ‘Sky-rails’, (que l’on pourrait traduire par les rails du ciel), une application ultra sophistiquée pour gérer ce ballet aérien.

« Coordonner tous les vols en temps réel et organiser leurs trajets simultanément, c’est encore plus complexe que ce qui se fait dans une tour de contrôle d’aéroport », explique Ziv Levy. « Et il n’y a que l’informatique qui puisse gérer tous les paramètres à prendre en compte. D’où cette application de gestion de la circulation aérienne des drones, que nous avons mise au point ».

 

PRENDRE DE LA HAUTEUR EN TOUTE SÉCURITÉ

 

Car ces deux Israéliens nous promettent de prendre de la hauteur en toute sécurité. Pour cela, l’investigation empirique est la plus appropriée. « Nous avons mis au point l’application, mais pour qu’elle soit opérationnelle à 100% avec un risque zéro, nous devons la tester sur le terrain, afin de la finaliser et d’optimiser son efficacité ». C’est pourquoi le coup d’envoi de ce projet pionnier vient d’être donné à Ashdod en janvier 2016, qui sera la première ville en 3D dans leur application.

« Dans une ville, les avions atterrissent et décollent du même endroit, l’aéroport. Mais dans le cas des drones, il y a une multitude de points de décollage et d’atterrissage simultanés et chaque itinéraire est unique », explique Ran Levy. C’est cette multitude de trajets différents, chacun comportant des dangers spécifiques, qu’il s’agira de paramétrer.

« Selon qu’il s’agisse de sauver une vie ou de livrer un bien de consommation, les autorisations de vol seront différentes. Pour sauver une vie, c’est le trajet le plus court qui sera privilégié. Mais pour une livraison ordinaire, le drone aura l’interdiction de survoler un jardin d’enfant ou une station essence par exemple, et il faudra organiser son trajet en conséquence », confie Ziv Levy au Mag’.

« Sans oublier que les drones volent à basse altitude et qu’il faudra également tenir compte des bâtiments de la ville, comme autant d’obstacles potentiels. Notre tâche sera de programmer leur trajet en conséquence, pour bien sûr éviter les collisions » pointe Ran Levy.

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Les drones remplaceront-ils un jour les livreurs de pizza ?

LA ROBOTISATION EN MARCHE

« Le futur c’est l’automatisation », ont martelé les experts, réunis en novembre dernier, au salon de l’aéronautique à Tel Aviv. « Dans un avenir proche tout ce qui pourra être robotisé le sera », a confirmé Rafi Maor, Président du Comité de Direction de l’IAI (Israël Aérospace Industries).

Dans le domaine militaire, tout ce qui permettra d’agir à distance ou de combattre sans faire intervenir de soldats, sera optimisé. Idem pour les transports d’hommes et de logistique. Des prototypes sont déjà opérationnels et une production en série ne devrait plus tarder.

La vie civile ne sera pas en reste. Drones bien sûr, mais aussi voitures de patrouille, autobus, taxis, et engins agricoles pour semer, arroser, fertiliser et récolter, seront automatisés. Fedex a déjà un avion sans hublot et sans pilote.  Lufthansa est prêt à accueillir des passagers, mûrs pour voyager à bord d’un avion de ligne sans pilote. « Mais la technique va plus vite que les mentalités », fait remarquer Rafi Maor.

 

ASHDOD À LA POINTE DU CHANGEMENT

Pour rafler les premières loges dans le futur, rien de tel que de prendre les devants. C’est pourquoi Ashdod est la première ville à vouloir transformer cette vision du futur en actes et à préparer les mentalités de ses administrés. « Notre objectif c’est d’être une « smart city » et d’introduire les nouvelles technologies et la robotique dans la vie quotidienne de nos habitants », nous explique Yehouda Frenkel.

Celui-ci siège au conseil général d’Ashdod, en tant que responsable de l’introduction des nouvelles technologies dans la ville. Il est l’un des hommes clés qui ont permis la concrétisation de ce projet ‘drone city’ à Ashdod. Fort de son expérience de manager chez Elta, au sein du groupe Israël Aérospace Industries (IAA), la fine fleur israélienne de l’aéronautique et du spatial, Frenkel est très au fait des développements dans les domaines de l’équipements et des systèmes électroniques pour environnements sévères.

Avec les travaux d’extension de son port, Ashdod va ouvrir ses eaux à des bâtiments qui ne peuvent mouiller qu’en eaux profondes. Ce qui va booster son volume d’activité. Mais l’objectif premier de la ville n’est pas de rivaliser en taille ou en importance avec les autres, de battre Haïfa aux amarres ou d’être dans le tiercé des plus grandes villes israéliennes. « Notre but est de nous placer en tête en terme de qualité de vie et de modernité ».

Il va donc sans dire qu’il aura fallu à peine une demi-heure à Yehouda Frenkel pour accepter le projet des frères Levy.

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Avec un drone, un organe pourra être transporté du lieu même d’un accident vers un centre hospitalier, pour une greffe immédiate.

 

 

UNE VISION HOLISTIQUE DU DÉVELOPPEMENT

Yehouda Frenkel a une vision holistique de l’avenir

d’Ashdod. Il est conscient que ce partenariat va contribuer au développement de la ville, l’immobilier par exemple, et à la création d’emplois d’un genre nouveau. « Le métier de ‘contrôleur aérien de drones’, n’existe pas encore. Nous allons en former. En même temps, nous allons tester et perfectionner l’application sur le terrain. Un département spécial pour enseigner cette discipline va être créé à Ashdod », précise-t-il au Mag’. « Les étudiants, une fois formés, seront opérationnels pour les autres villes, car dès que nous aurons fait nos preuves ici, le même système sera ensuite installé dans d’autres agglomérations israéliennes », se félicitent les frères Levy. L’Amérique lorgnerait d’ailleurs déjà sur Ashdod, nous soufflent-ils, sur les starting blocks…

 

RÉUSSIR PAR ÉTAPES

Début 2016, pour une durée de six mois, ‘Sky-rails’ et les pompiers de la ville d’Ashdod vont travailler ensemble. Objectif, minimiser les risques au sol. « Les drones seront envoyés en éclaireurs sur le lieu du sinistre dans un temps record, munis de caméras et d’un appareillage spécialisé leur permettant de communiquer aux équipes la force et la direction du vent, la propagation des flammes et la gravité de l’incendie. Les équipes de pompiers pourront ainsi s’équiper en conséquence et arriver sur les lieux avec un maximum d’informations leur permettant de combattre le sinistre de façon optimale, tout en sécurisant leur travail », explique Ziv Levy. « Idem pour une roquette. Le drone livrera les images à la tour de contrôle qui pourra situer immédiatement le point d’impact de façon précise et déterminer quels sont les besoins, s’il y a des blessés, et une foule de précieuses informations qui seront communiquées aux équipes de secours », précise Ran Levy.

Ensuite, deuxième étape, l’hôpital. Avec un drone, un organe pourra être transporté du lieu même d’un accident vers un centre hospitalier, pour une greffe immédiate. Un malaise cardiaque dans n’importe quel endroit de la ville et un défibrillateur pourra venir soulager le malade en quelques tours d’hélices.

Sans oublier les multiples applications pour la sécurité des citoyens qui sont évidentes. L’attentat de Tel Aviv et le tueur en fuite pendant plusieurs jours sont encore dans tous les esprits… Si l’application avait été opérationnelle, quelques secondes à peine après les premiers coups de feu, des drones auraient pu être lancés à la poursuite du terroriste, communiquant au centre de contrôle des renseignements précieux sur sa position en temps réel.

 

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Ashdod met le cap sur l’avenir

 

LA RÉVOLUTION VOCABULAIRE EST EN MARCHE

Les partenariats de l’aventure sont nombreux : Elbit, spécialisé dans la défense et le renseignement numérique, une société pour laquelle Ziv a déjà travaillé. Les fabricants de drones, bien sûr, qui pourront les tester, voire même les perfectionner en fonction des besoins. Mais les entreprises privées se sentent pousser des ailes et il leur tarde d’entrer dans la danse. Le port d’Ashdod, la Poste, DHL, Amazone (qui sera équipé en 2017), et autres livreurs toutes catégories, sans compter les particuliers, tous trépignent d’impatience d’expérimenter ces nouveaux développements.

Bon, rassurez-vous, ce n’est pas demain qu’un drone vous ramènera votre bambin de l’école par le col de sa chemise. Laissons cela au cinéma et à ses Peter Pan des temps modernes. Pour l’instant ! Car de même que « ‘J’te mail’, est devenu une expression qui s’est imposée dans le langage courant, et qui en dit long sur notre mode de vie, Ashdod et Sky-rails se préparent à initier une nouvelle révolution vocabulaire tout aussi éloquente : « tu veux lire le dernier numéro du Mag’ ? Bouge pas j’te l’drone ! ».

Trop smart, non ?