Ils sont quelques-uns à avoir troqué leur statut de ‘touristes’ pour celui de ‘résidents permanents’ à Eilat. Par nécessité, coup de cœur, ou les deux à la fois, les 2000 familles francophones d’Eilat forment une petite communauté à part dans le paysage francophone d’Israël. Valérie Bitton en est une figure. Elle a fondé, en 2011, le blog ‘Eilat French Connection’, et a accepté de partager son histoire avec le Mag’.

eilat13Comment êtes-vous arrivés à Eilat ?

Nous avons fait notre alyah en 2005, à Ashdod. Nous y sommes restés pendant quatre ans. Dans un premier temps, mon mari faisait des allers retours en France. Par la suite, il a été embauché dans l’industrie hôtelière à Eilat. Pendant trois ans, il partait donc travailler à Eilat la semaine et revenait à Ashdod pour le chabath. Jusqu’au jour où il en a eu assez. C’était vraiment difficile. Mais surtout, il était tombé amoureux d’Eilat. Nous avons donc dû faire une sorte de seconde alyah, puisque nous nous étions bien intégrés à Ashdod. Nos enfants, les grands notamment, n’ont pas été très enthousiastes, mais ont accepté de jouer le jeu. Après tout, nous n’avions pas fait notre alyah pour être séparés les uns des autres.

Comment se sont passés vos premiers pas à Eilat ?

Nous avons trouvé une communauté très sympathique, un autre cheminement d’intégration et de nouvelles opportunités professionnelles. Et puis, nous avons découvert les ‘coulisses’ d’Eilat que nous connaissions si peu finalement… comme de nombreux touristes qui nous demandent parfois s’il y a des écoles à Eilat !

Bref, nous avons adopté un mode et un rythme de vie différents, celui d’Eilat ayant son propre tempo, comme c’est le cas dans les petites villes. Je dois dire aussi que j’ai été agréablement surprise par la présence de vraies structures adaptées à la vie juive traditionaliste, courant dont nous nous réclamons. Synagogues, Bet Habad, écoles religieuses, mikvaot etc…, il ne manque rien ! Nous vivons au Shahamon, le nouveau quartier situé dans les hauteurs d’Eilat, qui ne cesse de s’étendre et arrivera peut-être un jour à la frontière égyptienne ! De nombreux Français habitent dans ce très beau quartier.

Comment en êtes-vous venue à ouvrir le site ‘Eilat French connection’ ?

Je collaborais avec de nombreuses revues et médias depuis mon arrivée en Israël. Quand nous sommes arrivés à Eilat, nous avons eu l’opportunité de reprendre le magazine français local ‘Ma Pitom’ qui existait déjà. Cela a duré deux ans, période durant laquelle nous avons reçu beaucoup de demandes pour ouvrir un site internet, plus adapté à la mobilité caractéristique d’Eilat ainsi qu’à celle de ses nombreux touristes. Nous avons donc ouvert le site – www.efc-eilat.com – pour informer les habitants francophones d’Eilat et les touristes. Il est devenu un outil apprécié de tous et une de mes activités principales.

Existe-t-il une alyah de France à Eilat ?

Une dizaine de familles françaises sont arrivées à Eilat cet été. Le maire de la ville est très favorable vis-à-vis de cette alyah qu’il encourage, notamment en participant chaque année aux salons de l’alyah organisés en France. Enfin, une coordinatrice parlant le français a été nommée pour accueillir les olim de France qui se montrent de plus en plus intéressés par cette option originale d’intégration.

Quels sont les atouts et les inconvénients de la vie au quotidien à Eilat ?

Le fait d’être éloigné du centre du pays est l’un des inconvénients majeurs quand on vit à Eilat. Les jeunes sont les premiers à en faire les frais, puisque après leur service militaire, s’ils souhaitent faire des études, autres que dans le domaine hôtelier ou bio marin, ils doivent quitter la ville. Ce phénomène entraine une mobilité chronique des habitants. Mais nous bénéficions aussi de nombreux avantages : exemption de la TVA, gratuité des transports pour les soldats ou pour ceux qui doivent faire des examens médicaux non réalisables sur place, primes accordées aux jeunes travaillant sur place, sans compter le fait qu’habiter à Eilat fait rêver tous les gens à qui on l’annonce…

Plus sérieusement, nous sommes très confiants en l’avenir, et notamment grâce à notre maire proactif qui a réussi à mettre Eilat au top des priorités du gouvernement. Avec la construction de l’aéroport, le projet de train, le développement de nouveaux cursus d’enseignement au sein de l’annexe de l’université Ben Gourion qui se trouve à Eilat, la construction d’un golfe, le futur semble être plein d’espoir pour les habitants d’Eilat.

Vous voyez-vous encore à Eilat dans dix ans ?

En ce qui me concerne oui, mais l’avis de mes ainés serait probablement différent…

Propos recueillis par C.A