© Institut français d’Israël 2016

Claude Lelouch, le réalisateur culte d’ «Un homme et une femme», et Elsa Zilberstein étaient à Tel-Aviv pour la présentation d’ «Un + Une», à l’occasion de la 13ÈME édition du Festival du Film français. LeMag’ était présent.

Chabadabada…

Claude Lelouch et Elsa Zilberstein ont inauguré le Festival du Film Français avec la présentation d’ « Un + Une », nouveau succès du réalisateur culte actuellement à l’affiche en Israël. Une comédie exotique et piquante, où l’actrice et Jean Dujardin forment un couple réjouissant dans la grande tradition des comédies romantiques hollywoodiennes. Arrivés détendus et un brun intimidés à la conférence de presse organisée à l’Institut français de Tel Aviv, le cinéaste et son interprète féminine, révélée par Maurice Pialat dans « Van Gogh », se sont prêtés de bonne grâce au jeu des questions-réponses. Gros plan sur une personnalité incontournable du cinéma français et sur une actrice qui, de par son éclectisme, a su constamment se renouveler.AFFICHE

L’amour, Claude Lelouch a construit sa vie dessus. Amour pour le cinéma, pour les acteurs, pour les femmes qu’il a épousées et pour la vie qui le lui a bien rendu. Cinquante ans de cinéma, des dizaines de films, et l’homme n’est toujours pas rassasié, ni blasé. Pas de clap de fin pour celui qui aborde, à soixante-dix-huit ans passés, un tournage avec toujours la même gourmandise.  Sa vocation, il l’explique ainsi : « A travers mes films, j’ai envie de faire aimer la vie aux autres. Je ne suis rien d’autre qu’un observateur. Même si la vie peut être cruelle, il n’y a rien de plus extraordinaire et il faut l’honorer. Cette force me donne envie de faire un 46ème film, voire un 47ème, et tant que je n’aurai pas reçu ma lettre de licenciement, je mettrai toutes mes forces au service de cela ».

Construire sa vie sur des oui : le leitmotiv de Lelouch. «Comme je l’ai dit à la Cérémonie des Césars, je remercie tous ceux qui m’ont dit non. Car ils m’ont permis de trouver les gens qui m’ont dit oui ! De grandes stars ont refusé de tourner avec moi, qu’importe. Je me suis accroché au positif et j’ai construit ma vie dessus. Sur les gens qui m’aiment, pas sur ceux qui ne m’aiment pas. Et si aujourd’hui à l’âge que j’ai, j’ai la force de faire des choses, c’est grâce au positif qui est la seule chose qui m’intéresse».

« S’appeler Zilberstein et ne pas venir en Israël, il faut être fou ! »

A ses cotés, Elsa Zilberstein, lumineuse et volubile, retrace, sourire aux lèvres, la genèse d’un film né d’une rencontre peu ordinaire : «Je connaissais un tout petit peu Jean (Dujardin). On s’est retrouvé par hasard – et comme je ne crois pas au hasard, j’étais faite pour Claude Lelouch ! – dans le même avion Paris-Los Angeles. On a fait tout le vol ensemble et on a parlé, rêvé de cinéma. Très vite, on a évoqué Claude Lelouch. On a cité des répliques, et puis on s’est dit : pourquoi ne ferait-on pas un film avec Claude ?  Pas un film avec plein de monde, mais juste un film à deux ! Quinze jours après, on était dans son bureau, et Claude avait le début de l’histoire». 

CLAUDE
© Adi Alon

Claude Lelouch avoue entretenir une relation particulière avec Israël qui reste viscéralement liée à son judaïsme : «Tel-Aviv est une ville magique parce qu’elle est le mélange de plein d’endroits dans le monde. Il y a une mixité qui me plaît. C’est une ville expérimentale, qui peut devenir un modèle. Il y a une prise de risques, de danger, de plaisir, un mélange intéressant qui fait que j’aime venir ici. Ce n’est pas une ville dont on sort indemne. La plupart des villes du monde deviennent confortables. Il n’y a rien de plus ennuyeux !». Sur ses retrouvailles avec Israël à l’occasion de la présentation du film au Festival du Film français, Elsa est aussi visiblement enthousiaste et émue : « J’étais venue il y a vingt ans pour présenter «Mina Tannenbaum» au Festival de Jérusalem. Et depuis tout ce temps, je ne suis pas revenue ici… S’appeler Zilberstein et ne pas venir en Israël, il faut être fou ! Je voyage beaucoup pour les films que je fais et j’aime bien me dire que je pourrais venir tourner ici ». Des projets en vue ? Elsa ne nie pas être en contact avec des grands noms du cinéma israélien, à la recherche du scénario qui lui fera sauter le pas : «On se voit avec Amos Gitaï, on a envie de tourner ensemble et il m’a proposé quelque chose».

Il y a un an, un groupe de rabbins est venu me voir à Paris (…) Derrière tous les chefs-d’œuvre, m’ont-ils dit, D.ieu se cache…

Lelouch, lui, revendique une identité plurielle dans laquelle il s’est reconnu toute sa vie, et épanoui : « Mon père est un Juif d’Alger, ma mère était normande. Ils se sont rencontrés avant la guerre et ma mère s’est convertie au judaïsme. J’ai grandi dans la tolérance. Je suis très attaché par mon père et par ma mère à toutes mes racines. Il y a un an, un groupe de rabbins est venu me voir à Paris pour me demander d’adapter à l’écran la Torah. Je leur ai dit que je ne l’avais jamais lue, mais ils m’ont répondu que dans mes films j’en parlais tout le temps. Derrière tous les chefs-d’œuvre, ont-ils ajouté, D.ieu se cache… Ce qui fait qu’à un moment donné, on croit à quelque chose, c’est le résultat de nos observations.  Et à force d’observer, j’ai de plus en plus envie de croire en un grand metteur en scène qui a plus de talent que moi, voilà… ».

« J’ai plus appris de mes échecs que de mes succès. Le succès rend bête et l’échec vous fait grandir, voilà ! »

Au cours de sa longue et prolifique carrière, le cinéaste aura connu plusieurs fois la désaffection du public, puis des retours en grâce, comme avec «Roman de Gare» sorti en 2007 sous un nom d’emprunt qui l’a vu renoué avec le succès populaire de ses meilleures années : «C’est vrai que certains de mes films ont été de gros succès, et d’autres des échecs. J’ai pris des risques dans tous mes films. C’est ce qui m’amuse le plus !». Une ambition qui l’amènera à une belle maturité artistique, avec « Itinéraire d’un enfant gâté » et « Les Misérables », audacieuse adaptation du chef-d’œuvre de Victor Hugo, injustement boudée en France. Il précise : «J’aurais très bien pu, après le succès d’ «Un homme et une femme» ne tourner qu’avec des stars et adapter des best-sellers, faire une carrière sans trop de risques. Mais ce n’est pas ce dont j’avais envie. J’ai une passion pour l’art cinématographique, j’ai envie de voir tout ce que l’on peut faire avec une caméra et jusqu’où peut-on aller». Alors, quel épilogue à ce prestigieux générique ? «J’ai fait quarante-cinq films. La moitié d’entre eux ont été des gros succès. L’autre n’a pas trouvé son public. Mais ce sont tous les films qui ont été boudés par le public qui m’ont fait progresser. J’ai plus appris de mes échecs que de mes succès. Le succès rend bête et l’échec vous fait grandir, voilà ! L’échec, quand vous le prenez à votre compte, ça fait mal et c’est à ce moment-là que c’est bon. Que l’on devient créatif. Ma phrase préférée est : la contrainte sollicite l’imagination». Reste que le verdict du public demeure, même pour Claude Lelouch, une équation à plusieurs inconnues : «Les Misérables » ont été un immense succès dans le monde entier sauf en France et c’est le cas de certains de mes films, comme «Treize jours en France» que j’avais fait sur les Jeux Olympiques. Ça a fait un carton au Japon. Allez savoir pourquoi les Japonais aiment tant ce film !».

 

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PETITE SELECTION DES FILMS DE CLAUDE LELOUCH :

  •  Un homme et une femme
  •  Vivre pour vivre
  •  Un homme qui me plaît
  •  L’aventure c’est l’aventure
  •  La Bonne Année
  •  Toute une vie
  •  Le Chat et la Souris
  •  Robert et Robert
  •  Les Uns et les Autres
  •  Édith et Marcel
  •  Itinéraire d’un enfant gâté
  •  Tout ça… pour ça !
  •  Les Misérables
  •  Hasards ou Coïncidences
  •  Roman de gare
  •  Un plus une

 

QUELQUES FILMS À DECOUVRIR (OU REDECOUVRIR) AVEC ELSA ZILBERSTEIN :

  •  Van Gogh
  •  Mina Tannenbaum
  •  Jefferson à Paris
  •  Farinelli
  •  Modigliani
  •  Les fantômes de Louba
  •  Là-bas, mon pays
  • Il y a longtemps que je t’aime

Et prochainement :

  • Un sac de billes, de Christian Duguay