Concernant l’horizon retraite, chacun son approche. C’est ce que leMag’ a constaté sur le terrain, du travailleur indépendant quelque peu abasourdi par la nouvelle législation, au sabra qui semble avoir anticipé le risque, en passant par le olé ‘hadash qui débarque et découvre les rouages d’un système qui lui paraît obscur…

Corine et Itzik, travailleurs indépendants

Souscrire à la retraite est désormais obligatoire pour les indépendants en Israël. « Depuis le 1er janvier 2017, l’État leur impose de cotiser à un organisme dédié. C’est très avantageux puisque jusqu’à ce jour, ils ne disposaient d’aucune indemnité en cas de cessation d’activité et pouvaient donc se retrouver en situation précaire à la retraite », explique Corine Assous, comptable à son compte. « Depuis cette année, on assiste à une vraie révolution pour cette catégorie de travailleurs ».

Révolution, le mot n’est pas trop fort pour Itzik, journaliste indépendant.
« La loi n’était pas très claire. Au début, les personnes concernées n’ont pas compris de quoi il s’agissait. Il a rapidement fallu se mettre au goût du jour en se tournant vers le comptable ».

« À priori, en ce qui me concerne, du fait de la courte durée de cotisation jusqu’à mon arrivée à la retraite, le montant total ne représentera pas grand chose, aussi bien du côté du bitoua’h léumi que de l’assurance privée, sans compter les risques éventuels, comme en 2008, par exemple, avec le crash qui a plombé de nombreuses épargnes. Il est difficile de prévoir » déplore Corine.

« Cela demeure un grand point d’interrogation » ajoute Itzik. « On ne sait pas combien on gagnera au moment de la retraite, il n’y a pas de recul suffisant, la somme aujourd’hui capitalisée n’aura pas la même valeur dans 20 ans. Mais je ne me projette pas jusque-là, pour l’instant je suis en pleine action ! ».

 

Adi, sabra

« J’attends mon départ à la retraite avec impatience », lance d’emblée Adi, presque 58 ans, qui travaille en tant qu’ingénieur informatique dans la même structure depuis 35 ans. « Je donnerai des cours de mathématiques aux jeunes en tant que bénévole, je partirai étudier à l’université et j’irai prendre des cours de cuisine pour le kiff ! ». « Même si j’ai du plaisir à mon poste, je suis fatiguée de ces trajets quotidiens pour me rendre au travail, j’ai besoin de pouvoir enfin prendre le temps pour moi. Je pourrais m’arrêter maintenant dans la mesure ou j’ai suffisamment cotisé, mais je veux pouvoir passer l’échelon du dessus ». Adi fait partie de cette catégorie de salariés qui percevra une « pensia takstivit », une retraite fixe qui lui sera versée par l’État. « Si je pars à 60 ans par exemple, j’augmente mon revenu mensuel de 600 nis. Le critère financier prend le dessus sur mes aspirations personnelles, d’autant que nous avons encore deux enfants jeunes adultes à charge et que mes frais de déplacement et d’assurance véhicule, par exemple, ne seront plus payés à la retraite par mon entreprise. À l’âge de 62 ans, j’aurai cotisé 40 ans, le montant de ma retraite aura d’autant plus augmenté et je toucherai en plus le « kitbatz zikna » du bitoua’h léumi ».

 

Myriam et Béni, olim francophones

Comme tout olé ‘hadash ayant travaillé en France, Myriam et Beni feront valoir en temps voulu leurs droits relatifs à leur retraite française. Pour ce qui est d’Israël, à les entendre, les conditions leur apparaissent encore un peu opaques.

« J’avoue que je ne maîtrise pas toutes les données » confie Béni, 45 ans, webmaster, ajoutant : « De temps en temps, je reçois un courrier qui me dit de combien d’argent je dispose ». Même son de cloche du côté de Myriam, 50 ans, infirmière à l’hôpital Hadassah Ein Kerem : « Malgré les réunions organisées par le « vaad » (comité), je ne m’y connais pas très bien parce que cela me semble compliqué. Tant qu’on ne s’approche pas de la retraite, on ne s’y intéresse pas ». 

« Dans toutes les grandes institutions, tout le monde bénéficie du même système. En plus de ça, le « vaad » procède à des appels d’offre et nous recommande de souscrire à tel ou tel organisme privé. Avec le vieillissement de la population, mes collègues ont de plus en plus recours à des assurances santé pour prévenir les risques de dépendance au moment de la retraite. Aujourd’hui, concernant notre corporation, c’est surtout la pénibilité du travail qui pose problème alors que la retraite est tardive, fixée à 64 ans pour les infirmières comme pour les autres salariés ».

Béni déplore effectivement ce fait
– 67 ans pour les hommes – sans compter que la retraite obligatoire n’a été imposée qu’en 2007 par l’État.
« Dans la mesure où le montant de la retraite est fixée selon le nombre d’années travaillées et le salaire perçu, je ne pourrais pas compter sur cette somme pour vivre décemment après la vie active… ».