Des pirates juifs ??? Et non, ce n’est pas une blague ! Au cours des dernières décennies, la découverte de plusieurs pierres tombales, dans l’ancien cimetière de Hunts Bay à Kingston (capitale de la Jamaïque), portant des marques inhabituelles au-dessus d’une écriture hébraïque, ont révélé un bien étrange secret. Sur ces tombes, les signes et lettres hébraïques sont surmontés de crânes et d’os entrecroisés, insignes propres à la piraterie. Des tombes marquées de la même manière ont également été découvertes à Bridgeport, aux Bahamas, et dans l’ancien cimetière juif de Curaçao. Certes, il est vrai que jusqu’à présent, rares sont les livres d’histoire ayant mentionné les exploits de pirates israélites. Pourtant, certains des flibustiers les plus connus et les plus respectés ayant sillonné les mers au cours des siècles précédents étaient … juifs ! Je vous vois déjà imaginer le mythique capitaine Jack Sparrow, personnage haut en couleurs campé par l’acteur Johnny Depp, dans la saga cinématographique Pirates des Caraïbes, affublé d’une kippa… Non, ces capitaines n’étaient pas les pirates redoutés tels que grimés par l’imagination populaire (parias et criminels attaquant les navires, les villes, en volant les gens de leur argent et parfois de leurs vies) ; beaucoup travaillaient pour la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et d’autres puissances maritimes, protégeant les côtes et les mers de ces nations. D’autres sont délibérément partis en haute mer pour se venger de ceux qui les avaient trahis, eux et leurs familles, au cours de l’Inquisition. Bien que de larges pans de la vie de ces corsaires soient restés mystérieux, les historiens ont rassemblé certains détails permettant de retranscrire un aperçu d’un monde peu connu … celui des pirates juifs. Rétrospective.


CHRISTOPHE COLOMB SERAIT-IL JUIF ?

Cinq siècles après sa mort, Christophe Colomb reste une figure mystérieuse et controversée.  L’Italie, l’Es-pagne, le Portugal et la Grèce revendiquent tous le célèbre navigateur et explorateur, mais il existe peu de données précises sur la vie personnelle et l’identi-té de Christophe Colomb. Ces années de spéculation suggèrent que la plupart des histoires à son sujet sont probablement basées sur des légendes.  Cependant, une théorie semble particulièrement récurrente et per-sistante : pendant de nombreuses années, il a été dit que Christophe Colomb était juif ou d’origine juive… Pendant la Grande Inquisition des dizaines de milliers de marranes ont été torturés.  Des pressions ont été exercées sur eux pour qu’ils proposent les noms d’amis et de membres de leur famille, qui ont finalement été brûlés vifs devant des foules ivres de sang. Leurs terres et leurs biens personnels ont ensuite été réquisitionnés par l’église et la couronne.
Récemment, un certain nombre de spécialistes espa-gnols, tels que Jose Erugo, Celso Garcia de la Riega, Otero Sanchez et Nicholas Dias Perez, ont conclu que Christophe Colomb était sûrement un marrane, dont la survie dépendait de la suppression de toute preuve de son origine juive face à ce nettoyage ethnique brutal. De plus, selon le professeur Ram Ben-Shalom, directeur du Centre Hispania Judaica de l’Université hébraïque : «Le voyage de Colomb n’a pas été, comme on le croit communément, financé par les poches profondes de la reine Isabelle, mais plutôt par deux Convertis juifs et un autre Juif important. Louis de Santangel et Gabriel Sanchez ont avancé un emprunt sans intérêt de 17 000 ducats, de leurs propres poches, pour aider à payer le voyage, de même que Don Isaac Abarbanel, rabbin et homme d’État juif »…
Enfin, le testament de Colomb contiendrait certaines dispositions qui, selon certains spécialistes, constitue-raient la preuve que l’explorateur était un Juif caché. Sur ces documents, Christophe Colomb a utilisé une signature triangulaire constituée de points et de lettres qui ressemblaient à des inscriptions trouvées sur les pierres tombales de cimetières juifs situés en Espagne. Il a ordonné à ses héritiers d’utiliser cette signature à perpétuité. Selon l’historien britannique Cecil Roth, l’anagramme est un substitut crypté du kaddish. Ainsi, le subterfuge de Colomb aurait permis à ses fils de réciter le Kaddish au nom de leur père à sa mort…

H.P

 

Mars 1492, l’Europe est en pleine Inquisition. Le roi Ferdinand V et Isabelle
la Catholique proclament que tous les Juifs doivent être expulsés d’Espagne.
Cet édit vise particulièrement les 800 000 Juifs qui ont refusé de se convertir à la foi catholique et leur donne quatre mois pour plier bagages et quitter la péninsule ibérique. Cette terrible vague d’antisémitisme coïncide presque exactement avec les premiers voyages outre-Atlantique. Le mois même où le roi Ferdinand et la reine Isabelle ordonnent l’expulsion des Juifs d’Espagne, Christophe Colomb part à la recherche d’une
nouvelle route vers l’Asie. Quelques années plus tard, c’est le Portugal qui chasse ses résidents juifs. Beaucoup s’enfuient vers l’Empire ottoman, mais un grand nombre d’entre eux décident de se rendre dans les nouvelles colonies où ils deviennent de riches planteurs, des négociants en or ou même des politiciens. Ces bnei anoussim ou marranes, convertis de force au catholicisme mais pratiquant leur religion en cachette, se réfugient – entre autres – en Jamaïque, fief privé attribué à perpétuité par le Roi d’Espagne à Colomb et ses héritiers où ils cherchent quelles sont les opportunités économiques à développer.
Certains construisent des plantations de canne à sucre. D’autres s’investissent dans le troc de produits divers, y compris malheureusement des esclaves africains, la communauté jamaïcaine entretenant des liens commerciaux étroits avec des hommes d’affaires juifs installés en Europe. Tous ces échanges commerciaux se développent avec la naissance des ports coloniaux britanniques tels que ceux de New York, Newport, Charleston et Savannah.
Toutefois certains Juifs se tournent vers une vie plus aventureuse, voire dangereuse. Capturant des navires qu’ils rebaptisent aux noms de « Reine Esther », « Prophète Samuel» ou «Bouclier d’Abraham », ces marins sillonnent les Caraïbes à la recherche de richesses, parfois obtenues dans des circonstances douteuses. Ces corsaires s’attaquent le plus souvent aux navires espagnols et portugais – décidés de se venger de toutes les tortures perpétrées par le tribunal du Saint-Office de l’Inquisition sur leurs frères juifs.

 

Bataille de Préveza 1538,
tableau par Ohannes
Umes Behzad, 1866.

 

 

 

Sinan Reis

 

 

Barberousse

 

 

 

 

 Sinan Reis – connu sous le nom deGrand Juif – est l’un d’entre eux. Ce pirate qui a joué un rôle déterminant dans la défaite des flottes espagnoles au cours du 16ème siècle a été contraint de quitter l’Espagne dans sa jeunesse. Il déménage avec sa famille en Turquie. Le jeune homme décide de s’enrôler auprès des flibustiers de la côte de Barbarie qui ont ravagé les flottes de l’empereur
Charles Ier. Secondant le célèbre pirate ottoman Barberousse, le Grand Juif, comme l’appellent les Portugais, mène les Ottomans à la victoire grâce à une brillante stratégie militaire. En 1538, Sinan, arborant fièrement une étoile à six branches sur le pavillon de son navire, détruit l’essentiel de la flotte navale espagnole au large du port de Preveza, en
Grèce. L’empire ottoman le récompense en le nommant commandant suprême de la marine.
Yaakov Koriel est un marrane. Pendant des années, il navigue au sein de la flotte espagnole… jusqu’à ce que sa véritable identité soit révélée.
Capturé et torturé, il réussit à s’échapper in extrémis grâce à quelques compagnons. Il s’enfuit vers les Caraïbes où il finit par commander trois navires. Se venger des humiliations et souffrances infligées par les inquisiteurs espagnols devient son but ultime. Il s’attaque sans relâche aux maraudeurs de la flotte espagnole. Un grand nombre des pirates qui le servent sont des Juifs ouvertement religieux. Des années plus tard, Koriel abandonne définitivement la piraterie et se rend en Terre sainte, sur les collines de Safed. Là, il devint l’élève de Rabbi Haïm Vital, élève du Ari Zal, fondateur de la plus importante école kabbalistique du Judaïsme. Yaakov Koriel est enterré près du tombeau du Ari, dans le
vieux cimetière de Safed.

 

Samuel Pallache

 

 

 

Jean Lafitte

 

 

 

 

 

Samuel Pallache ne porte pas non plus les Ibériens dans son cœur… Ce corsaire est né à Fès, au Maroc. Mais ses parents ont été expulsés d’Es-pagne où son père officiait comme rabbin, à Cordoue. Bien qu’ayant lui aussi suivi une formation de rabbin, le jeune homme préfère la vie en mer. Il s’engage donc comme corsaire pour le sultan du Maroc, mais aussi pour le gouvernement néerlandais.  Pallache négocie l’un des tous premiers traités entre les pays d’Europe et du Moyen-Orient: l’accord de 1610 garantit la paix entre les Pays-Bas et le Maroc. En 1614, alors que Maroc et l’Espagne sont en guerre, Pallache dirige une petite flotte qui capture des navires espagnols.  Arrêté par l’ambassadeur d’Espagne, Pallache est jugé pour ses actes de piraterie. Toutefois, il est miraculeusement acquitté et libéré. À sa mort en 1616, il reçoit un enterrement de héros. Tous les membres de la communauté juive d’Amsterdam participent à son cortège funèbre…
Quelques années plus tard, c’est un corsaire d’origine portugaise, Moise Cohen Henriques, qui fait trembler la haute mer des Caraïbes, et plus tard la côte brésilienne.  Moise Cohen Henriques est peut-être l’un des plus célèbres pirates juifs. Il réussit à capturer plus de 500 navires espagnols au cours de sa tumultueuse ‘carrière’. En 1628, il aide l’amiral Piet Hein, de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, à s’emparer d’un galion espagnol situé au large des côtes cubaines. C’est l’un des plus grands hold-up de l’histoire. Les ajustements d’aujourd’hui porteraient la valeur du trésor recelé à plus d’un milliard de dollars !!! Peu de temps après, Henriques établit sa propre île pirate au large des côtes du Brésil et, une fois la colonie reconquise par le Portugal, il devient le conseiller du célèbre capitaine Henry Morgan.
De même, un autre pirate juif nommé David Abrabanel, issu de la même famille que la célèbre dynastie de rabbins espagnols (dont Don Isaac Abrabanel) rejoint ce clan. Après le massacre de sa famille en Amérique du Sud, au début des années 1700, David Abrabanel adopte le surnom de «Capitaine Davis» et navigue au-près de corsaires britanniques. Il finit par commander son propre navire qu’il baptise « Jérusalem ».
Mais le plus influent de tous ces pirates juifs est certainement Jean Lafitte, l’un des plus célèbres – et féroces – pirates de tous les temps. Dans ses journaux, Lafitte, qui est né en France en 1780, décrit son enfance dans la maison de ses grands-parents maternels (juifs), « remplie d’histoires sur la fuite de la famille lors de l’Inquisition ».
Le jeune Jean grandit donc dans la haine des tortionnaires espagnoles. Il décide donc de voyager vers le Nouveau Monde, où l’Inquisition espagnole exerce encore son pouvoir malfaisant. Prêt à tout pour en dé-coudre, Lafitte devient pirate. Pendant la guerre de 1812, Laffite avertit les troupes américaines des plans d’invasion britanniques. Il offre son aide au général Andrew Jackson pour libérer la Nouvelle-Orléans (en échange d’un pardon pour ses activités de pirate). C’est avec son «équipage de mille hommes» que Jean Lafitte se voit attribuer le mérite d’avoir libéré la Louisiane, grâce à ses raids nautiques dans le golfe du Mexique. Mais après cette bataille, Lafitte re-tourne à ses activités illégales et finit par créer une  communauté de pi-rates  à Galveston Island.  Jusqu’à sa mort en 1825, Jean Laffite demeure l’un des pirates les plus redoutés du «Main espagnol» (possessions côtières continentales situées autour de la  mer des Caraïbes  et du  golfe du Mexique). Il est l’un des rares flibustiers à ne pas être mort au combat, en prison ou sur le gibet.

Hanna Perez