Etape touristique incontournable d’Israël, Eilat n’occupe pourtant plus la première place sur le podium des destinations convoitées par les touristes, au grand dam des responsables touristiques israéliens qui tentent de sortir des lapins de leurs chapeaux. Produiront-ils l’effet escompté ?

Parmi les arguments discrètement avancés pour expliquer la baisse du tourisme à Eilat, figure notamment son incapacité à s’adapter aux standards toujours plus élevés du marché touristique international actuel rivalisant de créativité pour attirer le client.

Ayant longtemps capitalisé sur ses merveilleux paysages, son ambiance ‘bout du monde’ et ses hôtels, Eilat doit aujourd’hui se renouveler. « Le ministère du Tourisme a injecté 100 millions de shekels au cours des dernières années à Eilat sans compter les dizaines de millions de shekels investis dans les campagnes marketing destinées à promouvoir la ville dans  le monde. Il est désormais temps de créer une coopération solide entre tous les acteurs touristiques concernés pour aller de l’avant avec Eilat » affirmait le directeur général du tourisme, Amir Halevy, fin 2014, pour justifier la création d’un comité interministériel chargé – en un mot – de sauver le tourisme à Eilat.

Dirigé par le vice-directeur du marketing au ministère du Tourisme, Pini Shani, ce comité a notamment beaucoup travaillé sur les solutions liées au domaine du transport pour permettre un accès facilité à Eilat.

« Nous avons créé des partenariats avec des compagnies aériennes étrangères pour booster les arrivées à Eilat. Nous espérons que ces nouveaux outils produiront leurs fruits à Eilat, qui reste l’un des plus beaux joyaux touristiques de notre pays » explique Pini Shani au Mag’.

Parmi les « outils » destinés à promouvoir le tourisme international à Eilat, une offre de 45 euros par passager versée aux compagnies aériennes ou agences de voyage qui affréteront  un vol direct à Ovda, pendant l’hiver 2015-2016. Une saison que le ministère du Tourisme souhaite absolument booster. « Eilat est l’un des lieux ensoleillés en hiver les plus proches de l’Europe. Faire venir des touristes en cette saison représente également une source d’équilibre dont l’économie locale a bien besoin » souligne P.Shani.

Ce type de campagne – qui a débuté pendant les fêtes de Soukkot 2015, sensée se prolonger jusqu’à Pessah 2016 et concerner 80 000 touristes – pourrait, selon des oiseaux de mauvais augure, être assimilée à un signe de détresse. Après tout, graisser la patte aux compagnies aériennes pour qu’elles organisent des vols directs à Eilat, n’est-ce pas aller un peu trop loin ? « Absolument pas » nous répond P.Shani qui affirme qu’Israël est même en retard sur ce genre de pratiques. « Nos voisins jordaniens et égyptiens le font ainsi que de nombreux autres pays dans le monde, et ce, avec le plus grand succès. Nous nous mettons juste à la page » précise le responsable.

La première compagnie aérienne à avoir mordu à cet alléchant hameçon markéting est Ryanair. Dès le mois de Novembre, six vols ont été ainsi affrétés depuis la Pologne, la Hongrie et la Lituanie pour Ovda. Soit une manne potentielle de 40.000 touristes par an pour Eilat.

Autre signe tangible du travail effectué par ce comité interministériel, la reprise après un arrêt de dix ans des vols Londres -Tel Aviv- Eilat par la compagnie aérienne britannique Monarch Airlines.

A partir du mois de Décembre, trois vols hebdomadaires relieront l’aéroport de Luton à celui de Ben Gourion et un vol par semaine sera organisé vers l’aéroport d’Eilat, avec, là encore, à la clé cette fameuse prime de 45 euros, accordée à la compagnie par passager pour la liaison Londres-Eilat, en période d’hiver. Idem pour la compagnie turque Pegasus qui vient d’annoncer la création de trois vols hebdomadaires reliant les aéroports de Londres, Istambul et Ovda.

Une campagne marketing qui semble bien fonctionner : 20 vols hebdomadaires atterriront à Eilat cet hiver, avec un taux de réservation estimé à 80%

De bonnes nouvelles pour Eilat qui est l’une des villes ayant le plus souffert du déclin touristique global enregistré en Israël après l’opération ‘Tsouk Eitan’.

Si les réservations de chambres ont, en moyenne, baissé de 25 %  au cours des six premiers mois de l’année 2015 (-27 % à Jérusalem, -14 % à Tel-Aviv) dans tout le pays, une baisse de 46 % a ainsi été notée à Eilat. Au mois de Janvier 2015, le nombre de touristes était 50 % plus bas qu’en Janvier 2014 et 75 % plus bas qu’en 2000 !

La crise économique en Russie et l’opération Tsouk Eitan expliquent en partie ce ralentissement touristique à Eilat, mais ces conjonctures ne sont pas suffisantes à justifier un tel effondrement également perceptible sur le plan du tourisme interne.

Les prix y seraient aussi pour quelque chose.

eilat8Selon un classement réalisé par le Forum économique mondial sur la compétitivité des voyages et du tourisme, Israël serait au 72ème rang sur 141. Israël serait ainsi l’une des destinations les plus chères au monde, arrivant  à la 136ème place du classement, avec un prix par nuit  d’hôtel plus cher qu’au Japon, en Allemagne ou aux Etats-Unis… Et Eilat ne ferait pas exception. Pour preuve, les Israéliens privilégient de plus en plus des vacances à l’étranger, souvent nettement moins chères que sur leur ‘Riviera de la Mer Rouge’. Un comble !

« Avec une capacité de 14.000 chambres, des attractions de plus en plus modernes, des évènements culturels de portée internationale, et un soleil au beau fixe quasiment toute l’année, Eilat est l’une des plus belles destinations au monde » argue pourtant Pini Shani qui en profite pour « rendre hommage aux touristes français toujours aussi fidèles à Eilat ».


Une réalité économique loin de la vie de palace

Selon les données du Bureau central des statistiques publiées en 2014, Eilat compte 47.700 habitants dont 55 % vivent des revenus générés par le tourisme local. La 32e ville d’Israël compte l’un des plus bas pourcentages d’enfants de moins de 20 ans du pays et enregistre le plus haut taux de mouvement d’adultes âgés entre 20 et 44 ans. Pour ces derniers, s’établir à Eilat et y fonder une famille est apparemment un challenge que peu d’Israéliens souhaitent relever. Au total, seulement 30 % de la population locale est véritablement sédentarisée, 70 % de la population habitant Eilat depuis moins de dix ans.

Des chiffres qui en disent long sur la sensation de précarité économique ressentie par les Eilatim, dont le niveau de vie dépend des fluctuations touristiques.

Avec 2.500 cas sociaux, 18% de familles monoparentales, un salaire moyen qui est 25% plus bas que dans le reste du pays et 30% de commerces menacés de fermeture (chiffres relevés sur le site municipal officiel), les habitants d’Eilat sont loin de vivre une vie de palace…


Quid de l’immobilier ?

Selon le plan municipal de développement actuellement soumis à l’approbation du Comité national de planification, qui est, il faut le noter, le second plan seulement de ce type depuis la création de la ville, Eilat envisage une forte augmentation du nombre de ses habitants. D’environ 48.000 à 63.000 dans un premier temps, puis à 100.000 et enfin à 150.000 au cours des deux étapes suivantes. Afin de loger cette population trois fois et demie plus importante, la construction devra être au rendez-vous. L’expansion des quartiers existants ainsi que la création de nouveaux logements dans la périphérie de la ville sont envisagées.

Le nombre de chambres d’hôtel devra lui aussi tripler pour atteindre 42.000 chambres.

La fermeture de l’aéroport du centre-ville devrait constituer une belle aire de jeu pour les promoteurs qui espèrent pouvoir l’utiliser pour bâtir immeubles (1.000 appartements), hôtels (2.800 chambres) et autres zones commerciales.

C.A