L’éloignement.
Bête noire de la station balnéaire, celui-ci devrait progressivement être dompté par la création d’infrastructures qui rendront Eilat beaucoup plus accessible par voie aérienne, terrestre et même dans un avenir lointain, maritime.

Le Ciel

Le petit aéroport situé en plein cœur d’Eilat est presque une curiosité touristique. Depuis la plage, le bruit suscité par le ballet incessant des avions atterrissant sur cette minuscule piste, réservée aux vols intérieurs, fait partie de l’ambiance locale.

A moins d’une heure d’Eilat, l’aéroport d’Ovda qui sert aussi de base pour l’armée de l’air, accueille les vols internationaux.

Un système dépassé qui devrait prendre fin d’ici 18 mois avec l’ouverture de l’aéroport de Timna, situé à 19 kilomètres au nord de la ville. L’aéroport ‘Ilan et Assaf Ramon’ devra son nom à l’astronaute israélien Ilan Ramon, disparu tragiquement lors de l’explosion de la navette américaine Columbia, et à son fils pilote, Assaf, tué dans un accident d’avion en 2009. « C’est l’un des événements les plus émouvants d’une vie en tant que maire de la ville d’Eilat », déclarait Meir Itshak Halévy, le 9 Mai 2013, lors de la pose de la première pierre du chantier de ce qui devrait représenter la nouvelle ‘porte sud’ du pays.

Conçu pour accueillir un trafic annuel de 1,5 million de passagers dans un premier stade – il pourra recevoir jusqu’à 4,5 millions de passagers avec l’ouverture de nouveaux terminaux. A terme, l’aéroport Ramon est appelé à devenir le second aéroport du pays.

Piste d’atterrissage de 3,1 km pouvant accueillir les gros calibres de l’aviation civile, tour de contrôle de 45 mètres de haut, terminal de 28.000 m2, espace-boutique ‘duty free’, parking, les plus hauts standards seront respectés pour offrir un service maximal aux visiteurs. Egalement envisagée, la construction d’une ligne de tramway sur 27 kilomètres permettant de relier l’aéroport à la zone hôtelière ainsi qu’au terminal frontalier de Taba.

Enfin, grâce à l’élargissement parallèle de la route de l’Arava – entre Timna et Eilat – qui comportera désormais quatre voies, dix minutes seulement seront nécessaires aux voyageurs pour rejoindre le centre d’Eilat.

Coût de ce petit bijou de modernisme planté dans le désert : 1,7 milliards de shekels.

Un investissement qui pourrait à terme, doubler les capacités touristiques de la cité balnéaire et ouvrir de nouveaux horizons  pour l’exportation de produits ‘made in Israël’ vers l’Europe.

Ce à quoi ressemblera le futur aéroport ‘Ilan et Assaf Ramon’ d’Eilat - Image 3D
Ce à quoi ressemblera le futur aéroport ‘Ilan et Assaf Ramon’ d’Eilat – Image 3D

Parmi les opposants, on notera outre les écologistes, les Jordaniens. Bien décidés à contrer cette nouvelle concurrence, ils n’ont pas hésité à recourir à l’Organisation de l’aviation civile internationale des Nations Unies, afin que celle-ci examine le risque de voir les couloirs aériens israéliens et jordaniens se chevaucher en raison de leur proximité.

Peu désireux de voir l’affaire bloquer l’avancement des travaux, le ministre des Transports, Israël Katz, a déclaré mi-Août « être en pourparlers avec la Jordanie sur ce sujet ».

Tenant à rassurer les investisseurs, Katz a assuré que la construction progressait et que l’aéroport fonctionnerait comme prévu, et publié en parallèle, un communiqué précisant que l’aéroport « est construit conformément à la réglementation de l’OACI et, en tant que tel, ne crée pas de risques pour la sécurité à l’aéroport d’Aqaba. »

 

La terre

Moins précis quant à son évolution, le projet de train raccordant Eilat au centre du pays reste cependant d’actualité.

Connecter la Mer Rouge à la Méditerranée via une ligne de chemin de fer à grande vitesse reliant les ports d’Eilat, d’Ashdod et de Haïfa, et une liaison entre Tel Aviv et Eilat : Un projet visionnaire que le gouvernement israélien caresse de tous ses vœux avec l’appui de ses partenaires économiques chinois. Car il faudra bien trouver des investisseurs à la hauteur de ce projet ambitieux estimé (et probablement largement sous-estimé), selon le ministère des Finances,  à 50 milliards de shekels.

on de relier la périphérie au centre. Eilat parviendra-t-elle enfin à raccrocher les wagons au reste du pays ? 
on de relier la périphérie au centre. Eilat parviendra-t-elle enfin à raccrocher les wagons au reste du pays ?


Si dans les esprits, le train d’Eilat est devenu incontournable, sa mise en chantier est encore improbable en raison des difficultés financières et administratives particulièrement lourdes. Mais Israël voit loin. Ainsi que l’expliquait le Premier ministre le 5 Février 2012, suite à la ratification par son cabinet du projet ‘Red-Med’ censé dans un premier temps relier les ports d’Eilat et d’Ashdod. «Dans la prochaine décennie, de nouveaux pouvoirs vont émerger et l’État d’Israël doit créer des intérêts vitaux d’un point de vue stratégique. Nous avons la capacité de créer une voie de transport alternative qui contourne le canal de Suez. Cela représente une police d’assurance. Israël doit devenir une voie de passage terrestre continentale. La ligne de chemin de fer de Tel Aviv – Eilat, qui réduira le temps de voyage à deux heures, va changer le visage du pays. Depuis 63 ans, il a été question de relier la périphérie au centre, mais rien n’a été fait. La ligne de chemin de fer et les ressources de gaz naturel d’Israël peuvent forger des liens solides dans les domaines économique, énergétique et industriel » a affirmé Mr Netanyahou.

Pour Eilat, cet accès terrestre au centre du pays devrait contribuer au développement de son économie, sans parler du confort de ses habitants qui seront désormais connectés en moins de deux heures au reste du pays.

La mer

eilat5D’ici 2025, le petit port d’Eilat devrait être totalement délocalisé dans un canal situé au nord-est de la ville.

Seul port israélien sur la mer Rouge, situé à l’extrémité nord du golfe d’Aqaba, l’actuel port d’Eilat, créé en 1957, est aujourd’hui essentiellement utilisé pour les échanges avec les pays d’Extrême-Orient. Il permet à la navigation israélienne d’atteindre l’Océan Indien sans avoir à emprunter le canal de Suez. Pour autant, son éloignement du reste du pays et les activités touristiques marines proches de son aire de fonctionnement empêchent son plein développement. Dans l’optique de devenir toujours plus indépendant de l’Egypte, projet que les experts considèrent comme potentiellement fragile sur les plans politique et sécuritaire  – en raison d’une possible prise de pouvoir par les groupes islamistes du  canal de Suez, principale source de richesse pour l’Egypte – Israël souhaite changer la done. Une vision géostratégique complétée par des intérêts économiques évidents.

Selon le directeur des opérations de la société portuaire israélienne, Dov Frolhinger, « les ports israéliens enregistrent une activité bien inférieure à celle des pays méditerranéens, étant notamment incapables de recevoir de gros navires commerciaux. L’Egypte et la Turquie bénéficient de cette situation et traitent la majorité des importations et exportations israéliennes. Jusqu’à présent, la seule connexion avec les ports israéliens était la route, un moyen de transport onéreux et lent. La nouvelle ligne ferroviaire nous permettra d’augmenter le volume et la rapidité du fret portuaire et de réduire les couts de transport ».

Et un des ports israéliens les plus gagnants de cette mini-révolution sera celui d’Eilat…

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C.A