Erez LICHTFELD – L’homme de sons et de lumières

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Erez Lichtfeld est né en Iran, a grandi en Belgique, a vécu en Israël, avant de s’installer à Paris. Pianiste, compositeur et photographe de presse renommé, son parcours a suscité la curiosité du Mag’.

Difficile de joindre Erez Lichtfeld. À l’Élysée, puis à Cannes, le photographe hyperactif consacre aussi de nombreuses heures sur son piano, à l’écriture de partitions. Après quoi court cet homme plusieurs fois déraciné ? C’est dans son enfance qu’il faut chercher…

« Je suis né en Iran, à Téhéran, dans une famille juive, dans les années soixante. Avec mon frère, nous avons perdu nos deux parents très tôt. J’avais 1 an. C’est ma grand-mère qui nous a élevés, dans l’Iran de la misère ». Erez ne souhaite pas rentrer dans les détails. Des détails qu’il souhaite réserver aux lecteurs d’une autobiographie sur laquelle il travaille.

Adopté par un couple de Juifs belges, venus le chercher en Iran à l’âge de 6 ans, il est alors percuté de plein fouet par la Shoah. « Mon père était un rescapé et avait atrocement souffert. J’ai grandi dans l’ombre de ses souvenirs. Cela m’a énormément marqué et déterminé certains pans de ma vie. En grandissant dans cette famille, j’ai pris en charge un fardeau que je n’aurais pas dû porter, mois le petit Juif sépharade iranien. ‘Les gens qui ont vécu la Shoah, leurs enfants la vivent à la maison’, n’est pas une phrase en l’air. C’est ce que j’ai ressenti ». Pour autant, Erez Lichtfeld vouera toute sa vie beaucoup de respect et d’amour à ses parents adoptifs, s’occupant d’eux jusqu’au bout de leurs vies. « Je me sentais doublement redevable en tant qu’enfant adoptif qui aimait ses parents ».

Mais revenons au jeune Erez, qui un an seulement après son arrivée en Belgique, se prend de passion pour la musique et devient dès lors, un élève extrêmement doué et distingué. «Le piano est devenu central dans ma vie. Après mon baccalauréat, je suis entré au conservatoire et j’y ai d’ailleurs obtenu le Premier Prix de Piano au Conservatoire National». À ce moment de sa vie, Erez a deux rêves : devenir compositeur de musique de films à Paris ou faire son alyah. Erez choisit la seconde option et arrive en Israël dans les années 90. « Mais le professeur de piano que j’étais ne trouve pas de travail, immédiatement ». Il vivote, enchaine les petits boulots et se lance dans la photo. « Même si la photo était un hobby depuis petit, et que je la pratiquais de manière quasi pro depuis l’âge de 15 ans, j’ai étudié un an à ‘Camera Obscura’ en Israël pour mieux comprendre l’art du développement et de la lumière ». 

© DR : Erez Lichtfeld

Après le décès de son père en 1996, il trouve le temps de s’inscrire à l’Académie Rubin de Jérusalem où il est alors immédiatement admis pour intégrer la seconde année du cursus musical de composition. Il finira son diplôme avec un ‘Premier prix de composition contrepoint et fugue’.

Pourtant en 1999, il quitte Israël pour Paris. « C’était un nouveau départ. Le quatrième, si l’on remonte à l’Iran », précise Erez qui tient à souligner, que dans toutes ses pérégrinations, jamais son rêve de musique ne l’abandonne. Pourtant son talent de photographe le rattrape. Il devient très vite photographe officiel de l’ambassade d’Israël en France et du Crif. « Un bonheur et un malheur en même temps. Car en rentrant à Paris, je souhaitais me consacrer entièrement à ma carrière musicale. Je n’en ai pas eu l’occasion. J’ai été très vite débordé de travail ».

Hommes politiques, stars du show-biz, personnalités communautaires, ils se pressent tous devant l’objectif d’Erez qui sait créer une intimité avec ceux qu’il photographie.

« Je ne suis pas un voleur d’images, j’aime que le sujet soit mon complice. C’est ainsi que l’on peut créer une ambiance ».

Consécration pour un
photographe de presse :
La ‘Une’ de Libération

C’est aussi en étant créatif. Comme pour cette photo prise sur le tarmac de l’aéroport de Villacoublay, le jour de lalibération de Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, les quatre journalistes français retenus en otage en Syrie. Soixante-dix photographes se bousculent sur les lieux. Erez trouve alors un angle assez « improbable » et mitraille. Ses clichés feront la Une de Libération et celle de VSD.

« Une bonne photo nécessite des dizaines d’heures de travail »

À partir de 2012, les choses s’accélèrent. Il travaille pour des grandes agences (SIPA, Bestimage) et des grands quotidiens (Figaro, Libération, Paris Match, etc). Il sera notamment le correspondant de Ma’ariv en France pendant de nombreuses années.

Si Erez Lichtfeld aime son métier, il précise qu’il s’agit d’un travail difficile. « Une bonne photo nécessite des dizaines d’heures de travail. Il faut être sur les grands événements des heures avant pour se placer au mieux, puis faire les photos, et enfin rentrer et sélectionner les meilleurs clichés, les légender, tout ça sans être sûr que sa photo va être choisie et donc payée ! ».

Aujourd’hui, photographe reconnu et recherché, Erez met les bouchées doubles pour concrétiser son rêve d’enfant. « Petit, ma mère adoptive, aujourd’hui décédée, m’écoutait jouer des heures entières sur mon piano. Je sais que quelque part, elle aurait aimé voir le musicien Erez exercer son talent. C’est la raison pour laquelle j’ai repris la musique ». 

La nuit, il compose avec l’espoir de produire son premier disque et bien sûr, but ultime, un concert d’ici 2018. Un destin fait d’images et de sons.


 

© Alain Azria

Quand le photographe Erez Lichtfeld se fait photographier par un autre photographe (Alain Azria) aux côtés d’Emmanuel Macron (pas encore élu Président au moment de la photo).