Ce sont les femmes qui ont, les premières, ouvert les portes du marché de l’emploi à la communauté orthodoxe. Au sein de cette communauté, rien n’est plus prisé qu’un homme savant en Torah. Pour permettre à leurs maris d’étudier la Torah à plein temps – et donc d’arriver à des niveaux de connaissance élevés – les femmes ont peu à peu intégré le monde du travail. Comprenant qu’avec des qualifications, elles rapporteraient de meilleurs salaires dans leurs foyers, elles ont ensuite entrepris de se former professionnellement. Des figures féminines du monde orthodoxe ont osé prendre position pour améliorer un état de fait désormais établi, enracinant une révolution désormais en marche.

CHIFFRES

4000

C’est le nombre de femmes orthodoxes employées dans le secteur High-Tech, contre 2000 hommes. Chez Kidum Plus, c’est une femme ‘haredit qui supervise le département des hommes.

80 %

C’est le taux de femmes ultra-orthodoxes qui travaillent, contre 75 % dans la population féminine en général.

30 %

Depuis 2000, l’emploi des femmes ultra-orthodoxes a augmenté à un rythme stupéfiant de 30 %.

600

Nombre de femmes ‘haredit qui obtiennent un diplôme dans le secteur de l’ingénierie chaque année.

2003

Marque l’année où B. Netanyahou, ministre des Finances à l’époque, réduit de moitié les allocations familiales. Elles passeront d’environ 6000 shekels par mois, pour une famille de dix enfants, à environ 3000 shekels.

1%

Pourcentage de femmes gagnant plus de 12 000 shekels/mois. Elles seraient 46 % à gagner moins de 3000 shekels/mois. Du côté des hommes issus du même secteur, ces chiffres sont respectivement de 9 % et 21%

PORTRAITS

© IDI
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Naomi Perl, directrice des Programmes Mandel pour le développement du leadership dans la Communauté orthodoxe.

« Les femmes orthodoxes ont un feu intérieur, elles sont la base réelle de la société orthodoxe et le moteur idéologique de la communauté ».

Cofondatrice du conservatoire de musique pour filles orthodoxes ‘Ron Shoulamit’, Naomi Perl a également créé le programme Shlu’hei Tzibur à l’université Hébraïque de Jérusalem (programme destiné à former des leaders communautaires au sein du monde universitaire).  Diplômée des institutions Bet Yaacov à Jérusalem, Naomi Perl est mère de dix enfants.

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adina

Adina Bar Shalom, fille de l’ancien chef spirituel du mouvement Shass, Rav Ovadia Yossef (zal)

Il y a cinq ans, quand mon père est venu visiter le collège, il m’a demandé: «Où sont les hommes? ». Je lui ai répondu: «Papa, je n’enseigne qu’aux femmes, parce que je crains que les rabbins ashkénazes, qui ont été très opposés au collège au début, prétendent que je prends les hommes des yeshivot ». Voici sa réponse: « Tu as peur des rabbins ashkénazes et non de moi? Si je te parle des hommes, c’est que je sais que ceux qui viendront au collège le feront car ils ont besoin de soutenir leurs familles. Ce sont des gens qui ne deviendront pas rabbins ».

Adina Bar Shalom est devenue une figure incontournable au sein du monde orthodoxe.  On lui doit notamment la création en 2001 du Collège ‘haredi de Jérusalem qui compte aujourd’hui plus de 2000 diplômés issus des nombreux cursus qu’il propose. Initialement réservé aux femmes orthodoxes, le Collège s’est ouvert aux hommes en 2005, avec l’approbation de son pére, Rav Ovadia Yossef. Adina Bar Shalom a été honorée du prestigieux Prix d’Israël pour sa « contribution à l’amélioration de la société israélienne ».

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femme

Ruth Colian, présidente et fondatrice du parti orthodoxe pour femmes, ‘Oubes’houtan’

« De très nombreux secteurs de la population sont représentés à la Knesset (Arabes, Juifs, sépharades, ashkénazes, ‘haredim, etc). Mais les femmes orthodoxes ne sont pas représentées du tout. Et les représentants orthodoxes ne traitent jamais de leurs besoins ou sujets d’inquiétude. Par conséquent, nous avons décidé de nous attacher à cette problématique ».

Mariée, mère de quatre enfants, Ruth Colian a formé un parti pour les femmes orthodoxes lors des précédentes élections, en mars 2015. Ruth Colian a fondé ce parti après avoir essuyé le refus des deux partis orthodoxes à la Knesset d’inclure des femmes sur leurs listes. Oubes’houtan a obtenu à peine plus de 1800 voix dans le pays. A Bnei Brak, le parti n’a récolté que 30 voix sur plus de 80 000 électeurs. (Le parti en faveur de la légalisation de la drogue ayant obtenu des dizaines de voix de plus…).

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© IDI
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L’évènement, le premier du genre, organisé en décembre 2015, par l’institut pour la démocratie israélienne témoignait de l’importance du sujet : « La femme orthodoxe au 21 ème siècle : famille, communauté et société ». Selon son organisatrice, Docteur Lee Cahaner, « la communauté orthodoxe est le secteur qui est en plein essor dans la société israélienne. Les choix faits aujourd’hui par la communauté orthodoxe et par l’Etat d’Israël pour cette communauté peuvent fortement influencer le visage d’Israël dans les décennies à venir. Et pourtant, en Israël, nous commençons juste à en parler ».