Francis Huster « J’aime beaucoup Thierry Lhermitte, j’admire cet homme qui est resté intègre et honnête dans ce métier »

124

Nous avons rendez-vous au Café des folies, en face des Folies Bergères, mais très vite nous décidons de nous rendre dans le bureau de son ami et complice, Steve Suissa, pour être plus au calme. Francis Huster traine une valise et sur son bras, un pardessus.  Il revient de Carcassonne où sa pièce ‘Horowitz, le pianiste du siècle’ a fait lever un public totalement conquis. Il demande quelques minutes avant de commencer l’interview. Pour relire la nouvelle version du script de la prochaine pièce à venir. En quelques coups de stylo, il barre, approuve plusieurs dizaines de pages que sa mémoire phénoménale pourra emmagasiner pour le plus grand plaisir du public. Il a fini. L’interview peut commencer…

leMag’ : C’est la troisième année consécutive que vous revenez en Israël. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Francis Huster : Je suis fou de joie car nos projets et nos rêves les plus fous se réalisent dont l’un était principalement ce Festival du théâtre français en Israël. C’est très important de faire un pont artistique avec les plus grands acteurs et auteurs, tout ce que la France peut avoir à l’heure actuelle de plus courageux pour présenter des œuvres qui ont un sens au cœur de la terre, de ce lieu magique qu’est Israël. Je suis fier de participer à cette aventure que nous voulons faire perdurer dans le temps avec de très grandes ambitions… Le théâtre est une parole de vie, est un choc émotionnel qui nous porte à espérer que la bonté triomphera sur le mal, que l’amour triomphera et qu’il n’est pas juste un égoïsme personnel pour trouver le bonheur dans sa vie. Un amour qui ne rayonne pas n’a aucun sens, pas plus qu’un théâtre qui ne rayonnerait pas.
Au théâtre, c’est vous qui êtes directement propulsés sur scène. C’est vous qui êtes Le Cid, c’est vous qui êtes Don Juan, c’est vous qui êtes Hamlet.  L’émotion est incomparable !
Quand après la guerre, Jean Vilar, Louis Jouvet, Gérard Philipe, Jean-Louis Barrault se sont battus à travers la troupe de l’Athénée, le TNP, la troupe Jean-Louis Barrault et la Comédie Française pour redonner espoir à un pays effondré, qui avait été lui-même son propre ennemi, quand tout d’un coup dans ces années cinquante, des centaines de milliers de jeunes ont repris espoir, la mission avait été accomplie. Il se trouve que depuis un demi-siècle, cette mission n’existe plus. Alors aller en Israël et ailleurs aussi, pour porter cet espoir, voilà l’objectif.

Le théâtre est-il l’art de l’excellence ?
F.H : Oui, l’art de la rareté, je dirais. Ce qui compte, c’est d’être différent, de trouver son chemin. Quand ce chemin différent, donc rare, va jusqu’au bout, alors on se dit : « mais, c’est lui qui avait raison ! ».

Comme Horowitz par exemple…
F.H : Exactement.  Horowitz, c’est la Russie, une famille martyrisée sous le joug de la révolution Bolchévique, la fuite sans avenir, sans papiers, les nazis… et grâce à ses dix doigts, comme unique ressource, devenir le pianiste le plus célèbre du monde et défier Hitler, Staline, Mussolini, et même dépasser Rubinstein, les Beatles, et puis soudain disparaître en pleine gloire. En tout près de vingt ans. Et au moment où tous le croient perdu, revenir un soir sur la scène du prestigieux Carnegie Hall de New York face à celle qui fût sa seule passion, sa foi, sa lumière et son chemin, celle qui l’enlaça, le sauva, le protégea, celle qui l’emporta dans la gloire de l’éternité. Elle, sa vie : la Musique. C’est ce destin que nous avons voulu raconter avec Steve Suissa et Claire-Marie Leguay dans cette pièce incroyablement moderne que nous présenterons avec beaucoup de fierté pour la seconde fois, après Carcassonne, à Tel-Aviv, le 29 octobre prochain !

Vous jouerez aussi, pour la première fois, aux côtés de Thierry Lhermitte, ‘Inconnu à cette adresse’ à Tel-Aviv et à Jérusalem, un événement au cœur d’un évènement si l’on peut dire…
F.H : Nous avons eu la chance avec Thierry Lhermitte de tourner ensemble dans ‘Un diner de con’ au cinéma. Un souvenir merveilleux. Au théâtre, l’occasion ne s’est jamais présentée, car nous avons joué dans des styles de pièce différents. Je l’aime beaucoup et j’admire cet homme qui est resté intègre et honnête dans ce métier où quelques fois, certains parmi nous deviennent soit des grosses têtes, soit des pourritures infréquentables. Je pense qu’il nous révélera encore beaucoup de son talent dans les dix prochaines années. Thierry est un acteur à la Cary Grant, à la Henry Fonda. Il y a chez lui une pureté et un halo d’élégance. Il me fait aussi penser à Kevin Spacey, une personnalité solitaire, capable de beaucoup nous surprendre. C’est ce qu’il va faire dans ‘Inconnu à cette adresse’ en interprétant le rôle du ‘salaud’, celui de l’Allemand. Je suis particulièrement heureux que l’on se retrouve ensemble pour jouer ce chef-d’œuvre de Kressmann Taylor en Israël, mais aussi parce que je vais le voir dans le rôle du méchant… et ça, c’est un moment que j’attendais depuis longtemps !!