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L’opinion israélienne s’est récemment émue en apprenant l’arrestation pour espionnage au profit de l’Iran de l’un de ses anciens ministres, Gonen Segev. D’un seul coup, toute l’unité présupposée du Peuple contre un État qui a juré de nous ex-terminer s’est trouvée lézardée : il y a donc des traîtres parmi nous !?

Si certains Israéliens ont trahi leur pays par conviction idéologique, Gonen Segev semble n’avoir été motivé que par l’appât de gains importants et rapides.

Né en 1956 en Israël dans la banlieue de Haïfa, après son service militaire dans Tsahal qu’il quitte avec le grade de capitaine, Gonen Segev s’inscrit à l’Université Ben-Gourion d’où il sort avec le titre de médecin. Mais la carrière médicale ne l’attire pas. Il se destine à la politique et est élu à la Knesset en 1992.

En 1995, il devient ministre de l’Énergie et des Infrastructures dans le gouvernement travailliste d’Itshak Rabin. Il sera même membre du Cabinet de Sécurité qui décida de cautionner les accords d’Oslo. En 1998, il quitte les allées du pouvoir pour s’employer comme médecin.

En 2004, il est arrêté à l’aéroport Ben Gourion avec plusieurs milliers de comprimés d’Exctazy achetés en Hollande. Pour ne pas être fouillé au départ d’Amsterdam, il falsifie grossièrement son passeport diplomatique. Dans le même temps, on apprend qu’il avait frauduleusement retiré d’importantes sommes d’argent d’un gabier à Hong Kong, en prétendant avoir perdu sa carte bancaire.

Condamné à 5 ans de prison en 2007, il voit son diplôme de médecin révoqué. Après avoir purgé les deux tiers de sa peine, ne pouvant plus exercer en Israël, il s’envole pour le Nigéria où il ouvre une clinique fréquentée par les expatriés nombreux dans l’industrie pétrolière locale.

C’est là, en 2012, qu’il sera recruté par des agents de l’ambassade d’Iran à Lagos. À leur initiative, il se rendra d’ailleurs deux fois à Téhéran, pour rencontrer des responsables iraniens. En mai 2018, il se rend en Guinée Equatoriale, où les autorités l’extradent vers Israël. Pour sa défense, Gonen Segev clame qu’il a voulu tromper les Iraniens, pour rentrer comme un héros en Israël, et qu’il ne leur a donné que des informations vieilles de 20 ans et non classées secret-défense.


Martin Sherman ©DR

“Sans Segev, il n’y aurait pas eu les accords d’Oslo, et sans Oslo il n’y aurait pas eu de deuxième Intifada, il n’y aurait pas eu de désengagement de Gaza, pas de prise du pouvoir du Hamas à Gaza, pas de tunnels de la terreur, pas d’arsenal de roquettes redoutables visant les villes israéliennes et les villes éloignées de Gaza”. Martin Sherman, ancien conseiller du Premier ministre Itshak Shamir.


©DR

“Monsieur M&Ms”

C’est le surnom que gagne Segev, en 2004, après avoir tenté d’acheminer en Israël – en provenance des Pays-Bas – 32 000 tablettes d’ecstasy ( !!!), ce qui lui vaudra une condamnation à cinq ans de prison. Avant de finir par plaider coupable, il prétend qu’il croyait transporter des bonbons M & M’s…


 

Vivant au Nigeria depuis quelques années déjà, Gonen Segev tente de se rendre en Guinée équatoriale en mai 2018. La Guinée lui refuse l’entrée en raison de son casier judiciaire, Segev est alors transféré en Israël à la demande de la police israélienne, où il est arrêté – dès son arrivée – pour être interrogé par l’ISA (Agence de sécurité israélienne). Le Shin Bet, le service de sécurité intérieure de l’État hébreu, révèle publiquement, le lundi 18 juin, que cet ancien député et ministre, âgé de 62 ans, est accusé d’être un agent actif au profit des services de renseignement de l’Iran, le plus grand ennemi que compte aujourd’hui son pays.


Il n’est pas le seul

Israël Beer ©DR

Israël Beer
Israël Beer est le premier à avoir défrayé la chronique. Arrêté en 1961 et convaincu d’avoir espionné Israël pour l’URSS, Israël Beer avait derrière lui un glorieux passé de militant sioniste. Il obtient le grade de lieutenant-colonel dans la jeune armée israélienne et il quitte Tsahal en 1949. Il devient l’un des confidents de Ben Gourion, qui le nomme à un haut poste au ministère de la Défense. Pendant 20 ans, convaincu de la supériorité de l’idéologie communiste, il va transmettre aux Russes d’importants renseignements sur l’armée et les infrastructures d’Israël. Arrêté le 31 mars 1961, il sera condamné à 10 ans de prison.

 

Markus Klingberg ©DR

Markus Klingberg
Markus Klingberg, né en Pologne en 1918, aura un parcours presque semblable. Devenu médecin en Russie, il fait son alyah en 1949. Avec le grade de lieutenant-colonel dans Tsahal, il intègre l’Institut israélien de recherches biologiques (IIRB), dont les travaux sont secrets. Pendant 30 ans, il va informer le KGB des recherches en cours à l’IIRB. Découvert et arrêté en 1983, il écope de 20 ans de prison. Libéré avant la fin de sa peine, il finira sa vie à Paris en 2015, auprès de sa fille. Trois livres lui ont été consacrés.

Morde’hai Vanunu ©DR

Morde’hai Vanunu
Morde’hai Vanunu, connu sous le nom de John Crossman, né au Maroc en 1954, est un technicien nucléaire israélien. Le jeune homme qui avait fait son alyah dans les années 60 à Beer-Sheva, se fait connaître du grand public en 1986 en révélant au journal anglais The Sunday Times des détails sur le programme nucléaire militaire israélien ; notamment des photographies prises à l’intérieur de la centrale nucléaire de Dimona. Après son enlèvement par un commando du Mossad à Rome, Vanunu est jugé et condamné à 18 ans de prison en mars 1988 pour « trahison, espionnage et révélation de secrets d’État ». Il passera 18 ans en prison et à sa libération en 2004, il lui sera interdit de prendre contact avec tout journaliste étranger !