Tout olé est confronté dès son arrivée aux écueils de l’alyah : barrière de la langue, casse-tête pour faire reconnaître ses diplômes et difficultés à décrocher un travail. D’autres l’effraient encore plus : un marché du travail israélien dont il ne maitrise pas les codes et des salaires stagnants qui lui semblent insuffisants pour boucler ses fins de mois. Et nul ne peut lui garantir qu’un médecin ou un avocat gagne plus que l’épicier du coin… Enfin, n’ayant pas forcément un métier exportable, le nouvel immigrant rechigne souvent à entamer une reconversion professionnelle. Face à ces obstacles, bon nombre d’immigrants se contentent de cumuler des petits boulots même s’ils se rendent très rapidement compte que cette formule est épuisante et … décourageante. D’autres optent pour une alyah Boieng, persuadés de pouvoir se partager entre deux continents. Celle-ci peut être envisageable si le nouvel immigrant est célibataire ou sans enfants en âge d’être scolarisés. Mais dans le cas contraire, les rentrées d’argent, certes au rendez-vous, se font à quel prix ?  Dans la plupart des cas, la santé et l’équilibre de la famille sont rapidement ébranlés. En effet, du fait des changements radicaux liés à l’alyah, les proches ont plus que jamais besoin de se sentir unis et soutenus face aux difficultés qui ne manquent pas. Or ces déplacements trop fréquents créent un fossé entre ceux qui tentent de s’intégrer à leur nouvel environnement et celui (ou celle) qui se partage entre deux ‘mondes’, et qui n’a pas encore réellement fait Le pas.

Reste alors la fameuse ‘manne ‘ du francophone : le call center.  Ce secteur d’activités séduit d’emblée le nouvel immigrant : peu de qualifications sont requises, les salaires sont ’alléchants’ et le centre offre une formation rapide sur place, le tout en français ! Le call center apparaît ainsi comme le meilleur moyen de s’intégrer au marché du travail mais surtout le plus sûr. Mais est-ce vrai ?

Impossible, vous l’aurez donc compris, de conclure ce dossier de l’emploi en Israël sans évoquer ces fameux call center qui ont changé la done pour les Français installés ici depuis une dizaine d’années. Et plutôt que de donner notre avis sur le sujet, nous avons préféré laisser la parole aux principaux intéressés. Témoignages.

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David, 33 ans, marié et père de trois enfants, Ashdod

« Nous avons fait notre alyah, il y a trois ans. En France, j’étais représentant dans une boîte de textiles et ma femme était secrétaire dans un cabinet dentaire. Nous gagnions correctement notre vie mais la montée de l’antisémitisme nous faisait peur. Nous avons donc décidé de nous installer en Israël en Août 2012. Johanna était enceinte de notre troisième enfant, elle n’a donc pas envisagé de chercher un nouveau boulot. Moi, par contre, je n’avais pas le choix, il fallait bien que je nourrisse ma famille. J’ai commencé mon oulpan au mois de Septembre et, en même temps, à prospecter pour trouver un job. Sans la langue, ce n’était pas facile. J’ai travaillé quelques mois comme manutentionnaire dans une superette, mais le travail était harassant et peu valorisant. J’ai rencontré alors une ancienne connaissance qui travaillait dans un call center. Cette personne m’a tant loué les vertus de son boulot, sa super paye et ses horaires malléables que j’en ai lâché le mien et j’ai postulé dans sa boîte. J’ai tout de suite été embauché avec mon cv de ‘tchatcheur’. Au début, j’étais content, je faisais ce que savais faire, démarcher des clients et en plus dans ma langue maternelle, et l’ambiance était sympa. Mais je me suis vite rendu compte que la ‘super paye’ n’était pas au rendez-vous. Même en bossant huit heures par jour et en rajoutant des heures sup, je ne gagnais pas ce que j’avais espéré. Des commerciaux y’en avait plein dans la boîte et les patrons encourageaient la concurrence entre nous et certains n’étaient pas très ‘réglos’. Après presque deux ans, une rémunération en dents de scie et pas d’évolution professionnelle à l’horizon j’ai démissionné. Depuis, j’ai fait un petit emprunt et j’ai ouvert un kiosque. Je ne gagne toujours pas des milles et des cents mais je m’en sors pas mal. En plus, au contact des clients, je parle de mieux en mieux en hébreu. Je me sens aujourd’hui comme un vrai Israélien. Il n’empêche que ces deux ans en call center m’ont permis de nourrir ma famille, et d’une certaine façon m’ont donné la ‘niaque’ pour m’intégrer véritablement sur le marché de l’emploi en Israël ».

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Vanessa, 39 ans, mariée et mère de quatre enfants, Jérusalem

« J’ai fait mon alyah à l’âge de 29 ans pour rejoindre mon futur mari, installé, à l’époque, depuis plus de 6 ans en Eretz. J’ai tout laissé en France : ma famille, mes amies, mon métier (très bien rémunéré), bref tout ce à quoi j’étais habituée… Les six premiers mois ont été éprouvants. A part les quelques heures où j’étudiais à l’oulpan, je m’ennuyais ferme et j’attendais avec impatience, tous les soirs, le retour de mon mari. Ne connaissant personne, ma vie sociale était bien triste. Un jour, je suis tombée sur une petite annonce dans un petit magazine français. Un call center spécialisé dans le placement en maison de retraite recrutait une responsable administratif. Je ne savais pas trop ce que c’était mais les compétences exigées me correspondaient assez : français langue maternelle (maternelle, paternelle, fraternelle même), être multitâche (j’ai appris de ma mère que c’est la caractéristique même de la femme), avoir goût pour les relations humaines (j’en étais affamée !!!) et enfin être capable de travailler dur (j’étais plus que capable).Le poste était à pourvoir dans l’immédiat. J’étais très motivée, j’ai postulé. J’ai déposé le lendemain mon CV à l’accueil de la société et quelques jours plus tard, j’ai été convoquée en entretien. Deux jours après, j’ai reçu une réponse positive. Depuis presque 10 ans déjà je travaille dans ce call center et j’en suis heureuse. Les conditions de travail sont bonnes, les horaires sont adaptés aux mères de famille et mon salaire est plus que correct. Et surtout, je me suis créé une nouvelle famille ici. Mes collègues de travail sont devenues au fil du temps des amies voir même des sœurs ! »