Les investissements du Qatar en France pourraient poser un vrai problème d’indépendance nationale. Depuis 2008, le Qatar a investi près de 15 milliards d’euros en France…

À l’automne 2013, les Français découvrent les montants des investissements qataris en France : 15 milliards d’euros ! (Somme qui reste toutefois dérisoire par rapport aux 260 milliards de dollars investis par le Qatar dans le monde). Un mouvement d’opinion, largement relayé par l’extrême-droite, accuse alors les élites françaises d’être vendues aux Qataris.

Pour le journaliste Nicolas Beau, fondateur du site Backchich.info, et ancien du Canard Enchaîné, « on ne dispose d’aucune preuve de corruption des responsables français. Mais des doutes subsistent en raison de l’opacité des circuits financiers du Qatar en France. Des révélations ont prouvé l’existence de plusieurs dizaines de millions de commissions lors du rachat du Printemps. On sait qu’un certain nombre de commissions sur des contrats d’armement ont transité entre 1995 et 1998 au Crédit Agricole Suez qui possède une filiale au Qatar. On peut par exemple imaginer que des virements occultes aient pu concerner Nicolas Sarkozy à cette époque. De nombreuses personnalités de la classe politique, de gauche comme de droite, se sont ainsi rendues à Doha dans l’un de ces innombrables colloques tous frais payés dans des hôtels de luxe. Sous l’ère Sarkozy, tous les dirigeants UMP y sont allés, tandis que ce phénomène est plus sélectif au PS. On sait que Ségolène Royal et Strauss-Kahn s’y sont rendus, mais ce n’est pas le cas de François Hollande qui n’entretient pas de lien particulier avec l’émir. D’autres systèmes d’influence plus discrets peuvent également être cités. Je pense par exemple aux plaquettes distribuées pendant les fêtes de l’ambassade du Qatar en France, et contenant des textes à la gloire du Qatar signés par des ministres en exercice comme Besson, Lang ou Villepin ! Le moins que l’on puisse dire est que ces écrits ne sont pas dans la tradition républicaine. En dehors de la sphère politique, le Qatar distribue également différents prix récompensant des personnalités du monde des arts et du cinéma, comme Plantu, ou Anne Roumanoff. On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un scandale mais ces pratiques ne sont pas ordinaires. Tout se passe comme si l’émirat se demandait s’il a un intérêt à acheter les bonnes grâces d’universitaires ou d’intellectuels… ».

Pour couper court aux rumeurs, deux députés (un UMP et un PS) déclarent que 92 % des investissements étrangers en France proviennent de pays développés. L’influence du Qatar serait donc marginale.

En février 2015, les deux députés François Scellier (apparenté UMP) et Phillipe Kemel (socialiste) compilent dans un rapport les investissements des pays étrangers en France. Leurs conclusions réduisent à néant la menace qatarie : « Les États-Unis tiennent le haut du pavé avec 22,3 % des investissements. Viennent ensuite les Britanniques (14,5 %) et les Allemands (14,2 %). Les Chinois culminent à… 0,6 %. Même chose en ce qui concerne les créations d’emplois : pour la période 2010-2013, les États-Unis ont occupé la première place (avec 927 projets), suivis de l’Allemagne (809) et de l’Italie (363). La Chine arrive au neuvième rang (217 projets). L’investissement des fonds souverains des émergents et des pays arabes reste homéopathique. Le Qatar en particulier achète surtout de l’immobilier et agit davantage dans une logique de placement que d’investissement ». Conclusion : même si le PSG est quelque part la vitrine sportive de l’Hexagone, la France n’est pas le PSG !

La Qatar a compris la force des symboles et a joué à fond la carte médiatique…

Minuscule État coincé entre deux géants – l’Iran et l’Arabie saoudite – le Qatar a choisi de compenser sa dangereuse situation géopolitique par une forte présence médiatique. L’émirat a réalisé cet objectif en développant la chaîne d’informations Al Jazeera, dont l’influence s’étend bien au-delà du monde arabo-musulman, et en achetant des sociétés à forte valeur symbolique dans le luxe, le sport et les médias.

Pour Agnès Levallois, professeur à l’ENA, « du jour où il a commencé à disposer de gaz et d’argent, le Qatar s’est demandé comment faire pour ne pas être confondu avec l’Arabie Saoudite. Cet élément fut déterminant dans la stratégie de développement du Qatar et explique leur volonté de faire des coups d’éclat pour que le monde parle d’eux. Les Qataris ont donc investi dans des symboles forts dans différents pays pour faire parler d’eux et acquérir une légitimité. Et il faut bien admettre que cette stratégie a été largement payante. Une fois ces rachats ostentatoires et clinquants réalisés, le Qatar s’est également lancé dans des opérations financières et économiques intéressantes pour continuer à exister quand leurs ressources gazières seront épuisées… Il existe donc deux aspects dans les investissements qataris : la partie clinquante et la partie investissements financiers qui ne se limite pas à la France. Pour preuve, ils ont investi 260 milliards de dollars dans le monde, contre 15 dans l’Hexagone ! ».

Enfin pour Georges Malbrunot, spécialiste du Moyen-Orient : « Il ne faut pas avoir peur du Qatar, mais la vigilance s’impose. Ce petit pays inquiète même ses amis parce que rien ne semble lui résister. Son insolente richesse lui permet de tout acheter au moment où les économies occidentales sont en crise. Le monde est pour lui un gigantesque supermarché où il fait ses courses. Mais sa propension à acheter les âmes est inquiétante… ».