►►► REPORTAGE

Ces dernières années, plusieurs milliers de chercheurs et scientifiques israéliens de haut niveau ont déserté laboratoires et universités pour s’installer à l’étranger, attirés par de meilleurs salaires et des conditions de travail exceptionnelles. Exemples types de cette situation : Michael Levitt et Arié Warshel. Ces deux ...

Ces dernières années, plusieurs milliers de chercheurs et scientifiques israéliens de haut niveau ont déserté laboratoires et universités pour s’installer à l’étranger, attirés par de meilleurs salaires et des conditions de travail exceptionnelles. Exemples types de cette situation : Michael Levitt et Arié Warshel. Ces deux lauréats du Nobel de Chimie 2013 sont des Israéliens qui ont préféré résider aux États-Unis.

Dans certaines institutions américaines, près d’un quart des enseignants seraient nés dans l’État hébreu… Ainsi, depuis plusieurs années, le gouvernement s’emploie à rapatrier les ingénieurs, informaticiens, chercheurs et autres savants partis vers d’autres horizons. Et le problème ne date pas d’aujourd’hui puisqu’en 2012, l’Académie israélienne des sciences avait recensé 2061 Israéliens expatriés et hautement qualifiés. Pour faciliter leur réintégration.

et leur offrir un poste à la hauteur de leurs compétences, le ministre de l’Éducation de l’époque, Gideon Sa’ar, avait annoncé la création de 30 centres académiques, dotés d’un budget de 7 milliards de shekels ! Tout cela partait d’un bon sentiment : « Pour contrer la concurrence avec les plus grands instituts de recherche du monde, nous allons offrir à nos chercheurs les mêmes conditions de travail… Au cours des 20 dernières années, nous avons privilégié le développement de nos entreprises au détriment de la matière grise sur laquelle elle s’appuyait. Le moment est venu de renverser la tendance, car le succès de l’État d’Israël est dû à l’excellence de ses entrepreneurs, techniciens, ingénieurs, scientifiques, savants. »

33 SHEKELS DE L’HEURE…

Mais l’initiative n’a pas produit les résultats attendus. Plusieurs scientifiques israéliens expatriés ont réagi en expliquant : « Ce n’est pas tant l’argent que j’ai recherché en m’installant aux USA, explique un directeur de projet, c’est plutôt un climat, une reconnaissance. En Israël, même avec les meilleures compétences, même en travaillant dur, sans vitamine P – sans ‘’protectia’’ – vous ne réussirez pas ». Et cet autre chercheur, ancien immigrant originaire d’ex-URSS : « Israël n’a pas voulu valider mon expérience de 18 ans en microbiologie. J’ai donc travaillé pendant quelques années pour 33 shekels de l’heure. Dès que j’ai pu trouver un emploi aux USA, je suis parti. Et vous voudriez que je revienne? ».

5,8 % des titulaires de diplômes universitaires obtenus entre 1981 et 2011, soit 33 000 Israéliens, ont passé ensuite au moins 3 ans à l’étranger.

Plus de 500 000 Israéliens résidant aux États-Unis auraient acquis la nationalité américaine. Et depuis l’an 2000, près de 33 000 seraient détenteurs d’un passeport allemand. En Espagne, depuis une loi du juin 2015, les Séfarades apportant les preuves généalogiques nécessaires peuvent prétendre à la nationalité espagnole. Opportunité saluée par la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely, qui l’a qualifiée de « décision historique, témoignant du respect dû à la longue histoire des Juifs d’Espagne ». Ils seraient déjà plusieurs milliers à s’être manifestés. Tout se passe comme si les nations s’ingéniaient à freiner « le retour des exilés ». Il faut dire que posséder un passeport de l’Union européenne permet de voyager plus facilement dans le monde… D.J

Les statistiques définissent comme « expatrié » toute personne vivant à l’étranger depuis au moins un an. Actuellement, on évalue le nombre des Israéliens expatriés entre 800 000 et 1 million. En 1980, les chiffres officiels étaient de 270 000 Israéliens résidant à l’étranger depuis plus d’un an. La tendance est donc fortement à la hausse. Selon le Bureau des statistiques, 5,8 % des titulaires de diplômes universitaires obtenus entre 1981 et 2011 – soit 33.000 Israéliens ! – ont passé ensuite au moins 3 ans à l’étranger. Ce pourcentage double chez ceux titulaires

d’un doctorat. Des études ont d’ailleurs démontré que la propension à quitter Israël croît avec le niveau de qualification.

RESPONSABLE :LE COÛT DE LA VIE ?

Les États-Unis, le Canada et l’Europe sont les principales destinations des émigrants israéliens. Qu’est-ce qui les motive ? Obtenir des salaires bien plus élevés, et travailler dans des conditions exceptionnelles. Le coût de la vie en Israël est souvent cité comme l’élément déclencheur. Selon le magazine financier Calcalist, 70 % des plus de 25 ans ont besoin de leurs parents pour boucler leurs fins de mois. À peine sont-ils en retraite qu’ils doivent hypothéquer leur appartement pour aider leurs enfants à acheter un logement ! Pour l’État d’Israël, les conséquences de cet exode sont doubles : à la pénurie de travailleurs hautement qualifiés s’ajoute le déni de l’idéologie sioniste. Si tant de Juifs israéliens – plus d’un dixième de la population – désertent l’État hébreu, c’est que quelque chose ne va plus…

David Jortner

 

Wharton School

… MAIS PARFOIS ILS REVIENNENT

Et quand ils sont de retour, c’est généralement parce qu’ils ont trouvé en Israël un poste plus intéressant que celui qu’ils occupaient à l’étranger. Amir Yaron – qui vient d’être nommé gouverneur de la Banque d’Israël – en est l’exemple le plus parfait. Après avoir obtenu sa licence et son master à l’université de Tel-Aviv, ce sabra est parti décrocher un doctorat à l’université de Chicago. Là-bas, il s’est spécialisé dans l’évaluation des actifs financiers, les investissements et les stratégies de risque/rendement. Il a enseigné, par la suite, la finance à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie et est également devenu adjoint-chercheur au sein de l’US National Bureau of Economic Research. Et le voici à présent prêt à piloter la politique monétaire d’Israël. Bienvenue à ce toshav ‘hozer (citoyen de retour) exceptionnel !

Berlin, Allemagne

LE COUP DE GUEULE D’ARIÉ ELDAD

Comme on le sait, depuis la « révolte des tentes » de l’été 2011, quelques dizaines de milliers d’Israéliens se sont installés à Berlin. Cet exode scandalise Arié Eldad, ancien député et professeur de médecine, qui ne mâche pas ses mots : « Ils sont comme le chien qui retourne à ce qu’il vient de vomir… » (cité par un journaliste du New York Times le 27 septembre 2017)

D.J