« Le cabinet a décidé de ne pas décider » titrait un grand quotidien en janvier dernier, suite à une énième réunion du cabinet censée statuer sur l’autorisation accordée à 160 épiceries d’ouvrir le Shabbat à Tel-Aviv. En coulisse, un membre du gouvernement se gaussait doucement de voir les ministres se refiler cette ‘patate chaude’ que personne ne veut garder dans les mains.

Se retranchant derrière sa mollesse et son incapacité à affronter les grandes questions qui animent sa société, le Gouvernement a une fois encore préféré ne pas trancher. Une attitude parfaitement reflétée dans une étude réalisée par la Knesset en 2014 sur 25 des plus grandes villes d’Israël et 10 conseils régionaux. Chiffres à l appui.

-92% des villes ont adopté des règlements administratifs concernant le Shabbat, mais 80% des conseils régionaux ne l’ont pas fait.

-64% des lois locales ont été rédigées avant les années 70 et interdisent à toutes les entreprises d’ouvrir le Shabbat, à l’exception de certains cafés et restaurants (dans 80% des villes) et certains centres de divertissements (dans 40 %).

-Sur les 25 villes qui possèdent des règlements relatifs au Shabbat, 21 imposent des amendes aux entreprises qui violent les lois.

-Cependant, plus de la moitié (13)) des autorités locales possédant des règlements affirment qu’elles « ne respectent pas les règlements pour diverses raisons ».

-Eilat indique par exemple que la loi est « incompatible avec le caractère touristique de la ville ».

-Lod estime que les lois ne sont pas appliquées « en raison de la complexité de la ville » qui a une population arabe importante.

-Herzliyya et Hod Hasharon jugent qu’il « n’y a pas besoin de faire respecter la loi puisque la ville maintient un statu quo en vertu duquel les petites entreprises, notamment les établissements de restauration, restent ouverts en centre-ville ».

-Six villes qui ne se soumettent pas à la loi, ne fournissent tout simplement pas d’explication.

-Du coté des villes ultra-orthodoxes telles que Bnei Brak et Beitar Illit, on pense : « qu’aucun règlement n’a besoin d’être appliqué en raison du caractère ‘haredi de la ville ».

– Mise à part ces 13 villes, cinq autres villes – Beer Sheva, Haïfa, Petah Tikva, Ramat Hasharon et Rishon LeTzion –n’appliquent la loi que dans les zones résidentielles.

En outre, parmi les 35 autorités locales qui ont répondu à l’enquête, 15 d’entre elles (43%) ont écrit « qu’elles ne disposent d’aucune information sur le nombre d’entreprises ouvertes [le Shabbat] sous leur juridiction », ou n’ont pas répondu à cette question du tout.

-L’étude rapporte enfin que 17 autres villes et conseils régionaux n’ont tout simplement pas répondu à l’enquête, et que les données auto-déclarées n’ont pas été vérifiées de façon indépendante. Contre toute attente, Jérusalem fait partie des villes qui n’ont pas répondu.

Au-delà des règlements édictés par la municipalité, les entreprises qui désirent employer des salariés travaillant le Shabbat (à l’exception des cafés, hôtels et autres, qui sont automatiquement exemptés) doivent demander un permis spécial au ministère de l’Économie, au risque de s’acquitter d’une amende pouvant aller jusqu’à 35 740 shekels.

-En 2014, on recensait 400 entreprises possédant un permis d’ouvrir le shabbat. Ces dernières ont prouvé que la fermeture de leur entreprise le Shabbat nuirait considérablement à leurs affaires, à la sécurité d’Israël ou à l’économie israélienne.

-Mais selon le vice-président de l’Institut de la démocratie d’Israël , le professeur Yedidia Stern, quelque 17% de la main-d’œuvre israélienne travaillant le Shabbat – ce qui constitue une grande partie de l’activité commerciale – n’ont pas l’approbation du ministère de l’Économie.