Avec à peine 30 000 membres en 1948, la communauté orthodoxe du jeune Etat juif était sur la défensive, idéologiquement, socialement et politiquement. Presque soixante-dix ans plus tard, un ‘hassid est ministre du gouvernement, des milliers de jeunes ‘haredim servent dans l’armée, et une pléthore de collèges orthodoxes produisent des milliers d’étudiants qui se lancent dans l’écosystème israélien, tout en ne renonçant pas à leurs principes. Une véritable révolution des lumières à l’israélienne est en marche.

Les ‘haredim au défi de l’intégration

Les orthodoxes se montrent de plus en plus disposés à travailler pour entretenir leurs familles, sans pour autant renoncer à l’étude de la Torah et à leur mode de vie. Leur intégration sur le marché du travail progresse. Kathie Kriegel pour leMag’, a rencontré Michal Tzuk, Directrice générale adjointe du ministère de l’Economie et de l’Industrie et Directrice du secteur dédié à l’emploi, afin d’évoquer les défis à relever pour les responsables politiques, à savoir lutter contre la pauvreté et les inégalités, tout en améliorant leur taux d’activité dans des conditions de travail équitables.

Il y a aujourd’hui environ 830 000 ‘haredim. Ils représentent le segment le plus dynamique de la population israélienne, avec une forte croissance, et leur nombre devrait plus que doubler au cours des vingt prochaines années, pour passer à près de deux millions, selon des études récentes.  

Or, 60% de la population orthodoxe vit sous le seuil de pauvreté. En cause, sa faible représentation sur le marché de l’emploi avec pour conséquence une faible contribution à l’économie générale du pays. « Les ultra-orthodoxes représentent 12% de la population, mais seulement 7% de la main-d’œuvre israélienne », explique Michal Tzur, «  or, ce sont principalement des femmes qui ont une activité, puisque les hommes se consacrent principalement à l’étude des textes sacrés et il s’agit souvent d’emplois à temps partiel, non qualifiés et peu rémunérateurs ».

Les ‘haredim, piliers de l’économie israélienne de demain

Sachant que dans une vingtaine d’année, les ‘haredim représenteront 18% de la population active en Israël, la question de leur emploi est une priorité absolue pour le gouvernement qui s’est fixé comme objectif d’ici 2020 de passer à 63%.  

L’intégration des orthodoxes sur le marché de l’emploi est donc vitale pour l’avenir de l’économie israélienne. Le ministère de l’Economie et de l’Industrie, en collaboration avec des partenaires communautaires et municipaux, travaille à favoriser leur emploi et à mieux les préparer pour le marché du travail. Objectif, leur offrir une formation professionnelle et une aide personnalisée. « Nous avons ouvert des ‘centres d’emploi’ à guichet unique, dans des zones qui comptent une forte concentration de population orthodoxe, comme Jérusalem et Bnei Brak. Nous proposons un large éventail d’outils notamment pour éliminer les obstacles qui entravent l’emploi de cette population », explique Michal Tzur. « Actuellement, dix centres d’emploi, qui leur sont dédiés exclusivement, sont en service dans le pays, principalement dans les secteurs à forte concentration orthodoxe. Ils proposent un suivi personnalisé pendant un an et demi jusqu’à deux ans ».  

Le pied à l’étrier avec les centres pour l’emploi

« Ceux qui souhaitent entreprendre des études universitaires supérieures y sont encouragés », explique David Shechter, directeur du Centre pour l’Emploi de Bnei Brak, « tandis que beaucoup d’autres sont orientés vers un apprentissage spécialisé comme l’ingénierie électrique, la mécanique, la programmation informatique, la comptabilité, la réparation mobile et d’autres professions qualifiées ».

Environ 16 000 personnes ont déjà bénéficié de ces centres de placement, d’orientation et de formation jusqu’à présent. Un programme de cinq ans qui ira jusqu’à 2020 a été lancé, bénéficiant d’un budget de 250 millions de shekels pour créer de nouveaux centres. « La séparation hommes/femmes est totalement respectée et des matières profanes sont enseignées à mi-temps, comme l’anglais, les mathématiques ou l’informatique. On leur apprend à faire un CV, à se servir d’un ordinateur et on les prépare aux entretiens », nous explique David Shechter.

Une main d’œuvre haut de gamme

Cette population a toutes les chances de jouer un rôle majeur à l’avenir dans la santé économique du pays et tout est mis en œuvre pour en assurer le succès. « C’est pourquoi, nous voulons aussi encourager les employeurs à les recruter, en luttant contre les stéréotypes », pointe Michal Tzur.

Une nouvelle étude menée par le ministère de l’Economie et de l’Industrie révèle d’ailleurs des chiffres surprenants sur l’emploi des ‘haredim en Israël. « 67% des entreprises qui emploient des ‘haredim sont dirigées par des chefs d’entreprise laïcs », souligne Michal Tzur. « Environ un quart (24%) de ceux qui les emploient affirment les avoir engagés car ce sont des employés particulièrement compétents et dévoués. 13% ont reconnu les avoir engagés suite à une expérience précédente réussie avec des employés de ce segment de population. C’est très encourageant », se réjouit-elle, « et nous espérons que le haut niveau de satisfaction des employeurs les encouragera à les recruter davantage ».

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EN CHIFFRES :

Les orthodoxes représentent 11 % de la population. Selon les prédictions, basées sur les tendances démographiques actuelles, d’ici 2059, les ‘haredim représenteront entre 30 à 40 % de la population. (Source : Institut de Jérusalem d’études israéliennes)

Selon le Conseil de l’enseignement supérieur, il y a vingt ans, on comptait environ 500 ‘haredim par an inscrits dans des cursus universitaires. En 2015, ce chiffre est passé à 10 000 personnes (hommes et femmes confondus).

Aujourd’hui, 12 000 ‘haredim étudient dans des collèges académiques et universités israéliennes, et vu le développement démographique, le potentiel semble immense.