drcohenQui s’étonnera qu’à une époque où la valeur d’un individu se mesure bien souvent à ses performances, le stress soit devenu notre partenaire quotidien ? Mais attention, du stress « allié » au stress « ennemi », il n’y a qu’un pas. Le Dr Estelle Cohen, endocrinologue et nutritionniste, nous donne quelques clés pour éviter la surdose.

 

Qu’est-ce que le stress et quels en sont les symptômes ?

Le stress désigne une notion générale qui suggère un déséquilibre entre le milieu extérieur et notre intérieur. Il est dû à un ensemble de facteurs qui peuvent être internes ou externes, comme le froid ou un dérèglement de l’alimentation par exemple. Quoi qu’il en soit, le stress est un état, et non une maladie. Si le terme porte le plus souvent une connotation négative, il faut savoir que le stress est une réaction bénéfique au départ, liée à notre instinct de préservation. C’est ce qu’on observe lors d’une compétition, d’un examen ou dans une situation générant de la peur : le stress, ainsi engendré, va activer un certain nombre de mécanismes dans notre corps, afin de libérer de l’adrénaline permettant d’optimiser nos capacités physiques et notre concentration.

33Face aux stimuli du stress, l’organisme va réagir et tenter de résister au mieux en fonction de ses ressources particulières. Dans un premier temps, il tente de s’adapter et de s’ajuster à la situation : c’est la phase d’équilibre. La résistance au stress est propre à chaque individu et dépend de cinq facteurs principaux : la génétique, l’environnement dans lequel une personne évolue (la péristase), le climat dans lequel elle vit, son sexe et sa personnalité. Pour surmonter le stress, un certain nombre de mécanismes physiologiques se mettent en marche et en premier lieu, la sollicitation des glandes surrénales qui vont notamment produire du cortisol et des endorphines censés calmer la personne.

Dans une seconde phase, le corps se sent débordé par les stimuli du stress mais généralement, il arrive encore « à tenir ». La plupart des personnes parviennent à gérer leur stress tant bien que mal et ne dépassent jamais ce stade. Cependant, les individus n’étant pas égaux face au stress, il peut arriver que chez certains, l’organisme s’épuise et finisse par se sentir dépassé. C’est ici que survient la troisième phase, celle du déséquilibre manifesté par la somatisation. L’individu développe alors des maladies de peau, maladies digestives, ou autres…  La peau est souvent touchée car elle est la première « barrière » entre les facteurs de stress provenant de l’extérieur et l’organisme. Le stress crée une dépression du système immunitaire qui fait que l’organisme possède moins de défenses pour se prémunir des maladies. On sait aujourd’hui, par exemple, que le point de départ de tous les cancers est une dépression de l’immunité souvent liée au stress. Celle-ci est le lit du cancer.

Quand bien même les Israéliens se montrent particulièrement résilients, le corps, lui, a une mémoire 

Quels sont les traitements contre le stress ?

Comme nous l’avons dit, le corps dispose de nombreuses ressources pour se défendre contre le stress via notre système neuro-cérébral qui commande les glandes surrénales, et notre système immunitaire. Pour aider au mieux notre organisme et optimiser ses réactions, il est nécessaire de renforcer l’hygiène de vie relative à trois points principaux : l’alimentation, l’exercice et le rire.

Il est essentiel de manger de manière équilibrée, c’est-à-dire sans excès et en évitant de sauter des repas. Je recommande de porter une attention toute particulière au petit-déjeuner, et également de ne pas négliger le goûter. Il faut également privilégier les fruits et les légumes. Le fait de marcher quotidiennement est également primordial. La sédentarité, qui est véritablement la maladie de notre siècle, est la source de maux innombrables. Lorsque l’on sait que les Africains, qui parcourent de longues distances à pied, ne connaissent pas les maladies cardiaques, cela fait réfléchir… Enfin, il est absolument essentiel de rire aussi souvent que possible : le rire possède des vertus antispasmodiques et anti inflammatoires,, sans compter qu’il est excellent pour notre moral.

 

Préconisez-vous des thérapies alternatives, comme la méditation, pour remédier au stress ?

Je ne suis ni pour ni contre ce genre de thérapies, simplement je préconise d’y avoir recours uniquement après avoir consulté un médecin qui aura posé un diagnostic sur les symptômes du patient, car il faut être certain que l’on ne passe pas à côté d’une maladie. Pour ma part, je recommande tout particulièrement l’acupuncture. Dans tous les cas, et sauf absolue nécessité, je suis contre les médicaments.

 

Observez-vous un nombre particulièrement élevé de pathologies dues au stress en Israël ?

Oui, tout à fait, beaucoup plus qu’en France où j’exerçais auparavant. J’ai de nombreux patients qui sont en proie à des déséquilibres hormonaux (hypothyroïdie ou hyperthyroïdie) dus à un stress consécutif à la alyah et aux difficultés d’adaptation qu’elle engendre. J’ai également beaucoup de patients israéliens de souche qui viennent consulter pour le même genre de déséquilibres. Le stress est particulier en Israël, qu’il soit dû au quotidien ou à la situation sécuritaire. Quand bien même les Israéliens se montrent particulièrement résilients, le corps, lui, a une mémoire.

 

Comment expliquez-vous, dès lors, que les Israéliens soient parmi les plus heureux au monde selon certaines études, et qu’ils connaissent une longévité supérieure à celle de la plupart des pays occidentaux ?

Tout d’abord, les Israéliens sont fiers et amoureux de leur pays, ce qui leur donne un sentiment d’appartenance très fort. Ils font également preuve d’un instinct de survie et d’une résilience extrêmes qui les poussent à profiter de la vie et de chaque moment de joie que celle-ci leur offre. Le climat local et l’ensoleillement très important, d’un bout à l’autre de l’année, ont également un rôle décisif sur le moral puisque la lumière naturelle, comme on le sait, inhibe l’hormone de la dépression. Enfin pour ce qui est de la durée de vie, il faut souligner que les Israéliens marchent beaucoup, que ce soit pour se rendre d’un endroit à l’autre ou bien volontairement, afin d’entretenir leur condition physique, ce qui est, comme on le sait un facteur de longévité déterminant.