UN BUSINESS AUX DÉPENS DU CITOYEN ISRAÉLIEN ?

Israël, paradis du tourisme médical ? Ce qui est sûr, c’est que ce marché en plein essor n’en finit pas de diviser. Si d’un coté les hôpitaux publics y trouvent le moyen de combler leurs déficits budgétaires en accueillant nombre de patients venus de l’étranger, d’autres fustigent un business susceptible de léser le patient israélien. Le point.

En Israël, les soins de santé sont reconnus pour être de qualité, et la médecine de pointe attire aujourd’hui de plus en plus de malades venus de l’étranger. Nombre de patients de tous horizons viennent ainsi se soigner tous les ans. Parfois atteints de pathologies sévères, ils sont accueillis en hôpital public ou privé et côtoient les malades israéliens. Aisés ou de condition plus modeste, ces touristes un peu particuliers sont aujourd’hui de plus en plus courtisés par les hôpitaux, pour qui cette « clientèle » constitue une manne providentielle. Un marché encore peu régulé dont les conséquences à long terme, notamment la surcharge du système de santé publique, inquiètent. Ces dernières années, les recettes du secteur auraient augmenté de 220%. D’excellents résultats dont le gouvernement se réjouit, mais qui pour- raient se faire aussi au détriment des assurés locaux. Car en e et, avec l’un des plus forts taux d’occupation des lits d’hôpitaux, le pays peut-il réellement supporter, au vu de ses infrastructures déjà surchargées, de tels « extras » ? Les cliniques privées véritablement équipées en Israël ne sont pas nombreuses. Néanmoins, les défenseurs de ce marché très lucratif précisent que la plupart des patients étrangers ne reçoivent que des soins ambulatoires et que les bénéfices générés par leur prise en charge sont injectés dans l’amélioration des infrastructures hospitalières et le recrutement de personnel. Les premiers bénéficiaires de ce tourisme florissant seraient donc… les Israéliens eux-mêmes.

Il faut savoir qu’aujourd’hui la plupart des hôpitaux ont le droit d’accepter des patients « privés », sous réserve de ne pas les traiter en priorité. Certains établissements cependant, survie budgétaire oblige, se sont per- mis de prendre des libertés avec ce garde-fou législatif. Alors, éthique médicale et business font-ils réellement bon ménage ?

La réalité est plus complexe, car ce système est souvent le dernier recours pour des étrangers gravement malades vivant dans des zones médicalement sous-développées. Ainsi, d’après des chiffres o ciels, des dizaines de milliers de patients afflueraient en Israël pour se faire soigner, et la plus grande partie d’entre eux arriveraient entre autres de la Bande de Gaza ou de la Judée-Samarie. De même, les malades en provenance de Russie viennent bénéficier de soins ou de médicaments faisant défaut chez eux. Le traitement contre le cancer fait partie des demandes de prise en charge les plus courantes. Opérations orthopédiques, traitements dentaires sophistiqués, chirurgies esthétiques à bon coût, les compétences médicales israéliennes sont réputées, et on trouve de tout sur le marché… Ce business en plein boom est dénoncé aujourd’hui par nombre de praticiens, pour qui le tourisme médical en Israël est une aberration. A-t-il sa place alors que la pénurie latente d’infrastructures, de médecins et d’infirmières crée déjà une surcharge de travail pour les équipes médicales et des délais d’attente plus longs pour les patients ? Qui a la priorité ? Celui qui paie ses soins au prix fort ? Les dérives dont le malade israélien serait la première victime ont déjà été pointées du doigt. Une sonnette d’alarme dont n’a visiblement pas tenu compte la direction de l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem. L’a aire, datant de l’année dernière, est encore dans toutes les mémoires.

Dans le classement des 25 destinations les plus populaires du tourisme médical du Medical Tourism Index (MTI) – l’indice du tourisme medical – Israël se placerait en premier dans la catégorie du meilleur service, meilleurs soins et meilleure expérience pour les patients. La majorité des 50 000 touristes médicaux qui se rendent en Israël tous les ans viennent de Russie ou d’Europe de l’Est.

Selon l’expert en tourisme médical, Stuart Katz, beaucoup d’entre eux viennent en Israël pour des traitements orthopédiques, qui coûtent moitié moins qu’aux États-Unis. « Bien sûr, les patients ne peuvent pas re- prendre l’avion une fois qu’ils ont reçu les soins. Ils ont besoin de s’octroyer quelques semaines de repos et récupérer. Et même en incluant le coût de l’hôtel pour la période de convalescence et le prix du billet d’avion, les patients peuvent économiser près de 25 à 35 % sur le prix qu’ils auraient payé pour des soins équivalents aux États- Unis ».

291 MILLIONS DE SHEKELS
Selon The Medical Travel Journal [Journal des voyages médicaux], les hôpitaux publics israéliens ont engrangé 291 millions de shekels grâce au tourisme médical en 2012.
L’hôpital Sheba à Ramat Gan a obtenu 130 millions de shekels et l’hôpital universitaire de Hadassah à Jérusalem a gagné 108 millions de shekels.

Face à de graves difficultés financières, l’établissement opte à l’époque pour une nette augmentation du tourisme médical. L’un des départements visés, le service d’oncologie pédiatrique se rebiffe et prend les médias à partie. Son équipe dénonce un système gangrené par l’argent, dont les conséquences s’avèrent dramatiques. Dans le service, le nombre de transplantations de moelle osseuse pour les malades étrangers augmentent, mais au détriment des enfants israéliens. Révoltés, des médecins démissionnent, et le scandale éclate : l’intervention rapporterait en effet (seulement) 100 000 shekels à l’hôpital pour un malade israélien, contre un demi-million de dollars s’il s’agit d’un étranger. Augmenter les revenus hospitaliers, d’accord, mais là, la ligne rouge semble avoir été franchie ! Pour l’opinion publique, « l’a aire » aura l’e et d’un électrochoc. Car, contrairement à ce que les gouvernements successifs ont voulu laissé croire, les excédents budgétaires générés par le tourisme médical ne sont pas investis dans le développement des infrastructures des hôpitaux. Ces bénéfices, comme l’illustre le cas de l’hôpital Hadassah, camoufflent le plus souvent des dé cits budgétaires ou une mauvaise gestion. On renoue les caisses, sans que l’infrastructure elle-même en soit nécessairement améliorée. Si les directeurs des hôpitaux doivent trouver un moyen d’équilibrer leur budget, doivent-ils le faire au prix de leur mission, qui est celle de la médecine publique? Ne serait-ce pas à l’État d’intervenir et d’aider à équilibrer les budgets hospitaliers, pour que les établissements publics puissent fonctionner de manière saine? Si aujourd’hui le phénomène du tourisme médical est perçu par beaucoup comme un secteur de pointe lucratif ou la dernière grosse start-up en vogue, ne nous leurrons pas : pour devenir une erté natio- nale, le phénomène doit d’abord être sérieusement contrôlé et réglementé. Et s’il a encore de beaux jours devant lui, et bien, o rons-lui le cadre qu’il mérite…


SUR LE PLAN ADMINISTRATIF, IL EXISTE QUATRE TYPES D’HÔPITAUX EN ISRAËL

  • Les hôpitaux privés représentent la majorité des hôpitaux en Israël. Ils sont gérés par des organismes privés, ayant des accords avec les caisses de maladie, comme par exemple l’hôpital Shaare Zedek à Jérusalem.
  • Les hôpitaux appartenant aux koupot ‘holim, essentiellement à la Clalit au nord et au sud du pays. Les hôpitaux semi-privés, dont les fonds de gestion pro- viennent en partie de la municipalité et des privés.
  • Les hôpitaux dits gouvernementaux, qui sont très rares et beaucoup plus récents. Ils ne dépendent essentiellement que de l’État.



Un rapport annuel publié par le maga- zine Bloomberg pour 2017 classe Israël au 9ème rang mondial avec une note de 88,14/100 !

Les huit pays qui devancent Israël sont l’Italie, l’Islande, la Suisse, Singapour, l’Australie, l’Espagne, le Japon et la Suède. Israël est suivi par le Luxembourg. A titre de com- paraison, la France est 14e, l’Allemagne 16e, la Canada 17e, le Royaume-Uni 23e, la Belgique 26e et les USA 34e. La dernière place mondiale est occupée par la Sierra Leone. Elle est placée au 163e rang sur 200 pays , car 37 pays n’ont même pas pu fournir des données.

0,6 HÔPITAL POUR 100 000 HABITANTS
Le nombre d’hôpitaux par rapport aux nombre d’habitants en Israël est l’un des plus bas du monde.

NOMBRE D’ARABES PALESTINIENS SOIGNÉS EN 2015 DANS LES HÔPITAUX ISRAÉLIENS:

LES FRAIS D’HOSPITALISATION OU D’OPÉRATIONS