Comment les immigrants de langue française appréhendent-ils le marché du travail ? S’y sont-ils intégrés ? Quelles sont leurs principales difficultés? Comment booster leur embauche ? Autant de questions que nous avons voulu poser aux responsables d’associations, coordinateurs d’alyah et autres personnes impliquées dans l’intégration professionnelle des olim ‘hadashim.

Depuis 2008, l’Antenne emploi Israël-France fonctionne sous la responsabilité de l’association AMI (Alyah et Meilleure Intégration). Fonctionnant comme une agence de placement, elle place entre huit à dix personnes chaque mois. « Le dénominateur commun des offres d’emploi qui nous parviennent est la nécessité de parler le français, en plus des qualifications spécifiques liées au poste. Mais pas seulement » explique Daniel Heffes, responsable des Projets emploi et éducation au sein d’AMI. « Les personnes qualifiées bac + 4 / 5 sont évidemment les plus recherchées » explique-t-il en jetant un coups d’œil rapide sur le profil des placements effectués en 2015 : professeurs, commerciaux, coordinateurs de l’évènementiel, développeurs, comptables, analystes, consultants RH, juristes, avocats, le champ des possibles est large…

Un peu plus de 35.000 nouveaux immigrants français sont arrivés en Israël au cours des dix dernières années. Soit environ entre 8 à 10.000 personnes en âge de travailler. Alors, travaillent-elles ? Le bilan semble être plutôt positif selon D.Heffes. « L’environnement économique particulièrement dynamique, qui se caractérise par une situation de quasi plein emploi en Israël, rayonne sur tous les Israéliens, immigrants ou non. Le marché est donc porteur et propose du travail. Evidemment, pas toujours celui dont on rêve ou en fonction du lieu que l’on aimerait, mais globalement il y a du travail ». Autre facteur qui joue un rôle particulièrement important dans l’emploi des Franco-Israéliens : les fameux call center qui ont essaimé au cours des dix dernières années. « Contre toute attente, ces entreprises emploient une main d’œuvre qualifiée (étude de projets, développeurs, comptables, ressources humaines) dans de nombreux domaines. Et puis les call center fournissent aussi du travail à des centaines d’olim qui étaient commerciaux en France et dont le seul outil de travail est de manier au mieux la langue française. Pour eux, travailler dans un call center en français est une suite logique de leur carrière professionnelle ». Daniel Heffes reconnait porter un regard beaucoup plus positif sur ces entreprises aujourd’hui, notamment parce que « la rémunération proposée est plus importante que celle qui serait offerte par le marché israélien à un nouvel immigrant ne possédant ni la langue, ni le networking, ni
l’expérience requise ». Pour autant, il n’hésite pas à désigner la facilité que représente un emploi dans un call center comme un « piège de miel ». « Surtout pour les jeunes, qui vivent selon un rythme de travail français, dans un environnement français et parlent français, négligeant ainsi de s’intégrer dans la société israélienne ».

“Les call center fournissent aussi du travail à des centaines d’olim qui étaient commerciaux en France et dont le seul outil de travail est de manier au mieux la langue française.”

Mais le profil du nouvel immigrant français est-il foncièrement adapté au monde du travail israélien ? « Une personne qui a des capacités de management doit chercher comment les adapter au marché israélien. Même si elle ne fait pas exactement le même travail, elle pourra se servir de ses qualités pour les mettre au service d’un autre poste qui nécessite, par exemple, de savoir gérer des gens, des productions ou du temps. C’est cet état d’esprit, qui fait appel à une grande souplesse et à la volonté de comprendre le système, qui permet de réussir professionnellement ».

Même si cela prend du temps de faire sa place en Israël, il est donc possible de la trouver. A condition de mettre un bémol à ses prétentions. Accepter de faire des allers retours Tel Aviv/ Jérusalem, de prendre deux mi-temps, de faire une formation pour adapter ses atouts professionnels au marché ; autant d’exemples de compromis que les olim doivent accepter pour décrocher un poste et débuter ainsi une carrière professionnelle. La cooptation, la candidature spontanée, les réseaux sociaux, les sites spécialisés d’offres d’emploi, la recherche d’emploi sur le terrain sont les principaux moyens de trouver du travail, à vous de trouver celui qui vous correspondra le mieux. Sachant qu’en Israël, « on n’est pas jugé sur ce qu’on était, mais sur ce qu’on fait. Le marché du travail donne sa chance à chacun et les employeurs ne craignent pas l’échec. Penser plus librement, explorer des chemins hors des sentiers battus, oser, innover, ce sont les secrets de la réussite d’Israël et donc de ses olim ! » affime Daniel Heffes qui précise, « l’intelligence émotionnelle est un accélérateur de réussite très important en Israël. Il faut donc la cultiver quand on en est doté, et la développer quand on en manque ».

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Tel Aviv-Yafo est devenue la première ville d’intégration en Israël. Nicole Koskas, responsable projets ‘Intégration Olim francophones’ au sein de la mairie de Tel Aviv-Yafo, a été rejointe dernièrement par deux autres responsables projets dédiés aussi aux olim francophones : Céline Benhamou et Stéphane Goldin. L’équipe du département Intégration de la Mairie de Tel Aviv apporte des réponses dans de nombreux domaines auprès des 1.500 olim francophones que compte désormais la ville, contre seulement 200 en 2011-2012 ! Et l’aspect professionnel en fait désormais partie. « En plus des jeunes âgés de 22 à 30 ans, intéressés par une expérience à l’international, et des jeunes séniors souhaitant profiter de leur retraite, nous avons vu récemment arriver des familles avec trois et quatre enfants dont les parents âgés de 30 à 45 ans cherchent à s’intégrer sur le marché de l’emploi » explique Nicole Koskas. Selon elle, les olim ‘hadashim de Tel Aviv seraient généralement diplômés, avec une expérience à l’étranger facilitant leur entrée dans la vie professionnelle dans cette grande ville cosmopolite par excellence.

« Tel Aviv est la ville phare de la ‘Start-up nation’.  Il s’agit du nerf économique du pays avec ses 700 start-up sur Rothschild. Tel Aviv offre de très nombreuses opportunités d’emploi ». Les olim y trouvent-ils pour autant plus facilement du travail ? Oui, selon l’équipe des coordinateurs à condition que les nouveaux immigrants se plient aux exigences de leur nouvelle vie. Et parmi elles, l’hébreu arrive en première place. « Nous avons souvent la sensation que les olim ne profitent pas des leviers d’intégration qui sont mis à leur disposition pour s’insérer dans le marché du travail, notamment. Et c’est dommage » note N.Koskas. Coaching via MAOF, soirées de networking organisées par le Département Intégration de la Mairie de Tel Aviv, cours d’hébreu professionnel mis en place par le ministère de l’Intégration, stages, accompagnements par les associations concernées telles que l’AAEGE ou GVAHIM, les outils existent, il faut juste être déterminé à les utiliser.

« Comment est-il possible de trouver un emploi, de passer un entretien professionnel sans une bonne maîtrise de l’hébreu ? Pour cela, il faut au moins avoir fait l’oulpan Aleph et Beth, et souvent un oulpan professionnel pour pouvoir se débrouiller. Enfin, même si de nombreuses entreprises travaillent à l’international et donc en anglais, c’est un niveau ‘langue maternelle’ qui est requis, ce qui est rare chez les Français ». Autre argument avancé pour accélérer l’entrée des olim français sur le marché du travail, une préparation pré-alyah. « Faire un oulpan avant l’alyah, commencer à préparer ses équivalences, se procurer ses diplômes universitaires et les faire traduire, s’intéresser aux opportunités professionnelles présentes sur le marché israélien, envisager, avant même d’arriver, une reconversion et budgétiser le coût de son intégration professionnelle, autant de démarches qui peuvent faire la différence quand vient le moment de trouver un boulot » selon l’équipe des responsables de projets. « Adapter ses compétences à plusieurs champs d’action » serait une clé essentielle pour pénétrer dans le monde du travail local. Fait intéressant à noter selon Stéphane Goldin, même si les cultures de l’emploi sont complétement différentes en Israël et en France (congés, temps et conditions de travail), « une évolution s’est produite dans les mentalités des olim francophones. Elle est liée à ce qui se passe en France. L’époque où l’on travaillait toute sa vie dans une entreprise est bannie. Désormais, il faut s’adapter à un monde plus précaire. Et tout le monde le sait ». Autres conseils et non des moindres : « être proactif, être curieux et intégrer des communautés pour partager des informations. Il faut apprendre à demander et à s’entraider pour progresser » conseille Céline Benhamou.

Israël requiert de renoncer à son statut d’enfant gâté

De son côté, Elyahou Ben Shoushan, incite vivement « à cesser de comparer » !

Le meilleur moyen pour ce bénévole, devenu professionnel de l’intégration presque sans le vouloir, « d’arriver pour rester », selon son slogan fétiche. A l’origine une simple page Facebook, aujourd’hui un site très complet dédié aux nouveaux immigrants de France , ‘Arriver en Israël’, Elyahou livre toutes les adresses utiles : agences nationales pour l’emploi, agences de recrutement, sites internet qui vous aideront à démarrer professionnellement en Israël. Une mine d’informations qui donnent envie de se lancer à la recherche de l’emploi de ses rêves ou pas… Car pour Elyahou Ben Shoushan, Israël requiert de renoncer à son statut d’enfant gâté. « Devenir israélien, c’est se mettre dans la peau d’un Juif dans l’Etat juif » rappelle Elyahou. En d’autres termes, adopter les us et coutumes d’un pays occupé à se construire envers et contre tout, parfois sans état d’âme mais avec un optimisme débordant.

www.ami-israel.org

Bureau francophone de la mairie de Tel-Aviv : Page Facebook Olim francophones de Tel Aviv