Israël, seule démocratie du Moyen-Orient. Un titre pompeux dont se gargarisent à outrance les défenseurs du pays pour justifier telle action ou attitude du gouvernement tant ces dernières paraissent mièvres face aux exactions des dirigeants des pays voisins. La Nation israélienne est-elle vraiment la reine de la démocratie ? Réponse avec la nomination du très controversé Avigdor Lieberman au poste de ministre de la Défense. 

On pourrait reprocher beaucoup de choses au Premier ministre, Benyamin Netanyahou, mais ne pas reconnaître sa capacité de survie en milieu hostile serait un pur déni de la réalité quotidienne du monde politique en Israël.

Voilà un homme, attaqué de toutes parts, traqué par la justice pour des ‘dossiers encombrants’, fustigé par l’opinion internationale et acculé par un parlement et une coalition qui ne le laissent pas gouverner à sa guise. Mais c’est mal connaître l’individu que de dire qu’il va imploser et jeter l’éponge. Non, tel un chat à sept vies, il réfléchit à grande allure pendant sa chute, se paye un atterrissage en douceur et sort la tête haute alors que certains se voyaient déjà installés dans son fauteuil.

Inutile de revenir sur la saga visant à élargir la coalition gouvernementale, mais deux constats s’imposent.

1- Le chef de la gauche, Itzhak Herzog, a quasiment perdu toute légitimité au sein de son camp, perdant ainsi (pour le moment du moins) sa capacité à briguer le poste de Premier ministre aux prochaines élections.

AVIGDOR2- La nomination d’Avigdor Lieberman et l’entrée de son parti au sein de la coalition ont considérablement affaibli Naftali Bennett du parti Habayit Hayehoudi. Ce dernier, prompt à contrer Netanyahou et à lancer des ultimatums, a dû baisser la tête et rentrer dans les rangs, au risque de se voir infliger des sanctions qui auraient entrainé sa mort politique.

Au jeu du bras de fer, Netanyahou est encore le plus fort et c’est bien lui qui règne sur son équipe gouvernementale. D’ailleurs, certains bruits courent dans les milieux autorisés affirmant que les projets de loi présentés par des ministres Likoud passent plus facilement que ceux proposés par des ministres de la coalition. Mais ce ne sont que des bruits de couloir … Reste à savoir si ces grandes manœuvres sont en phase avec ce que doit être une démocratie… Rien n’est moins sûr. Selon la définition du Larousse, la démocratie se définit comme un « Système politique, forme de gouvernement, dans lequel la souveraineté émane du peuple ». Loin de critiquer les institutions de notre pays, quelques éléments de réflexion s’imposent sur les anomalies ou bizarreries de notre système politique.

État juif et /ou démocratique ?

Cette question est revenue récemment sur le devant de la scène et a même fait chuter le gouvernement précédent. Si nous parlons d’État juif, il est évident qu’une certaine forme de suprématie est donnée au Peuple juif, au détriment des autres minorités vivant dans le pays. La loi juive et le caractère juif du pays prédominent et forment la colonne vertébrale de toutes les infrastructures qu’elles soient politiques, cultuelles, culturelles, éducatives, etc.

Superposer à cet édifice les notions de démocratie au sens pur revient à se lancer dans un jeu d’équilibriste qui peut s’avérer dangereux. Car qui prime ? Le peuple (entendre ici TOUS les citoyens). Ou bien le caractère juif (et/ou sioniste) qui prend dans ce cas de figure le pas sur la volonté d’une partie des citoyens qui ne sont pas juifs ? Attention, il n’est pas question ici de discrimination ou de racisme, le piège serait trop facile. L’État juif et démocratique implique simplement que toute décision démocratique sera validée si elle ne vient pas à l’encontre des intérêts juifs/sionistes. Dans le cas contraire, le caractère juif/sioniste prévaudra sur toute décision ou réflexion. Et c’est exactement ce que Benyamin Netanyahou avait tenté de faire voter sans succès : un État juif et démocratique en lieu et place de l’état démocratique pour les Juifs tel qu’il est communément reconnu aujourd’hui.

Le système d’élection des députés

Ces derniers sont choisis par les membres de leur parti, les premières places étant souvent réservées aux mammouths sans qu’ils aient besoin d’être élus. C’est surtout le cas dans les petits partis. Pour les plus gros, démocratie oblige, on donne l’impression que les militants ont décidé, mais en coulisse, le jeu des pressions en tous genres bat son plein au moment des primaires. Ensuite, le jour des élections, l’ensemble des citoyens ayant droit de vote se rendent aux urnes et choisissent un parti. Or c’est ici que le bât blesse. Ceux qui ne sont pas membres d’un parti votent pour des gens qui n’ont aucun rapport avec eux. Certes, ils votent sur des idées, sur un programme mais pas sur des hommes. Cette lacune provoque une rupture grave entre les députés et la population dans la mesure où aucune connexion de terrain n’est établie.

Multiplication des petits partis

Aujourd’hui, le seuil pour entrer à la Knesset est de 3,5% des suffrages exprimés. C’est mieux qu’avant (2%), mais c’est encore trop faible. En fait, en dehors des grands courants idéologiques droite/gauche/centre, les partis se forment au gré des besoins de leur électorat potentiel. L’idée est de faire croire aux électeurs que leurs intérêts spécifiques seront défendus à la Knesset. Dans la plupart des cas, ces petits partis deviennent la clef pour former un gouvernement et le chef de l’état pressenti n’a souvent pas d’autre solution que d’accéder à leurs demandes (souvent extravagantes) pour former son gouvernement. Parfois aussi, les électeurs voient leurs aspirations réduites à néant, leur parti n’ayant pas atteint le seuil d’éligibilité, envoyant ainsi leur leader aux oubliettes. Vous l’aurez compris, nous sommes dans un jeu de “donnant/donnant” qui mine nos institutions. Car outre la partie émergée de l’iceberg que représente le fonctionnement du gouvernement, il y a la partie cachée avec les nominations à la tête d’institutions étatiques, ministères, conseils régionaux… c’est ce qu’on appelle la fameuse ‘protection’. Les grandes manœuvres pré-électorales ont commencé et qui mieux que Lieberman, presque aussi retors que Netanyahou, pour les diriger… Restez connectés à l’actualité et vous verrez : celui qui sortira des rangs risque fort de sauter sur une mine récemment installée par le nouveau ministre de la Défense… A suivre !