L’entreprenariat est grandement favorisé en Israël, connu pour son écosystème innovant et dynamique dans le domaine des hautes-technologies. Les projets encourageant l’emploi des ultra-orthodoxes dans la ‘Valley’ israélienne se multiplient et ils sont de plus en plus nombreux à s’insérer dans l’écosystème local. Torah et High-Tech : un couple qui marche.

Le Centre MAOF, une couveuse sur mesure  

En janvier dernier, a été inauguré le Business center MAOF de Bnei Brak. En plus de la traditionnelle pose de la mézouza généralement observée à chaque évènement similaire en Israël, un Sefer Torah a ici été déroulé dans le centre pour l’occasion.  

© Ministère de l'économie
Inauguration d’un Sefer Torah au centre MAOF © Ministère de l’économie

Cet incubateur de start-up dédié aux ‘haredim accueille des entrepreneurs en herbe, hommes et femmes, quel que soit leur domaine de prédilection, ainsi que ceux qui souhaitent développer une entreprise déjà existante. « Moshé avait un magasin de tissus, mais souhaitait s’agrandir », confie Tomer Leshem, le dynamique directeur du Centre MAOF, au Mag’. « Il a donc été coaché par un manager maison, et un business plan a été monté. Puis le centre a fait le relais auprès des banques et nous lui avons permis d’augmenter son capital. Aujourd’hui, il a plusieurs magasins et il a créé beaucoup d’emplois », se félicite Tomer.

Les femmes y ont aussi leur place, ainsi que les pratiques religieuses qui gèrent les rapports hommes/femmes, selon la stricte application de la loi juive. « Je dispose d’un bureau avec une fenêtre et un store », explique Sarah, une jeune startupiste, qui développe une entreprise de graphologie. « Si je suis seule dans le bureau, je baisse le store, mais si un homme vient pour échanger, un mentor, un conseiller financier ou en management par exemple, je lève le store, et laisse la porte entrouverte, de sorte que nous puissions être vus à tout moment », explique-t-elle.

Le centre offre également les services d’un secrétariat. « Et d’un réseau internet Glatt ! » pointe Tomer Leshem pour souligner le fait que le réseau internet ne donne pas accès à des contenus non conformes aux règles de tsniout (pudeur) en vigueur selon la hala’ha. La participation aux frais de logistique dérisoire, pour l’entretien des locaux, peut même dans certains cas être prise en charge, le temps pour le startupiste de prendre son envol.

Bien entendu, le gouvernement soutient financièrement l’initiative. Il va consacrer 130 millions de shekels au développement des PME (petites et moyennes entreprises) et aux programmes de High-Tech. 100 millions de shekels supplémentaires iront soutenir individuellement les demandeurs d’emploi, avec des stages de formation adaptés et des cursus d’études d’ingénieurs. Un autre centre de ce type est sur le point d’ouvrir ses portes à Jérusalem et d’autres suivront.

 

Kidum Plus, une entreprise modèle

De grandes entreprises de haute technologie (comme Intel), notamment encouragées par des avantages financiers, embauchent déjà des hommes et des femmes orthodoxes. Pour l’heure, pas de quotas. Ce que l’on sait, c’est que seulement 10% des entreprises ayant des employés ‘haredim se préoccupent de fournir des espaces de travail séparés pour les femmes et les hommes. Tandis que 18% leur accordent un temps de prière, et 13% ont aménagé un endroit prévu à cet effet.

Etudes en binôme © Ministère de l'économie
Etudes en binôme © Ministère de l’économie

« Apprendre le Talmud consiste à envelopper un problème déterminé avec notre esprit et chercher à trouver, par des approches différentes, des solutions différentes. La programmation fait appel au même mode de fonctionnement, et est donc très similaire ». Elie, 29 ans, étudiant orthodoxe en codage informatique.

Mais chez ‘Kidum Plus’, un éditeur de sites web qui a le vent en poupe, ce qui frappe d’entrée, c’est l’architecture originale de ses locaux. Ici, toutes les cloisons et portes sont en verre dépoli pour séparer les espaces de travail des hommes et des femmes. « 90% de nos commerciaux, graphistes et designer, sont issus du milieu ultra-orthodoxe », reconnaît Orel Yehishalom, co-fondateur de l’entreprise avec Amihaï Uzan, tous deux issus de ce milieu. « Depuis le collège, j’avais dans l’idée de monter une structure dédiée et adaptée à ma communauté », confie-t-il au Mag’. « L’Etat prend en charge leur formation au Merkaz Herchven pour les mathématiques, l’anglais, l’informatique et le management. Puis nous prenons le relais et nous complétons nous-mêmes la formation des candidats, avant de les engager ».

La séparation hommes / femmes au travail : une condition essentielle pour le monde orthodoxe © Kathie Kriegel
La séparation hommes / femmes au travail : une condition essentielle pour le monde orthodoxe © Kathie Kriegel

L’entreprise ‘Kidum Plus’ intègre les besoins spécifiques dans son business plan ; espaces de travail séparés, lieu et temps de prière, horaires adaptés à la vie de famille et à l’éducation des enfants pour les femmes, le tout dans le respect du shabbat et des fêtes. Pour autant, sa compétitivité n’en est pas infirmée. Son mot d’ordre, c’est ‘créativité’ qui s’affiche en toutes lettres à l’entrée. « Bien sûr, l’Etat nous soutient financièrement et prend en charge entre 10% et 20% des salaires, ce n’est pas négligeable. Mais assez rapidement, nous sommes devenus la PME leader sur le marché dans ce secteur d’activité grâce à notre politique commerciale assez agressive. Nous offrons un très bon rapport qualité/prix et notre système de référencement ( SEO ) est optimisé, ce qui permet à nos clients d’être extrêmement bien positionnés sur Google. Nous comptons à ce jour, à peu près 1000 clients, de tous horizons ».

Orel Yehishalom, co-fondateur de Kidum Plus © Kathie Kriegel
Orel Yehishalom, co-fondateur de Kidum Plus © Kathie Kriegel

Pour l’heure, sur 300 000 employés dans le High-Tech, 6000 seulement seraient orthodoxes. Des chiffres en augmentation constante, encouragés par l’Etat qui n’hésite pas à parler d’un manque de main d’œuvre dans le secteur.

La preuve, Benyamin Netanyahou a annoncé la création, le 11 septembre dernier, d’une équipe ministérielle ( notamment composée des ministres des Finances et de l’Economie, de l’Intégration, des Sciences et du Président de l’Agence Juive) chargée de remédier à cette pénurie en encourageant à la formation d’ingénieurs et techniciens en Israël.

Cela tombe bien. De plus en plus d’audacieux entrepreneurs ‘haredim se lancent dans le High-Tech, devenu un domaine de prédilection pour les ultra-orthodoxes.