Georges Bensoussan ©DR

Bien que Georges Bensoussan, historien de la Shoah, auteur de Les Territoires perdus de la République et d’Une France soumise, ait été relaxé par le Tribunal correctionnel de Paris en mars dernier, il n’en demeure pas moins que son procès a pendant plusieurs mois créé la polémique dans le cercle des intellectuels juifs de France. On ne compte plus les tribunes publiées en défense de l’historien, d’Elisabeth Badinter à Jacques Tarnero, Alain Finkielkraut ayant même démissionné du comité d’honneur de la Licra.

Rappel des faits. 

En octobre 2015, au micro de l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut sur France Culture, Georges Bensoussan, historien de la Shoah et notamment auteur de Les Territoires perdus de la République et d’Une France soumise, déclarait : « Aujourd’hui nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés… Il n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu, comme un secret. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans le film qui passera sur France 3 : « C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère. »

Des propos, que le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) signale au Procureur de la République, et qui valent à Georges Bensoussan d’avoir comparu en janvier dernier devant la 17e chambre du tribunal correctionnel. Outre le fait que l’on est en droit de se demander comment la dénonciation de préjugés antisémites par l’historien a été insidieusement interprétée comme une  « provocation à la haine raciale », on a du mal à comprendre ce qui a poussé la Licra, dont la vocation est bien la lutte, aux côtés du racisme, contre l’antisémitisme, à rejoindre sur le banc des parties civiles le CCIF dans cette affaire.

« Le caractère scandaleux de ce procès et de la position de la Licra tient à la personnalité de l’accusé » confie au Mag’ Joëlle Hansel, normalienne, philosophe et journaliste.
« Bensoussan a toujours été à l’avant-poste de la lutte non seulement contre l’antisémitisme mais contre le racisme, et il est aujourd’hui, en France, l’un des principaux acteurs de la lutte contre l’islamisme. Il est accusé d’avoir mis en cause « toutes les familles arabes » en faisant ainsi une généralisation et une  » essentialisation  » qui donnent à ses propos un caractère raciste. Idem, pour le fait d’avoir parlé d’un « autre peuple « . En cause aussi l’expression  » tète l’antisémitisme avec le lait de sa mère « . Or il n’a pas dit  » toutes les familles arabes  » mais  » des familles arabes « . L’ » autre peuple « , ce ne sont pas tous les musulmans de France, mais les salafistes. « Téter le lait de sa mère » est une métaphore culturelle et non biologique et raciale. Que le CCIF falsifie ainsi ses propos n’étonne personne. Mais que M. Alain Jakubowicz, président de la Licra, justifie la position adoptée par son organisation en les déformant est intolérable. C’est bien ce qu’il fait dans sa Lettre publiée dans Causeur le 7 février dernier. Au début, il cite exactement les termes qu’a utilisés Bensoussan : « les familles arabes » et non « toutes les familles arabes ». Mais à la fin, il déforme les propos de ce dernier en y insérant le mot « toutes », je le cite : « Mais ramener  » toutes les familles arabes  » à cette réalité » – à l’antisémitisme. Que penser de la position de la Licra quand son président est capable de dire une chose et son contraire, dans la lettre qui est censée justifier une décision qui met en cause l’honorabilité et la crédibilité de G. Bensoussan ? Pourquoi ses propos qui auraient dû rester de l’ordre du débat public lui valent un procès ? »