Les historiens qui se chargeront d’écrire la saga de l’immigration des Juifs hexagonaux en Israël auront du mal à identifier qui fut le premier média papier francophone en Terre Promise. Il pourrait s’agir de l’édition française du Jérusalem Post. Pendant une quinzaine d’années, ce très puissant groupe de presse a produit ‒ à perte, faut-il préciser ‒ un hebdomadaire francophone qui perdura jusqu’à 2017 sans trouver de lecteurs. Autre ancêtre : le mensuel KOUNTRASS. Dès le milieu des années 80, Rav Henri Kahn, qui vient de fonder la Yeshiva francophone Rachi à Jérusalem, décide de poursuivre son action en publiant un petit bulletin. D’abord ronéoté puis photocopié, KOUNTRASS connaîtra plusieurs mutations avant de trouver finalement son régime de croisière, appuyé sur un lectorat de Juifs orthodoxes peu nombreux, mais fidèles. Le succès de KOUNTRASS décidera la hassidout Gour à lancer un hebdomadaire francophone, HAMODIA, à destination de ce même public. Mais apparemment, il n’y avait pas de place pour deux médias religieux francophones en Israël. Au printemps 2017, HAMODIA doit mettre la clé sous la porte. Son repreneur HAGUESHER, qui courtise le même segment d’opinion, est tenu à bout de bras par ses annonceurs et un staff rédactionnel réduit au minimum. Autre média papier ayant plusieurs décennies derrière lui : ISRAEL MAGAZINE. Conçu comme un Paris-Match israélien, faisant une large place aux photos, aux artistes et à l’actualité locale, ce mensuel né à Ashdod – et qui vient de passer le cap de son 300ème numéro – a fini par s’imposer. Autre média qui semble parti pour durer : LPH INFO. Son format poche, ses articles brefs, abordant concrètement les problèmes de la vie quotidienne, ont rapidement fidélisé un lectorat traditionaliste, peu intéressé par de grandes synthèses politiques ou économiques.

 

Pour être complète, cette description du paysage médiatique de la presse papier francophone doit mentionner la tentative représentée par L’IMPACT. Pendant plusieurs mois, ce bimensuel, d’excellente qualité rédactionnelle, multiplia les analyses exhaustives et contrastées sur les problèmes de l’heure. Mais l’objectif était trop ambitieux et le titre cessa de paraître.

Mutation digitale

Au début des années 2000, la démocratisation d’Internet va contraindre tous ces titres à opérer leur mutation digitale. Tous ont désormais une fenêtre sur le web, qui leur sert à la fois de relais et d’espace pour affirmer leur présence, et renforcer leur visibilité. Certains ont même définitivement tourné la page du média papier pour s’afficher uniquement sur la Toile. C’est le choix de FUTÉ MAGAZINE qui privilégie le web plutôt que le papier pour se diffuser.

Être gratuit ou pas ? 

Pendant longtemps, du fait que la publicité était – plus que les abonnements et les ventes au numéro – la principale source de financement de la presse écrite, la possibilité de se diffuser gratuitement est vite apparue comme la meilleure manière de s’assurer un lectorat. De nos jours, à l’exception de deux titres
– LeMag’ et ISRAEL MAGAZINE – toute la presse écrite francophone israélienne a fait le choix de la gratuité. Mais le résultat n’est pas à la hauteur des attentes : baisse de la qualité rédactionnelle, recours aux publireportages. L’acte d’achat par lequel le lecteur validait son intérêt pour tel ou tel média ayant disparu, la diffusion gratuite vise en fait à rassurer les annonceurs : vous serez lu, votre audience sera élargie puisqu’on pourra accéder sans frais à vos contenus. Or des études démontrent que la crédibilité et l’impact des publicités sont fonction de la qualité des articles et de l’information qui les accompagne. D’instinct, le public ne fait pas confiance à un média uniquement publicitaire.

La concurrence de l’image et du son

Les radios et la télévision représentent le second défi qu’affronte la presse écrite francophone israélienne. Directement accessibles puisque servis à domicile, ces médias – qu’il s’agisse d’Aroutz-7 ou de i24 news – ont désormais l’exclusivité de l’information quotidienne. De ce fait les médias écrits n’ayant plus la primeur d’annoncer l’actualité, deux stratégies éditoriales s’offrent à eux pour continuer à exister et éviter le piège des publi-rédactionnels : devenir des véhicules d’opinion (avec le risque d’être marginalisé par une partie du public) ou approfondir, par le biais de dossiers chiffrés et argumentés, tel ou tel aspect de la réalité israélienne. C’est cette dernière option qu’a choisie LeMag’. Un choix qui respecte ses lecteurs et qui aide à voir plus clair dans une actualité protéiforme et imprévisible.