Obnubilés par le culte des bonnes manières et des bulletins de notes exemplaires, les parents francophones oublient trop souvent que le système éducatif dans le pays où coulent le lait et le miel diffère totalement de celui qu’ils ont connu.  Refusant de donner du leste à leurs espérances, ils maintiennent leur progéniture bridée dans des structures scolaires parfois en inadéquation avec leur profil social, culturel, religieux ou scolaire. L’école étant un lieu de socialisation, le parent doit cependant rester à l’écoute des besoins de son enfant et prévenir, ou tout du moins traiter en amont, tout ‘malaise’. Toutefois, l’erreur est humaine et c’est en se trompant que l’on s’améliore et que l’on ‘grandit’… Attention cependant, négliger ou minimiser le problème peut provoquer une aversion irréversible de l’enfant pour son établissement et le message qu’il véhicule.

Au détour de dizaines de rencontres et de discussions, nous avons relevé pour vous les 5 bourdes les plus fréquentes, du parent balbutiant au parent aguerri, afin de vous aider à rester attentifs et revoir, si nécessaire, votre copie pour que votre enfant s’épanouisse comme il le doit à l’école.

1. Choisir son école sur les ‘on-dit.’

Les parents fraichement débarqués en Israël, avec comme seul bagage en poche, quelques mots qu’ils peinent à baragouiner, sont désemparés face à la multiplicité et la complexité des critères pour trouver l’école adéquate. Ils questionnent alors leurs connaissances, installées depuis quelque temps déjà dans la région. Mais le style de vie de l’un ne correspond pas forcément au style de l’autre…

Comme en témoigne Mickael : « Quand je suis arrivé à Netanya, il y a 3 ans, je ne connaissais que la plage et le Kikar. J’avais un cousin qui avait fait le grand saut 10 ans plus tôt et qui me vantait souvent les bons résultats de sa fille et les mérites du collège dans lequel elle étudiait. Il m’a tout de suite offert son aide pour faire rentrer la mienne dans cet établissement ‘très select’. Ignorant de la chose, j’ai accueilli  cette offre comme un don du ciel. Manque de bol, ma fille a détesté. L’école était beaucoup trop rigide, exigeait le port de l’uniforme ‘tsniout’ (chemise col boutonné, chaussettes et cheveux attachés), alors que nous, c’est à peine si on faisait shabbat… ».

 2. Maintenir son enfant dans des structures francophones.

La définition d’une alyah réussie, c’est une intégration réussie. Bon nombre de parents sont effrayés par l’impact de des nombreux changements sur leurs enfants (nouveau lieu,  nouvelles fréquentations, nouvelle langue…). Ils décident donc d’être plus souple sur l’un de ces facteurs, et c’est parfois sur l’hébreu…

Ainsi pour Sylvie, d’Ashdod.

« Quand  nous avons fait notre alyah, ma fille ainée était au lycée. Elle avait laissé derrière elle une maison, une école qu’elle adorait, une foule de copines et ses grands-parents, en somme, tout ce qu’elle avait connu jusqu’alors. Je ne voulais pas trop la bousculer et l’inscrire dans une école où elle se serait sentie ‘perdue’. Nous avons donc opté pour une école française (en internat) où elle a obtenu, deux ans plus tard, son Bac avec mention. Malheureusement, elle ne s’est jamais intégrée à la société israélienne. Après un échec universitaire, elle est retournée en France pour poursuivre ses études dans sa langue maternelle, et nous, nous sommes ici… ».

Benyamin Netanyahou souhaite une bonne rentrée scolaire aux enfants de ‘Kita Aleph’ dans une école à Ashdod. « Je souhaite à tous les enfants d’Israël une année scolaire réussie ».
Benyamin Netanyahou souhaite une bonne rentrée scolaire aux enfants de ‘Kita Aleph’ dans une école à Ashdod. « Je souhaite à tous les enfants d’Israël une année scolaire réussie ».

3. Négliger les difficultés d’apprentissage.

Dans une même fratrie, les enfants diffèrent généralement l’un de l’autre. A fortiori, sur les bancs d’école… Certains réussissent avec brio leurs examens et d’autres restent à la traine en raison de problèmes de concentration, de difficultés de langage ou d’apprentissage. Ce fût le cas pour la fille de Myriam, installée à Tel Aviv.

« J’ai trois enfants, ils sont tous nés ici. Mon ainée a toujours été un peu en avance. Elle a marché et parlé très tôt. A l’école, elle est brillante, depuis toujours. Ma cadette, elle, est un peu différente. Plus introvertie, plus silencieuse, mais c’est tout de même une enfant heureuse. Au Gan, tout allait plus ou moins bien mais, en Kita Aleph, les discours des enseignants ont commencé à m’inquiéter. Elle avait du mal à lire et à écrire. J’ai donc suivi leurs conseils et j’ai engagé une  professeure particulière pour la remettre à niveau. Elle est passée tant bien que mal en Kita Bet. Mais au cours de cette 2ème année en école primaire, le fossé s’est creusé avec ses camarades, elle n’arrivait plus à suivre le programme, malgré les cours particuliers. Je me suis entêtée et en fin d’année, j’ai fait des pieds et des mains pour que mon enfant passe en classe supérieure. J’étais sûre que ma Sarah n’avait tout simplement pas envie de travailler, trop occupée à rêvasser dans son coin.

En Kita Guimel, elle est tombée sur une formidable institutrice qui a tout fait pour la comprendre, l’aider et nous accompagner. Elle m’a conseillé de consulter une ‘spécialiste’. Bien que réticente au début, j’ai suivi son conseil et là, j’ai compris. Ma fille n’était pas’ fainéante’ mais souffrait d’un véritable problème de concentration. Depuis, elle est traitée et a été acceptée, en cours d’année dans une école adaptée (Hinouk Meyouhad). Aujourd’hui, j’ai une autre petite fille, qui avance, certes, à son rythme mais qui est toute fière de me présenter ses bonnes notes. C’est juste dommage que par mon entêtement, ma fille a souffert… »

Le Président d’Israël, Réouven Rivlin assiste à la rentrée scolaire du Talmud Torah ‘Divrot Moshé’ le premier jour du mois d’Elloul.
Le Président d’Israël, Réouven Rivlin assiste à la rentrée scolaire du Talmud Torah ‘Divrot Moshé’ le premier jour du mois d’Elloul.

4. Etre à l’écoute des conseils des autres plutôt que de votre enfant.

Près de 70 ans après l’indépendance d’Israël, il existe toujours de profonds clivages au sein de la société israélienne, entre Ashkénazes et Sépharades, ces derniers faisant régulièrement l’objet de discriminations indirectes, quoique non officiellement reconnues.

Cette scission est particulièrement forte au sein de la population ultra orthodoxe. Chaque année, c’est plus de 500 élèves sépharades, filles et garçons, qui se voient refuser l’inscription dans des écoles ashkénazes. C’est triste, mais il existe une vraie ségrégation dans le monde scolaire ‘harédi’. David nous raconte sa triste expérience.

« J’ai fait mon alyah en juin 2004. J’ai tout de suite posé mes bagages à Jérusalem, dans l’un des quartiers les plus religieux. L’ambiance et le mode de vie nous correspondaient parfaitement, ma femme et moi. Je me suis inscrit dans un Kollel pour étudier et parallèlement, je travaillais pour subvenir à nos besoins. Mes deux enfants étaient encore très petits. Je les ai inscrits dans un Gan ‘harédi’. Arrivé au passage en classe de CP de mon ainé, je me suis un peu renseigné autour de moi. Au détour des conversations avec mes amis du quartier, le nom d’une école en particulier revenait sans cesse. J’ai donc demandé son avis à mon Rav. Celui-ci me confirma tout ce que j’avais entendu jusqu’alors, excellente école, excellent enseignement, fréquentations au top. Seul petit hic, avec ma tête et mon nom de bon Sépharade, pas sûr que mon fils puisse être accepté… J’ai alors engagé toutes les procédures nécessaires pour permettre à mon fils d’intégrer cet établissement. J’ai fait jouer ma ‘protectia’ et j’ai encouragé ma femme à se ‘déguiser’- perruque et tailleur des 80’s- pour réussir l’examen d’entrée. Sof sof, j’ai réussi à y inscrire mon fils.

J’étais tellement fier- et bête -de la chose que je ne suis pas rendu compte que mon fils n’était pas du tout intégré. Ses résultats étaient très moyens-ce que je mettais sur le compte de l’usage du français à la maison-, il avait très peu d’amis et devenait de plus en plus nerveux. Le ‘rébbé’ a commencé à me convoquer, mon fils étant un fin bagarreur…

Je devenais plus sévère et continuais à m’enquérir autour de moi sur les méthodes d’éducation. Je n’ai jamais pris la peine de creuser plus profond auprès de mon fils. Après maintes ‘ifrounim’ et tests de concentration, ma femme a pris, en désespoir de cause RDV avec une kinésiologue qui a réussi à pointer le problème du doigt. Et quel problème ! Mon fils était sans cesse insulté et molesté par ses camarades, il était le ‘frank’( arabe), le cafard de la classe. Même le rébbé, dans toute sa blondeur, lui faisait ressentir sa différence. Il était trop brun, trop français, trop bien habillé pour ces ‘chères petites têtes blondes’. Ma femme et moi sommes tombés des nues, combien de souffrance pour un si petit enfant et nous étions restés sourds et aveugles. Nous l’avons aussitôt retiré de cette école et l’avons inscrit dans une institution bien sépharade. Baroukh H, depuis mon fils excelle. Il vient juste d’être accepté, avec les honneurs, dans l’une des meilleures yéchivot ktanot sépharade du pays. Je me suis bien préservé de faire la même erreur avec mes cadets ».

5. Ignorer l’impact d’un environnement inadéquat.

En Israël, tout le monde est juif, l’enseignement est ‘juif’ et les valeurs véhiculées sont ‘conformes’ au judaïsme. FAUX ! Ce n’est pas forcément le cas dans les structures scolaires publiques et laïques. Laurence est installée depuis presque 5 ans à Tel Aviv. « Mon mari est un Tochav hozer. Il a grandi en Israël et a même fait l’armée. Pour lui, le choix était clair, quand est arrivé le moment d’inscrire notre fils ainé en première année de gan : l’école maternelle publique la plus proche de la maison, laïque ou non.  Moi, je l’ai suivi sans trop me poser de questions. Arrivé au mois de Décembre, mon fils revient avec des feuilles coloriées au gan avec des hanoukiotes et d’autres avec…des sapins et un père Noël. Assez étonnée, j’en fait part à mon mari qui n’est pas choqué outre mesure. J’interroge la ganenet, dès le lendemain, qui m’explique que dans la classe de Ron, il y a trois enfants qui sont russophones. « Eux ne fêtent pas Hanoukka mais Noël, et dans cette école, on respecte toutes les religions ». Ca m’a un peu dérangé, mais je n’ai pas voulu insister. Quelques mois plus tard, Ron me raconte que « sa copine Mia a deux papas. Leur ‘Morah’ leur a expliqué que deux papas aussi peuvent ‘se marier’ et avoir des enfants ». Là, j’étais dépassée. J’ai donc décidé de retiré mon fils de cette école qui ne correspondait pas à mes attentes sur l’éducation et je l’ai inscrit dans un gan municipal religieux (mamla’hti dati) cool. Les parents sont comme moi. Ils font plus ou moins chabbat, et pour la tenue vestimentaire, c’est sans prise de tête. C’est un peu plus religieux qu’à la maison, mais, j’aime trop voir mon petit garçon, et son petit frère, faire le shéma avant de dormir ou netilat yadaïm avant de manger. J’ai compris que le juif traditionnaliste de France, ce n’est pas le même que le juif traditionnaliste d’ici ».

 Naftali Bennett, ministre de l’Education, assiste à la rentrée scolaire. Son sourire en dit long. C’est l’un des ministres qui a obtenu le plus gros budget après celui de la Défense.

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