Les hôtels non casher en Israël ne sont soumis à aucune contrainte liée au respect du Shabbat. C’est un fait : le Shabbat n’a pas de caractère obligatoire dans le domaine touristique.
Les établissements hôteliers qui souhaitent être estampillés casher, afin de satisfaire leur clientèle observante, doivent être en conformité avec la hala’ha (loi juive), afin d’obtenir leur Téouda (certificat de casheroute). Mais pour obtenir ce précieux certificat de cuisine casher, faut-il pour autant que les lois shabbatiques s’étendent à d’autres domaines au sein de l’hôtel ? Eléments de réponse.

Le restaurant casher d’un hôtel, qui satisfait aux lois de la casheroute du point de vue alimentaire, exige aussi un service restaurant assuré en salle Shabbat, par du personnel non-juif.  En principe, ce tampon de casherout ne requiert pas de l’établissement de renoncer à d’autres activités non shabbatiques. L’accès à la piscine pourra ainsi être autorisé, la salle de sport aussi, les ascenseurs non shabbatiques seront en usage, et les ‘check in’ et ‘check out’ des clients seront assurés. Les clients qui le souhaitent pourront commander en appelant la réception. Le ménage se fera normalement. Même si dans certains établissements, l’usage de l’aspirateur sera proscrit. Pour autant, les boutiques de l’hôtel, salons de coiffure et d’esthétique resteront clos, et l’on n’entendra pas de musique dans les salles de réception, couloirs et autres.

Mais à Jérusalem, c’est une autre affaire. « Lorsqu’ils se rendent dans la ville Sainte, les clients potentiels ont d’autres attentes », explique Arié Sommer, Directeur Général de l’Association Israélienne des Hôtels de Jérusalem (JHA). Si tous ne sont pas juifs, pour autant, la plupart souhaitent faire l’expérience de ce qu’est le Shabbat et goûter à la célèbre « atmosphère du Shabbat dans la ville sainte ». Les percolateurs et les toasters resteront silencieux, pas d’œufs au plat au menu d’un petit déjeuner qui sera différent du fait que ne seront servis que des mets réchauffés sur une « plata » (plaque chauffante). Certains touristes seront ravis car cela contribuera favorablement à leur dépaysement. Les chrétiens apprécieront tout particulièrement ces restrictions, liées au respect du Shabbat.

Mais il y aura toujours des personnes qui trouveront à se plaindre du service restreint, ce jour-là. « Cela émane principalement des groupes, principalement israéliens, qui se rendent, le temps d’un Shabbat ou quelques jours, à Jérusalem, dans le cadre de leurs congés, et qui regretteront la pénurie d’activités proposées, de loisirs ou autres. De ce fait, ils choisiront de se rabattre sur des établissements situés dans d’autres villes israéliennes, disposant d’une cuisine casher certes, mais moins restrictifs » explique Arié Sommer. Pour les hôteliers hiérosolymitains, « cela représente un important manque à gagner », déplore-t-il. « En effet, les séminaires ne peuvent pas avoir lieu ce jour-là, quand bien même ils se tiendraient dans une salle à part, éloignée de la salle à manger et des espaces de réception. Il sera interdit de faire une conférence, d’utiliser un micro et de mettre de la musique par exemple. Le vendredi soir après le repas, pas de soirée dansante possible, même si cela ne serait la source d’aucune nuisance perceptible » précise-t-il.

Il y a bien sûr des Juifs religieux qui souhaitent non seulement une cuisine et une table casher, mais également un respect du Shabbat encore plus strict au sein de l’établissement. « À ce titre, les ultra orthodoxes préfèreront toujours un certificat ‘Glatt’ et par extension, nous dirons d’un hôtel qu’il est ‘Glatt’, si le respect hala’hique du Shabbat est très étroit » indique le Directeur de la JHA.

Pour ce qui est des prix, si des hôtels occidentaux affichent parfois un tarif week-end avec un supplément, en Israël, en théorie, ce n’est pas l’usage pendant le Shabbat. « Les variations de prix ne sont influencées que par la saison, haute ou basse, et il n’y a aucune différence entre le Shabbat et les jours de semaine », affirme Arié Sommer.

Encore que… À Tel-Aviv, nous avons justement rencontré des touristes excédés qui se sont plaints de la tarification particulièrement salée, dont ils ont été les victimes dans la ville sainte pendant ‘Hannoucca. « La nuit du Shabbat nous a été comptée double, c’est n’importe quoi ! », s’est emportée cette touriste originaire de la région parisienne. Son mari philosophe a conclu amusé : « Ils nous ont pris pour des pigeons, ça fait partie du voyage ! ».  Un dépaysement qui leur a coûté cher, puisque même la location de voiture leur a aussi été comptée double. Preuve que le Shabbat est encore la porte ouverte à toutes sortes d’appréciations… à la tête du client.

Mais ne dit-on pas que le client est roi ?!