L’eau du robinet est-elle nocive ou pas ? L’eau de source ou filtrée est-elle impérative ou juste une affaire qui rapporte gros ? LeMag’ tente d’apporter des éléments de réponse.

C’était en tout début d’année : le ministère de la Santé israélien publiait un avertissement aux consommateurs : il interdisait aux femmes enceintes le café issu des machines à expresso industrielles. La raison ? Une étude dont les résultats montraient des taux de plomb anormalement élevés dans 47% des cafés testés. Immédiatement, les cafetiers et les importateurs s’insurgeaient. Comment ces mêmes machines, utilisées en Europe, ne présentent aucune anomalie de plomb? Les importateurs de machines à café décident alors de contrattaquer et mènent leur propre étude. Celles-ci révèlent que le plomb se trouve dans l’eau de robinet utilisée pour nos ristretto, et non pas dans les machines elles-mêmes ! À en croire cette étude, du plomb aurait ainsi été retrouvé dans des dizaines de localités aux quatre coins d’Israël. Selon le ministère de la Santé, la présence de plomb dans l’eau potable peut entraîner de nombreux dangers pour la santé. Une consommation sur le long terme entraînerait même des problèmes cardiaques et sanguins, sans parler des conséquences sur les reins et sur le système reproducteur. Mais en Israël, le plomb n’est pas le seul composant chimique à menacer la potabilité de l’eau qui coule de nos robinets. Autre élément sujet à controverse : le fluor. Cet ajout de fluor fait débat, car s’il est pratiqué dans nombre de pays occidentaux, à commencer par les États-Unis (mais pas en France), ses avantages ne mettent pas tout le monde d’accord. Alors que de nombreux professionnels de la santé estiment que la fluoration permettrait de prévenir les caries dentaires, d’autres (comme le British Journal of Medicine) prétendent que trop de fluor provoquerait des dysfonctionnements de la glande thyroïde. En Israël, l’ancienne ministre de la Santé, Yael German, avait fait mettre un terme à cette pratique en 2014, et ce, contre l’avis de l’union des pédiatres. Mais en 2015, avec l’arrivée du nouveau gouvernement et d’un nouveau ministre de la Santé (le rabbin Yaakov Litzman), nouveau rebondissement : un amendement est voté par la Knesset autorisant à nouveau la fluoration. Une décision qualifiée « d’importante pour la santé des citoyens du pays ».

Alors faut-il boire de l’eau en bouteille, ou bien directement du robinet ? Voilà un autre paradoxe parmi tant d’autres qui caractérisent la société israélienne. Selon un sondage mené en 2012 par le Technion dans la région de Haïfa, 60% des personnes interrogées pensent que l’eau de robinet est parfaitement propre à la consommation. Pourtant, 60% également déclarent préférer boire de l’eau minérale !

Ces dernières années, une solution intermédiaire est apparue. Un peu partout, au bureau, à la maison ou dans les salles d’attente, impossible de passer à côté de ces fameux “bars à eau”. Qu’ils s’appellent “Tami 4” ou “Electra bar”, le principe est le même. Il s’agit d’un petit appareil au design séduisant qui filtre et refroidit (ou chauffe, au besoin) l’eau de robinet. Hormis l’investissement à l’achat et le changement régulier du filtre et de l’ampoule ultra-violet, c’est donc une eau limpide et fraîche qui coule de ces filtres colorés. Mais est-elle réellement nettoyée des particules les plus dangereuses pour la santé ? Si le filtre à charbon s’occupe d’éliminer les mauvais goûts, et la lampe à ultraviolet des microbes, le principal problème reste les risques liés justement à un mauvais entretien de l’appareil qui pourrait favoriser les bactéries et autres germes. En 2015, une journaliste de la 10e chaîne a mené son enquête, en procédant à des analyses de l’eau chez 64 clients de Tami 4, comparant la qualité de l’eau sortie du filtre à celle du robinet. Si les clients pensaient que l’eau de leur bar préféré serait plus saine, et bien, c’est tout l’inverse. Presque partout, on retrouve dans l’eau “filtrée” des traces élevées d’une bactérie, le pseudomonas. Le milieu favori de développement de cette bactérie ? Chaud et humide. Le bar à eau serait donc un lieu idéal pour le développement de ces agents infectieux. Alors vaut-il mieux boire de l’eau minérale ? C’est ce que semble penser la majorité des Israéliens, pour le plus grand bonheur de Neviot, Mei Eden, ou Ein Gedi, ce petit oasis niché au cœur du désert qui borde la Mer Morte, à peine visible depuis la route, dont personne n’aurait cru qu’il pourrait rapporter autant !

Chez Ein Gedi justement, les affaires vont bien. Selon des résultats publiés en 2016, la marque au bouquetin a vendu ses bouteilles pour un chiffre d’affaires de 84,3 millions de shekels, sur les neuf premiers mois de l’année uniquement. Côté bénéfices, ils sont en nette augmentation : 53 millions de shekels, marquant une croissance de 13,8% par rapport à la même période l’année précédente.  Le journal économique Globes a révélé que le pack de 6 bouteilles coûte à la marque 3 shekels, pour un prix de vente en gros, hors taxe, qui se chiffre à 8 shekels. Ein Gedi, c’est donc une belle success-story qui s’est construite grâce à une source appartenant à tous et située au cœur d’une réserve naturelle, la source Ein Gedi. Depuis des années, les eaux de pluie qui tombent sur les monts de Judée ruissellent et s’infiltrent dans les sols rocailleux de la région. Vu l’absence d’activité industrielle (il s’agit d’un désert), c’est une eau extrêmement pure qui resurgit à Neve Ein Gedi. Une eau qui aura drainé de précieux minéraux tout au long de son cheminement jusqu’à la source. En 1997, est établie en contrebas l’usine d’embouteillement Ein Gedi. S’étendant sur 11 hectares, il s’agit de l’une des plus grandes usines de ce type au Moyen-Orient. Une usine géante sur les rives de la Mer Morte sortie de terre grâce à une joint venture : la société des eaux minérales Ein Gedi est détenue à 50% par le kibboutz éponyme, l’autre moitié des actions appartenant à la société Jafora-Tabori. Si son nom ne vous dit pas grand-chose, la multitude de marques de boissons sucrées qu’elle commercialise, vous les connaissez certainement : les jus “Spring”, Tapouzina”, le Cola “RC”, et même le principal concurrent d’Ein Gedi, l’eau minérale “Mei Eden”. Bref, pas vraiment une PME… Mais une société commerciale a-t-elle le droit d’exploiter une ressource naturelle publique pour son propre profit ? Oui, car Ein Gedi bénéficie bien d’une autorisation de prélèvement de l’eau. Une autorisation qui se termine à la fin de l’année, sans que l’on connaisse les conditions de son éventuel renouvellement. Mais d’ailleurs, quelle part du bénéfice devrait revenir à l’État ? C’est ce qu’a tenté de déterminer en 2014 la commission “Sasinsky II” commandée par le ministre des Finances de l’époque, Yaïr Lapid. Selon les conclusions rendues, la commission propose de taxer les revenus sur les ressources naturelles de manière progressive, pouvant se chiffrer à un taux de 42% pour les entreprises dégageant un bénéfice de plus de 20% de ses revenus. Mais, aléas de la vie politique israélienne, le gouvernement a chuté avant que la Knesset n’ait eu le temps d’adopter ces recommandations. Nous avons pris l’exemple d’Ein Gedi, mais l’exploitation de sources naturelles publiques par des sociétés privées vaut pour l’ensemble des marques du pays. Si l’eau est un enjeu vital pour le pays, il semble aussi qu’elle représente une belle affaire économique pour quelques privilégiés, parmi lesquels ne figurent pas les citoyens lambda …


Faut-il continuer à boire l’eau du robinet ?

D’après une étude réalisée par des scientifiques à l’initiative du site Orb Media un peu partout dans le monde, l’eau potable est contaminée par des microparticules de plastique. Les quantités retrouvées varient d’un pays à l’autre mais les résultats sont inquiétants : 83 % d’entre eux contenaient des fibres plastiques. Aux États-Unis et au Liban, 94 % des échantillons analysés se sont révélés positifs. Outre-Atlantique, les scientifiques ont prélevé de l’eau « dans des endroits tels que le Congrès, les bureaux de l’agence de protection de l’environnement et la Trump Tower à New York », rapporte le quotidien britannique The Guardian qui a partagé l’étude. Vient ensuite l’Inde, avec 82 % des échantillons contaminés à New Delhi. En Ouganda, le taux atteint 80,8 %, en Équateur 79,2 % et en Indonésie 76,2 %. « Les pays européens, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, ont le taux le plus bas, lequel s’élève tout de même à 72 % », explique The Guardian. « Le nombre moyen de fibres de plastique trouvées dans chaque échantillon de 500 ml d’eau du robinet s’élèvent à 4,8 aux États-Unis, contre 1,9 en Europe ».


Quand une marque d’eau minérale israélienne est attaquée par la France

Dans un arrêt rendu le 19 mai 2015,  le tribunal de district de Tel-Aviv a interdit à la société israélienne Meï Eden, créée en 1983, exploitant et commercialisant l’eau minérale du Golan, de continuer à utiliser le slogan qualifiant son eau de “champagne de la nature”. Ce jugement a été rendu à la suite de poursuites intentées contre la
société par le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC).


Le Fluor : Nécessaire à faible dose…

Le fluor est un oligo-élément. De petites quantités de fluor sont naturellement présentes dans l’eau, l’air, les plantes, les animaux. De ce fait, l’être humain est exposé au fluor par l’intermédiaire de la nourriture, de l’eau qu’il boit et de l’air qu’il respire. Le fluor peut se trouver dans n’importe quel type de nourriture dans des quantités relativement faibles. On trouve des quantités plus importantes de fluor dans le thé et les crustacés. Le fluor est essentiel pour maintenir la solidité de nos os. Il peut aussi nous protéger contre les carries dentaires, lorsqu’on l’utilise sous forme de dentifrice deux fois par jour. Toutefois, si l’on absorbe du fluor trop fréquemment, il peut causer de l’ostéoporose, et endommager les reins, les os, les nerfs et les muscles.

Affaire à suivre …