Malgré le chic, la culture et l’excellence de la cuisine française, touristes et immigrants de l’Hexagone souffrent d’une image négative auprès des Israéliens. Comme avec chaque vague d’alyah, ces derniers aiment mettre des étiquettes sur les nouveaux venus. Les Français n’échappent pas à la règle.

Arrogants, riches, incontrôlables, fraudeurs, buveurs, radins, infréquentables, chahuteurs et crâneurs, voilà quelques-uns des stigmates attribués aux Français en Israël. Des qualificatifs peu glorieux. Et ce n’est pas tout. Selon les nationaux, les Français seraient aussi responsables de l’augmentation des prix de l’immobilier, quand beaucoup de jeunes couples n’arrivent pas à accéder à la propriété. Aussi les Israéliens ne les accueillent-ils pas toujours à bras ouverts.
Loin de là, même ! Déjà, en juillet 2006, un clip réalisé par l’émission satirique « Eretz Nehederet » raillait ouvertement la bêtise des touristes juifs français, aussi joyeux qu’in- conscients du danger, alors que la guerre faisait rage avec le Liban et que de nombre d’Israéliens vivaient dans la terreur.

Dernièrement, c’est le câblo-opérateur Yes qui décide de tourner en dérision nos compatriotes. Et pour ce faire, il ne lésine pas sur les moyens pour faire tourner en boucle, sur toutes les chaînes télévisées et sur le net, un nouveau spot publicitaire où une écolière de retour à Paris fait le récit de son été catastrophique à Netanya. Cette pub reprend – au grand plaisir du public israélien – tous les stéréotypes associés aux touristes français: personnes crédules, assoiffés de soleil au point de se laisser rôtir, sans-gênes, etc…

INCOMPRÉHENSION DES ISRAÉLIENS FACE AUX FRANÇAIS
En effet, lorsqu’on demande aux sabras ce qu’ils pensent des olim de France, 22 % répondent qu’ils sont « mal polis et gueulards », 21 % les assimilent à Netanya, 16 % à des « riches », 11 % à la mer, au bronzage, à la baguette et aux croissants.

Ainsi, les Israéliens ne semblent pas beaucoup les apprécier. Surtout à Netanya. Là-bas, ils sont en colère contre les Français qui viennent l’été et pensent que parce qu’ils ont de l’argent, ils peuvent mal se comporter et gêner les autres.

« Ils sont comme les arsim (mot argot désignant un jeune zonard) ; ils sont très agressifs, bruyants et circulent généralement en bandes ». Plus encore, les habitants de cette ville côtière ne sont pas tendres : « En été, ils embêtent les gens parce qu’ils occupent tous les lieux ». « Fauteurs de trouble », « fêtards », « bagarreurs », les critiques pleuvent sur les Français ! « Alors qu’ ils dépensent sans compter, ils pleurent qu’ici c’est trop cher et ne laissent qu’un petit pourboire ».

Les Israéliens ne font pas toujours la distinction entre touristes et nouveaux immigrants français. En réalité, ils les méconnaissent. Cependant, quelques-uns reconnaissent : « Ce ne sont pas les gens qui font leur alyah et viennent vivre ici mais surtout ceux qui sont en vacances que parfois nous détestons pour leur comportement ». Ce qui les dérange vraiment semble moins avouable : « Ils ne sont pas Français, ce sont des sépharades qui vivent en France depuis 20-30 ans et après te disent on est Français… ».

L’autre reproche le plus courant est celui des logements vides. Pour les Israéliens, les Français achètent des appartements face à la mer à Tel-Aviv, Netanya ou Ashdod, retournent en France et les laissent vides onze mois par an alors que par ailleurs, Israël sou re d’une crise du logement.

QUI AIME BIEN CHÂTIE BIEN ?

Néanmoins, il semble que les sentiments des Israéliens envers les Français soient mitigés : d’une part, les premiers se sentent supérieurs aux seconds, d’autre part, ils res- sentent un sentiment d’infériorité face à un Juif de France qui quitte un État-providence européen assez prospère pour venir au Moyen- Orient se faire canarder, dans un pays où selon eux, le coût de la vie est élevé et les appartements difficilement accessibles. Car Israël ne sait pas comment approcher cette alyah occidentale, nantie, instruite, cette «alyah par choix». Rappelons que les dernières grandes vagues d’im- migration étaient des «alyah de sauvetage», que ce soit en ex-URSS ou en Ethiopie notamment. L’alyah de France est différente. Et oui, les olim de France sont majoritairement aisés, urbains et surtout … ils ont choisi de vivre ici !!!

Ainsi aux yeux de l’Israélien moyen, ces nouveaux venus de l’Hexagone sont bons pour l’asile. En fait, les sabras semblent jaloux de ces étrangers. Pourtant, les choses semblent changer. Depuis la vague de terreur survenue en France en 2015, l’irritation israélienne envers les Français s’est muée en empathie.

TSARFOKAIM OÙ OLIM DE FRANCE

fdRon Cahlili, journaliste pour le quotidien israélien Haaretz, a réalisé dernièrement un documentaire – en trois épisodes – pour la chaîne publique israélienne Kan11 (et une version spéciale sur YouTube avec sous- titres en français pour les olim de France) consacré à la situation des Juifs français, pour la plupart séfarades, ayant fait leur «alyah» dans la dernière décennie. Le documentariste dénonce la perception négative qu’ont les Israéliens de ces nouveaux immigrants à qui l’on a affublé le quolibet «tsarfokaim» (mélange de tsarfatim et marokaim, appellation péjorative pour désigner les Séfarades !) et qui sont devenus la cible de préjugés que ce soit dans le monde du travail ou des médias.

Mais ce qui stupéfait surtout Cahlili , c’est que l’immigré français, même aussi mal accueilli, reste un indécrottable amoureux d’Eretz Israël. Toutes tendances confondues, le olé français aime infiniment Israël, sans concession, sans l’ombre d’une critique; « Pour eux, immigrer en Israël, c’est vivre dans la peau du roi David. Leurs propos sur Israël me rappellent les discours de mes parents, presque messianiques, mystiques. Beaucoup d’entre eux utilisent l’expression « Israël, ma maison » ».