Rachel Tevet-Wiesel, la femme la plus haut gradée de Tsahal

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Le service militaire est obligatoire en Israël pour les garçons et les filles depuis la création de Tsahal en 1948, mais la place des femmes a beaucoup évolué au sein de l’armée. Pour découvrir ce qui a changé en presque 70 ans, leMag’ a rencontré en exclusivité Rachel Tevet-Wiesel, la femme la plus haut gradée de Tsahal, conseillère du chef d’Etat-Major à la parité.

LeMag’ : Quelle est la situation actuelle pour les filles dans Tsahal ? Quelles sont les différences avec les garçons ?

Rachel Tevet-Wiesel : Le service militaire est obligatoire pour les filles depuis la création de Tsahal mais ne dure que deux ans au lieu de trois ans pour les hommes.Les filles religieuses peuvent obtenir une dispense, mais ces dernières années, le nombre de soldates issues du monde sioniste religieux est en augmentation. 30% des filles terminant leur scolarité dans une école sioniste s’engagent désormais dans l’armée. Je précise que 92% des postes au sein de Tsahal sont accessibles aux filles, ce qui était inimaginable il y a quelques années. Plus d’une fille sur deux fait l’armée (54%) quand 70% des garçons israéliens font leur service militaire.

LeMag’ : On a vu ces dernières années des filles devenir combattantes et entrer dans des unités longtemps réservées aux hommes, d’où vient ce changement ?

R.T.W. : Dans le temps, les soldates n’avaient pas le droit, par exemple, de franchir les frontières du pays et par ailleurs, il n’y avait pas de possibilité pour une fille de devenir combattante. En 1995, Alice Miller, qui voulait être pilote, a gagné ce droit en le réclamant à la Cour suprême, ce qui a constitué une véritable révolution au sein de Tsahal. Aujourd’hui, il y a des filles dans plusieurs unités combattantes, mais pas encore dans les unités d’élite. Pour permettre aux filles d’entrer dans ces unités, Tsahal a su s’adapter, tout comme l’armée a su s’adapter à d’autres changements au fil des années. Je n’ai pas comme objectif de multiplier le nombre de combattantes mais de permettre à chaque fille qui le désire de faire le service militaire dans les meilleures conditions possibles.   

hayalotLeMag’ : Pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur les unités dans lesquelles servent les soldates ?

R.T.W. : Malgré les changements des dernières années, l’immense majorité des filles effectuent leur service au sein de deux unités, le service éducatif de Tsahal et les ressources humaines. Pourtant en 2016, 40% des conscrits dans les Renseignements sont des filles, 50% dans le service médical, 20% dans les unités technologiques et 5% font partie des unités combattantes, soit deux fois plus qu’en 2015. Le nombre de filles issues du mouvement sioniste religieux a doublé en cinq ans, passant de 900 en 2010 à 2100 en 2015.  

LeMag’ : Quel est le rôle de la conseillère au chef d’Etat-Major ?

R.T.W. : Jusqu’en 2000, le titre était « commandant de l’armée pour les filles », mais la politique a changé et il ne s’agit plus seulement de s’assurer que les soldates vont bien, mais aussi de veiller au respect de la parité et d’assurer un service social. Je suis chargée de trouver des solutions pour que les filles puissent avoir accès à la plupart des unités et que leur service militaire se passe le mieux possible, mais mon bureau est chargé également des droits sociaux et de la lutte contre le harcèlement sexuel. Depuis 2011, il existe au sein de Tsahal un centre de soutien (Mercaz Maout) que je dirige qui aide tout soldat (garçon ou fille) à recevoir des aides juridiques, traitements psychologiques ou autres, sans avoir besoin de passer par son officier direct. Médecins, avocats, psychologues et assistantes sociales sont à la disposition des soldats, qui dans 80% des cas, ne portent pas plainte.    

 

LeMag’ : Quels sont vos objectifs ?

R.T.W. : Je me suis donnée un certain nombre d’objectifs en prenant ce poste et j’espère que dans chacun de ces domaines, les choses continueront d’évoluer dans le bon sens. Dans un premier temps, l’une de mes priorités était d’augmenter le nombre de filles dans les unités technologiques, un domaine où les filles n’ont pas besoin de qualifications particulières différentes de celles des hommes, mais ça prend du temps. Un autre sujet qui me tenait à cœur était la place des filles religieuses. J’ai beaucoup investi de mon temps pour que ces filles aient des facilités à l’armée, comme par exemple : de faire en sorte qu’une fille religieuse ne se retrouve pas seule dans une unité ou quand récemment une synagogue a été construite dans une nouvelle base, j’ai insisté pour que la séparation (me’hitsa) entre filles et garçons soit au milieu de la synagogue et non derrière comme c’était toujours le cas. Un autre des combats que j’ai mené était d’offrir les meilleures conditions possibles aux combattantes et nous avons réussi quelques changements comme l’allégement du matériel par exemple, ce dont les soldats garçons ont bénéficié également. Je voudrais enfin voir plus de femmes à des postes d’officiers supérieurs, il n’y a actuellement que trente femmes avec un grade supérieur à celui de ‘colonel’, dont trois générales de brigade (le grade de Rachel Tevet-Wiesel, NDLR). Une générale, Orna Barbivian, était jusqu’à peu à la tête des ressources humaines de Tsahal. Mais l’objectif principal reste la lutte contre les agressions et le harcèlement, d’où mon investissement dans le Centre Maout, un sujet qui ne concerne pas que les filles, 10% des plaintes viennent de soldats.

LeMag’ : Vous définissez vous comme une féministe ?

R.T.W. : Je ne suis pas féministe, je suis pour l’égalité des droits, quand les filles ont les mêmes droits que les garçons, ce n’est pas seulement important pour Tsahal mais pour la société israélienne. Je suis juriste, j’ai été avocate et juge militaire mais je voulais ce poste afin de faire évoluer les choses de l’intérieur. Par ailleurs, étant moi même proche de la religion, j’ai pu aider les filles religieuses car je comprenais leurs besoins et je pouvais trouver des solutions.

BIO EXPRESS :

Rachel Tevet-Wiesel, 52 ans, qui a grandi dans une famille sioniste religieuse, a débuté son parcours militaire dans le département religieux du corps éducatif de Tsahal puis a reçu une formation d’officier.

À la fin de son service, elle a suivi des études de droit avant de revenir à l’armée au sein du bureau du Procureur général de Tsahal où elle a gravi les échelons, devenant Présidente du tribunal militaire de l’armée de l’air.

En janvier 2012, elle est nommée « conseillère auprès du chef d’Etat-Major » pour les questions liées aux femmes, un titre changé en « conseillère à la parité » en février 2016 avec le grade de Générale de brigade, et elle participe régulièrement aux réunions de l’Etat-Major.