Dans le cadre de « la guerre du Shabbat » qui secoue l’opinion en Israël, voici un nouveau volet ! La tenue de compétitions sportives pendant le Shabbat, jour sacré pour la religion juive, est un motif de discorde en Israël entre orthodoxes et moins pratiquants, la Torah proscrivant tout “travail” le jour du Shabbat. Mais, dans l’histoire d’Israël, les compét’ sportives ont toujours eu lieu le jour du Shabbat. Alors qu’en est-il de ces sportifs pratiquants, de plus en plus nombreux, qui voudraient pouvoir participer à ces compétitions de haut niveau ? Que faire quand une partie des matches de football de première division est disputée le vendredi soir ou le samedi, et regardée, au stade ou à la télévision, par des dizaines de milliers d’Israéliens ? Quelles sont les chances pour que ces matches de football se déroulent d’autres jours que ce jour saint ?

IL FAUT ARRÊTER LES MATCHES LE SHABBAT, CHOISISSEZ LA RAISON QUE VOUS VOULEZ, RELIGIEUSE, SOCIALE OU TOUT SIMPLEMENT JUIVE !

Éli Ben Dahan, actuel vice-ministre de la Défense.

“DANS MA JEUNESSE, J’AI JOUÉ AU FOOTBALL À L’HAPOEL BEER SHEVA ET TRÈS SOUVENT LE SHABBAT. C’EST UNE SITUATION TORDUE AMENANT À CE QUE, DANS L’ÉTAT D’ISRAËL, LE PAYS DES JUIFS, DES SPORTIFS OBSERVANT LE SHABBAT NE PUISSENT PAS JOUER…”
Propos retranscrits par le site d’information israélien Ynet.U

 

Une partie des matches de première division se disputent le vendredi soir et durant le Shabbat, privant ainsi des milliers de supporters religieux de pouvoir y assister, et gênant les joueurs de plus en plus nombreux à vouloir respecter le Shabbat de pouvoir le faire, tout en poursuivant leur carrière.

Au cours de l’été 2015, un tribu- nal avait soutenu une demande de joueurs qui refusaient de jouer le Shabbat et craignaient d’être sanctionnés par leur club en raison de leurs convictions religieuses. Récemment, le ministre du Travail, Haïm Katz, a signé – le 25 mars dernier – une dérogation générale pour tous les employés de l’indus- trie du football de pouvoir travailler le Shabbat à condition de payer des heures supplémentaires, comme la loi le prévoit.

S’appuyant sur le statuquo en vi- gueur depuis 1948, le ministre avait par ailleurs autorisé le ministre de l’Intérieur, Arié Dery (Shass), de pouvoir refuser des autorisations de travail pour les commerces qui voulaient ouvrir durant Shabbat.

La pétition signée en septembre 2017 par 250 footballeurs professionnels et envoyée au Premier ministre Benyamin Netanyahou, demandant à pouvoir se reposer le jour du Shabbat avec leurs familles, n’a pas aidé à changer la loi. De même, l’actuel vice-ministre de la Défense, Eli Ben Dahan, du parti religieux ‘’Foyer juif’’, lui-même ancien footballeur dans sa jeunesse, s’était élevé contre le fait que les matches se déroulent le Shabbat.

« Il faut arrêter les matches le Shabbat, choisissez la raison que vous voulez, religieuse, sociale ou tout simplement juive » , avait-il affirmé à ses collègues députés devant la Knesset.

Certains joueurs ont choisi de quitter la première division pour jouer dans des clubs moins prestigieux mais qui ne jouent pas le Shabbat comme Ohad Edelstein qui évolue au Moadon Sport Kfar Kassem, un club arabe de 3e division dont les matches se déroulent uniquement durant la semaine !!!

Dans d’autres disciplines sportives, moins populaires, la tenue de compé- tions le Shabbat est devenue récem- ment un sujet de controverses car de nombreux sportifs, notamment des jeunes issus de familles religieuses, veulent progresser et se retrouvent bloqués par les compétions se tenant pendant le jour saint.

Récemment, le jeune Harel Tzion a fait la une des médias pour son re- fus de participer à une rencontre de boxe pendant le Shabbat, ce qui lui a fait perdre toute chance de remporter la finale du tournoi auquel il participait. Le championnat d’Israël de boxe junior s’est déroulé en mars dernier à Nazareth Ilit, un tournoi organisé par la Fédération de boxe israélienne, donc financé par le ministère des Sports.

Harel Tzion qui a remporté la dem-fiinale un jeudi aurait dû affronter son adversaire pour la finale le Shabbat, ce qu’il a refusé, lui faisant perdre automatiquement la finale par forfait.

Le grand rabbin d’Israël, le Rav David Lau est venu quelques jours plus tard dans la Yechiva où Harel étudie, pour lui remettre une coupe, soulignant que pour lui « Harel est un champion, le champion du Shabbat ».

L’escrimeur Youval Freilich avait lui déposé une requête devant la Cour suprême pour obliger la Fédération d’escrime à reporter les compétions se déroulant le Shabbat ou lui accorder la victoire automatiquement, un appel qu’il avait gagné !
Youval Freilich, originaire de Nevé Daniel, dans le Gush Etzion, vice-champion d’Europe des moins de 23 ans en 2016 ayant remporté plusieurs fois des médailles lors de compétitions européennes.

La cour suprême israélienne avait tranché en 2008 que les sportifs respectant le Shabbat ne peuvent pas être sanctionnés et ont le droit aux mêmes chances que leurs camarades. Malgré cette décision, il y a encore beaucoup de progrès à faire dans d’autres disciplines sportives… Peut-être que la ministre de la Culture et des Sports, Miri Reguev, qui avait annoncé en 2016 son soutien à tous les sportifs voulant exercer leur métier tout en respectant le Shabbat, changera la done ?

Affaire à suivre …


NOAM MELCHIOR

Cet ancien champion de judo pratiquant enseigne aujourd’hui dans un club de Judo prestigieux dans la périphérie de Jérusalem. Fils de l’ancien ministre du gouvernement, le rabbin Michael Melchior, le judoka se rappelle :
« Lorsque j’étais au som- met de mes compétitions, il y a 20 ans, il n’y avait aucune option religieuse à mon statut. C’est pourquoi, j’ai été obligé de mettre n à ma carrière sportive. Aujourd’hui, les choses ont changé, particulièrement dans le judo. Même si la plupart des championnats ont encore lieu le Shabbat, il y a largement assez de com- pétitions auxquelles les enfants peuvent participer à un niveau de championnat. Lorsque j’étais enfant, je ne pouvais pas évoluer. Aujourd’hui, j’aurais pu… ».