Pour un actif, olé ‘hadash’ de surcroit, la question de la retraite peut paraître lointaine, voir hors-sujet. Cependant, et en Israël surtout, il est probablement aussi important de planifier sa retraite que d’acquérir un bien immobilier…  Et c’est d’une certaine manière, ce que la récente législation israélienne sur les retraites a voulu pointer du doigt dans l’objectif affiché de mettre fin à la paupérisation des populations âgées.  Pour comprendre pourquoi, une compréhension du système de retraite israélien est nécessaire. Explications.

Le système de retraite français se base sur le concept de solidarité entre les générations. Ce mode de gestion est appelé retraite par « répartition » : les cotisations « retraite », versées par les actifs et par leurs employeurs, sont immédiatement utilisées pour payer les retraites. Ainsi, les cotisations d’aujourd’hui financent les retraites d’aujourd’hui.

Dans le système par répartition, salariés et employeurs versent des cotisations aux régimes de retraite obligatoire de base et complémentaire. Les cotisations permettent de payer les retraites actuelles. Grâce à leurs cotisations, les salariés s’ouvrent des droits pour leur future retraite.

Selon la Caisse française nationale d’assurance vieillesse, « ce système de répartition se caractérise par l’existence d’un contrat entre les générations. En effet, chaque génération d’actifs se reconnaît une dette vis-à-vis de la génération précédente et bénéficiera à son tour du paiement de sa retraite par la génération suivante ; de mécanismes de redistribution de revenus au bénéfice des populations les moins aisées ; de mécanismes de solidarité au sein d’une même génération, les périodes d’interruption de travail (chômage, maternité, maladie…) pouvant être considérées comme des périodes « avec cotisations » ; de mécanismes de compensation entre les différents régimes par répartition ».

Un vrai idéal social qui ne s’applique pas … en Israël ! 

Ici en effet, on gère les retraites par capitalisation, à l’américaine ! Chaque assuré (et le cas échéant son employeur) verse des cotisations qui lui restent acquises et qui lui seront reversées au moment de son départ en retraite sous formes de rente ou de capital. Les cotisations versées sont investies en placements financiers qui seront liquidés au moment du départ.

Dans un tel système, les sommes versées dépendent des versements effectués durant la vie active et de la performance des placements choisis.

La redistribution entre les générations, avec des montants ponctionnés des actifs vers les retraités, s’oppose donc clairement à un système par capitalisation, dans laquelle la notion de « solidarité » entre les générations est remplacée par l’idée que chaque travailleur se doit d’épargner pour ses vieux jours.

Impossible dans ce contexte de ne pas se soucier de sa retraite…

Pourtant, jusqu’à la réforme de 2008, une forme d’anarchie régnait au niveau des retraites.  Ni les entreprises, ni les employés n’avaient la moindre obligation en matière de cotisation retraite. Résultat, l’âge de la retraite arrivée, il n’était pas rare de voir nombre de retraités en situation de précarité. Ces derniers, s’ils n’avaient pas prévu un fonds d’épargne retraite privé, devaient se contenter du montant forfaitaire versé par l’Assurance sociale israélienne (Bitoua’h Leoumi) à savoir  1531 shekels pour une personne seule (1617 shekels si âgée de 80 ans ou plus) ; 2015 shekels pour une personne seule avec un enfant ; et 2301 shekels (2387 shekels si âgé de 80 ans ou plus) pour un couple. Des sommes dérisoires en comparaison au coût de la vie locale. En 2008, le système de retraite israélien a donc été profondément remanié.

Objectif : améliorer la protection des salariés et mettre fin au chaos qui subsistait jusqu’alors.
Depuis, la cotisation retraite est désormais directement prélevée à la source par l’employeur. Il est dans l’obligation légale de le faire au-delà du troisième mois de présence de l’employé dans la société, uniquement si ce dernier possède déjà une caisse de retraite. Dans ce cas, une rétroactivité sur les premiers mois est appliquée.
Si le salarié ne possède pas déjà une caisse de retraite au moment de son embauche, l’entreprise commence à effectuer le versement seulement à partir du sixième mois d’ancienneté, et sans rétroactivité. D’où l’importance de s’en préoccuper avant même son embauche !
Autre particularité significative du système israélien : la répartition entre l’employé et l’employeur des montants dédiés à la retraite.
Ainsi, la loi sur les cotisations salariales impose à l’employeur de cotiser 6,5% du montant du salaire brut, tandis que l’employé devra reverser l’équivalent de 6% de sa paie. Cette somme est reversée à la caisse de retraite dont dépend l’employé et elle constitue son capital « retraite ».
De plus, depuis 2017, tout en ajustant les pourcentages des cotisations employeurs/employés, la loi a également imposé aux travailleurs indépendants d’ouvrir un compte dans une caisse de retraite, avec un plafonnement du montant versé par mois de 16%.

Israël Tavor