Le type qui vous klaxonne alors que le feu n’est pas encore passé au vert, l’interminable semaine de 50 heures, l’Acamol distribué pour tout et n’importe quoi, l’absence de vrais congés, des filets sociaux quasi inexistants, la capacité des administrations à égarer le papier le plus précieux de votre vie, le coût de la vie et les menaces sécuritaires qui augmentent tous les jours, les journées scolaires qui se terminent toujours trop tôt… La liste des petits stress quotidiens qui caractérisent la vie israélienne est longue, trop longue. Israël aurait-il inventé (en plus du goutte-à-goutte et de la ‘houtzpa) le stress ? Eléments de réponse…

Israël, pays de ‘la vie à 100 à l’heure’ dans lequel, même dans une file d’attente, il est nécessaire d’être sur ses gardes pour ne pas se faire dépasser.

Israël, start-up nation dans laquelle le cerveau étant la matière première nationale, il est plus que conseillé de toujours progresser professionnellement.

Israël, pays comptant le plus grand nombre de voisins hostiles, dans lequel il est impératif d’avoir en fonction des menaces, soit :

a) un masque à gaz à portée de main,

b) un abri anti-missile bien entretenu,

c) une bouteille de gaz répulsif.

Alors que l’on nous promettait une terre de lait et de miel (deux éléments dotés de propriétés apaisantes et nourrissantes), l’Israël moderne s’avère être davantage un pays où le stress est devenu monnaie courante. Mais le stress, c’est quoi au juste ?

Pour faire simple : « le stress est une réaction réflexe, tant psychologique que physiologique, de l’organisme devant une situation difficile qui demande une adaptation ». Il se manifeste par des symptômes physiques, comportementaux, émotionnels et mentaux dont la liste non exhaustive regroupe des tensions musculaires, des problèmes digestifs, des problèmes de sommeil ou d’appétit, des maux de tête, des vertiges mais aussi de l’agitation, de l’irritation, de l’inquiétude, de l’anxiété, une baisse de libido ou encore de la difficulté à se concentrer. Enfin, il peut induire une perception négative de la réalité, des difficultés relationnelles, une tendance à s’isoler ainsi qu’une consommation accrue de tabac, de caféine, de sucre, de chocolat, d’alcool, de drogues…

Le stress aurait ainsi des ramifications bien plus insidieuses qu’il n’y parait à l’échelon mondial

C’est à l’endocrinologue canadien d’origine autrichienne, Hans Selye, que l’on doit le mot stress (en anglais : tension mécanique). Ses travaux, menés au cours du
XXe siècle, ont dévoilé les mécanismes biologiques du stress initialement défini comme « syndrome général d’adaptation » et défini le célèbre « fight or flight
response » :
réaction proposée par l’organisme quand il monopolise ses ressources pour dominer la situation ou la fuir.

Le biologiste français Henri Laborit a, quant à lui, défini de « paralysie situationnelle » les situations que la personne ne peut ni dominer ni fuir, tandis que l’Américain, Richard Lazarus, a mis au point des études sur le stress psychologique (voir article en fin de dossier: ‘Êtes-vous stressé ? Faites le test’) et sur les moyens déployés pour y faire face.

27En 2012, la première étude du genre, menée aux USA, montrait une augmentation significative du stress chez les femmes ( + 18 %) et les hommes (+ 24 %) entre 1983 et 2009.

En 2014, une autre étude, européenne cette fois-ci, pointait du doigt le risque pour un quart des Européens de tomber malade suite au stress subi sur le lieu de travail. Le monde du travail, le lieu le plus favorable au stress ! Selon une étude européenne réalisée par Matrix, le coût indirect du stress au travail s’élèverait à 617 milliards d’euros pour les entreprises. Absentéisme, dépression, perte de productivité, le stress aurait ainsi des ramifications bien plus insidieuses qu’il n’y parait à l’échelon mondial. Contre toute attente, le stress ne serait donc pas une exception nationale mais bien un fléau mondial touchant toutes les strates de la société.

Pourtant le stress n’est pas seulement négatif. Il peut être nécessaire. Le fameux bon stress, normal et utile, qui permet d’accroitre les performances, stimuler la motivation et améliorer les réactions. Sans ce bon stress, les athlètes ne parviendraient pas à participer et à gagner une compétition. Et c’est peut-être ce même ‘bon stress’ qui permettrait aux Israéliens de se mesurer aux difficultés d’un environnement aussi stressant…

Le bon stress, responsable de notre capacité de résilience ?

Comment expliquer autrement que l’espérance de vie y soit la plus haute dans le monde (4e dans le monde, pour les hommes et 10e pour les femmes) ? Et que le taux global de bonheur et de satisfaction des Israéliens atteigne, selon un rapport publié par l’OCDE en 2016, 7,4 contre 6,6 recueilli pour l’ensemble des 34 pays interrogés par l’OCDE ! Faut-il encore préciser qu’à la veille du dernier Yom Atsmaout, 86 % des Israéliens se disaient satisfaits de leur vie (jusqu’à 88% parmi les Israéliens âgés de 20 à 44 ans) selon l’Institut israélien des statistiques…

En réalité, il semblerait que l’environnement particulièrement anxiogène local ait développé des ‘super pouvoirs’ chez les Israéliens. « Le fait de vivre dans un pays constamment en guerre a généré un mécanisme d’adaptation au stress existant », explique le psychologue Efi Gil. Selon lui, « si un Australien venait ici, il serait alarmé par le nombre d’armes qui circulent dans les rues, mais pour les Israéliens, c’est la routine. Donc comparé à d’autres pays, la société israélienne craint moins que les autres les évènements traumatiques », poursuit le spécialiste qui précise que la cohésion sociale et la solidarité en temps de crise représentent également des facteurs de lutte très efficaces contre le stress.

« Les distances sont relativement courtes, ce qui permet aux familles de se voir régulièrement. Quand on sait que l’isolement et la solitude amplifient le stress, ce détail prend toute son importance. Enfin en temps de guerre ou d’attaques terroristes, la solidarité et l’empathie permettent d’évacuer au niveau national une partie du stress qui n’est alors plus vécu de manière individuelle, uniquement ».

« Contrairement à une idée largement répandue, le stress n’est pas simplement l’équivalent de la tension nerveuse, ni le résultat d’une lésion. Tout ce qui, désagréable ou agréable, accélère l’intensité avec laquelle nous vivons, provoque une augmentation du stress. Le stress n’est pas quelque chose à éviter à tout prix. Il va de pair avec l’expression de toutes nos impulsions intérieures. En fait, l’absence de stress, c’est la mort ».

Hans Selye

Des supers pouvoirs israéliens

Pour le sociologue Gabi Ben-Dror, il y a quelque chose de très paradoxal : « D’un côté, les gens ont peur du terrorisme par exemple, d’un autre, ils se disent que ça ne peut que mieux aller ». Selon le professeur Ben-Dror, la société israélienne est en réalité particulièrement saine. « Les citoyens sont fiers d’être israéliens, croient en des valeurs et sont persuadés qu’ils parviendront à faire face aux menaces à venir ». Un optimisme chevillé au corps qui permettrait de faire passer le stress quotidien au second degré et de se concentrer sur l’avenir coûte que coûte. Une sorte de résilience nationale en quelque sorte qui, si elle ne fait pas disparaitre le stress, parvient cependant à sérieusement le juguler pour qu’il n’immobilise pas le pays.

50« Cette impression de pouvoir faire, construire, entreprendre avec « facilité » des projets. Facilité parce que cela semble possible, accessible.  Mais le rythme  israélien fait que   l’on peut vite s’épuiser. Il n’y a pas le temps de cligner des yeux en Israël, sinon tu as déjà un train de retard ! « 

Micro-trottoir