En cette ère du tout-électrique, comment préserver la sainteté du Shabbat sans renoncer à l’appareillage de pointe qui nous entoure ? Depuis 40 ans, l’Institut Tsomet planche sur le sujet.

Peut-on utiliser un fauteuil roulant électrique le jour du Shabbat ? Ou un appareil d’oxygénothérapie, prescrit pour les insuffisances respiratoires chroniques ? À l’échelle individuelle, il est souvent compliqué de concilier hala’ha et technologie le jour du Shabbat. À l’échelle collective aussi. État juif par définition, Israël n’en est pas pour autant un État religieux. Pour exemple, les institutions et autres rouages publics comme l’armée, la police ou surtout les hôpitaux, ne sont pas régis par des considérations hala’hiques. D’où la complexité, parfois, de conserver une pratique religieuse dans ces cadres laïcs.

Des distributeurs à café dans les hôtels, un détecteur à métaux à l’entrée du Kotel, des téléphones shabbatiques pour les professionnels de la sécurité ou du milieu hospitalier qui fonctionnent sans profaner le Shabbat. Si tout ceci existe aujourd’hui, c’est grâce à l’Institut Tsomet, qui a vu le jour il y a 40 ans, en 1977. Sous l’impulsion d’Israël Rosen, un rabbin orthodoxe né à Tel-Aviv en 1941, cette structure à but non-lucratif s’emploie à développer des innovations technologiques pour permettre l’usage d’appareils électriques lors du Shabbat ou des jours de fêtes juives (Yamim Tovim). En clair, trouver des solutions pour utiliser l’électricité à des fins médicales ou sécuritaires, mais aussi agricoles ou institutionnelles. Ou comment combiner les avancées du monde moderne à la loi juive ancestrale, vieille de plusieurs millénaires.

HA-GAZ

Dispositifs pour la maison et pour les institutions
C’est dans l’implantation d’Alon Shvout que l’Institut Tsomet a élu domicile. Là, ses 25 rabbins, chercheurs et ingénieurs se cassent la tête sur ce qu’ils ont coutume d’appeler des problèmes techno-hala’hiques.

Ha-gaz

Et en quatre décennies, leurs travaux ont porté leurs fruits. Parmi leurs plus marquantes innovations domestiques : Hagaz (qui vient de la contraction de Hag, fête, et Gaz), un petit boîtier qui permet de cuisiner au gaz les jours de fête (pas le Shabbat). Il s’agit d’un minuteur mécanique, approuvé par les rabbins : Ovadia Yossef zal, et Yehoshoua Noibirt, qui coupe l’arrivée du gaz au moment programmé.

OR – LI

Autre trouvaille : un dispositif qui permet d’activer un détecteur de mouvement destiné à prévenir la mort subite du nourrisson, sans avoir à l’éteindre quand on sort l’enfant de son berceau ou à l’allumer quand on l’y place. Un objet qui s’adapte aux détecteurs Baby Sense ou Angel Care. Ou encore, la lampe Or-Li, à base de LED, qui permet de varier l’intensité de l’éclairage, là encore sans enfreindre les lois du Shabbat.

Mais Tsomet, c’est aussi des dispositifs intelligents à l’échelle de la nation. Dans certains hôpitaux, on peut désormais trouver des prises électriques qui pourront servir à brancher des inhalateurs ou des générateurs en cas d’urgence, des téléphones hala’hiquement casher, des stylos « magiques » à l’encre effaçable, pour les professionnels contraints d’écrire, et même des claviers d’ordinateur pour la prescription d’actes médicaux.

Dans le domaine de la sécurité également, l’apport des chercheurs de Tsomet n’est pas sans importance. À leur actif : des détecteurs à métaux à main, des fermetures de portes électroniques, des circuits TV fermés pour les agents de sécurité, sans oublier des alarmes pour protéger les arches saintes dans les synagogues.

Autant d’avancées révolutionnaires dans un monde où l’électronique et le High-Tech règnent désormais en maîtres. Une grande partie de ces dispositifs reposent sur le fameux principe du ‘gramma’, qui consiste à faire une action dont la conséquence ne sera pas directement l’objectif souhaité, et passe par l’utilisation d’un mécanisme « à retardement ». Mais pas uniquement.

Pour les esprits curieux et avides de comprendre, l’Institut Tsomet a ouvert un centre de visiteurs, fin 2013, dédié aussi bien aux enfants qu’aux adultes, intitulé ‘L’expérience Tsomet’, pour expliquer le fonctionnement de ses innovations. Au programme : équipements interactifs, projections de films, et une visite guidée virtuelle pour apprendre en s’amusant, explique le Rav Dan Marans, directeur exécutif de l’Institut.

Pour le bien de la patrie
Mais à vouloir repousser trop loin les limites du technologiquement possible, ne risque-t-on pas de perdre en profondeur spirituelle ? Tsomet, reconnu et soutenu par les plus grandes sommités religieuses du monde juif, affirme le contraire. « Certes, il est devenu beaucoup plus facile de devenir religieux avec la technologie moderne », note Dan Marans. Mais l’Institut n’a pas vocation à développer des gadgets en tous genres pour faire du Shabbat un jour comme les autres. Il cherche à proposer des solutions d’utilité privée ou publique dans des conditions bien précises, comme dans des cas d’infirmité, de maladie ou des situations sécuritaires particulières. Son but : trouver des solutions hala’hiques pragmatiques pour éviter la désacralisation du Shabbat, même dans des cas où la transgression est permise, comme dans le fait de sauver des vies.

Et Dan Marans de conclure : « Nous ne pouvons pas compter uniquement sur la contribution des non-Juifs pour fonctionner le jour de Shabbat. Nous voulons être un État juif totalement indépendant, et cela signifie que nous avons besoin d’une sécurité juive et de médecins juifs. C’est notre patrie, et nous voulons pouvoir être capables de la diriger nous-mêmes ».