►►► L'AN PROCHAIN À JÉRUSALEM

Dans la démarche d’alyah et d’acclimatation en Israël, la question de la langue reste centrale.

Dans la démarche d’alyah et d’acclimatation en Israël, la question de la langue reste centrale. LeMag’ s’est penché sur la problématique de l’apprentissage de l’hébreu, visa indispensable à une insertion réussie dans le pays, qui concerne tout nouvel arrivant.                                                                                               

PAR NOÉMIE GRYNBERG

L’hébreu est-il difficile à apprendre ? Selon les spécialistes du langage, il n’existe pas en soi de langue facile ou compliquée. Chacune possède ses propres particularités. L’hébreu ne présente donc pas de spécificité, ni plus ou moins de pièges que n’importe quel autre dialecte. Cependant, il existe une différence d’apprentissage enfants/adultes. De manière générale, jusqu’à 12-14 ans, les jeunes captent rapidement la langue du fait de leur exposition sociale (ils apprennent l’hébreu à l’école) et de leur développement biologique. Pour les élèves du CP au CE2, son acquisition coïncide avec l’initiation à la lecture et à l’écriture. À partir du CM1, la langue devient un outil de connaissance. Contrairement à une certaine idée reçue, l’apprentissage d’une seconde langue ne développe chez les petits ni dyslexie (affection innée non héréditaire), ni retard scolaire. Au contraire, le bilinguisme représente toujours un avantage : il consolide l’aspect cognitif et conceptuel des jeunes. Ainsi, un enfant bilingue maîtrise une double perspective du monde. Il se montre capable de penser dans deux systèmes différents en même temps. Prétendre l’inverse s’avère parfaitement fantaisiste. Quant aux troubles du langage ou d’apprentissage, ils peuvent découler de problèmes sociaux. Ces handicaps n’ont par conséquent rien à voir avec l’acquisition d’une nouvelle langue. Au niveau des méthodes et structures pour adultes, les oulpanim enseignent un hébreu formel, davantage dans une perspective de langue écrite, avec une scission entre théorie et pratique. En effet, les lacunes de la langue viennent surtout du trop peu d’exercice et des classes trop chargées. Du coup, les oulpanim où l’apprentissage demeure très limité, ne donnentpas toujours de très bons résultats. Leur niveau d’hébreu ne permet pas à coup sûr de trouver du travail. Ensuite, tout dépend des aptitudes de chacun. L’apprentissage oral et écrit s’apparente à n’importe quelle autre initiation : informatique, musique, bricolage, etc. Il nécessite une aptitude, un bon professeur, de la motivation, de l’investissement et du temps. Quant aux obstacles et difficultés classiques, ils sont ceux que rencontrent tout migrant: culture différente, âge, travail, manque de persévérance.

POUR BIEN APPRENDRE L’HÉBREU

Au sujet des enfants, si la langue maternelle est parfaitement intégrée, il n’y a pas d’obstacle à en acquérir une seconde. Par contre si la première n’est pas maîtrisée, l’enfant peinera également dans la deuxième. C’est pourquoi les adultes doivent continuer à parler en langue française à la maison pour que le rapport parents/enfants reste naturel. Des jeunes issus d’une atmosphère domestique équilibrée s’y retrouveront à l’extérieur. Le milieu familial joue par conséquent un rôle important. Un foyer francophone qui met l’accent sur l’apprentissage, l’alphabétisme et la culture se révèle un soutien sérieux dans l’acquisition de l’hébreu. Il y a donc interaction entre, l’école et la maison. Par contre, les parents doivent rester vigilants sur le niveau d’hébreu de leur progéniture. Du fait que les jeunes sont scolarisés en milieu israélien, les parent jugent à tort que leurs bases, souvent meilleures que les leurs, s’avèrent satisfaisantes. Or cela n’est pas forcement vrai. Aussi vaut-il mieux faire contrôler le stade réel des enfants par des professionnels.

 

“COMPARER DES ENFANTS BILINGUES À DES ENFANTS MONOLINGUES EST COMME COMPARER DES POMMES À DES POIRES”.

Sharon Armon-Lotem, Professeur à l’université Bar-Ilan. Son laboratoire étudie depuis près de 20 ans les processus d’acquisition de la langue chez les enfants d’âge préscolaire israéliens issus de foyers où l’on parle l’anglais, le russe et l’amharique (langue utilisée par les Ethiopiens).

 

UN ENFANT BILINGUE MAÎTRISE UNE DOUBLE PERSPECTIVE DU MONDE. IL SE MONTRE CAPABLE DE PENSER DANS DEUX SYSTÈMES DIFFÉRENTS EN MÊME TEMPS.

50% des enfants israéliens parlent à la maison une autre langue que celle pratiquée à l’école ou au jardin d’enfants.

20% des enfants entrant en première année dans les écoles publiques laïques israéliennes proviennent de foyers d’immigrés dans lesquels la langue maternelle n’est pas l’hébreu.

ENFANT BILINGUE,HANDICAP OU ATOUT ?

Certains enfants font leur alyah sans connaître un seul mot d’hébreu, d’autres naissent ici, en Israël, dans des familles où les aînés conversent déjà en hébreu et les parents… en français.                                                                                                                     Le ‘Codeswitching’, ou passage d’une langue à l’autre dans une même phrase, est un processus systématique dans leur expression orale. Beaucoup d’enfants francophones parlent alors en Franbreu. L’enfant bilingue passe ainsi de l’hébreu au français                  – ou inversement – dans une même phrase selon les besoins de son expression. Il aura toutefois souvent une langue « dominante » dans laquelle il sera plus à l’aise pour s’exprimer. Nombreux sont donc ces enfants francophones qui mélangent l’hébreu et le français dans une même phrase, et cela n’est pas un signe de confusion ! Au contraire, le bilinguisme est un atout pour leur cerveau car l’enfant bilingue peut utiliser un mot de l’autre langue quand il ne connaît pas son équivalent dans celle qu’il est en train d’utiliser. C’est l’exemple de Sarah, jeune fille dont les parents se sont installés à Ashdod, il a près de 13 ans, quelques mois après sa naissance. Cette ado de 14 ans qui parle avec la même aisance l’hébreu et le français, est parfaitement bilingue. Il faut dire que ses parents l’ont immergée dans leur langue maternelle dès sa naissance. Comptines, histoires et dessins animés en français ont bercé son enfance. Et même si jusqu’à l’âge de 5 ans, il lui arrivait encore de mélanger l’hébreu et le français dans une même phrase, Sarah a rapidement appris à jongler avec les deux langues ; une aubaine pour son cerveau en développement ! Son bilinguisme n’a donc jamais été un handicap, ni en société, ni à l’école où elle excelle…

N.A

 

Votre enfant est un…

  • Bilingue « idéal » : il maîtrise parfaitement l’hébreu et le français.
  • Bilingue « précoce » : il a acquis le français et l’hébreu en milieu naturel, d’une façon informelle, avant la scolarité obligatoire (5-6 ans).
  • Bilingue « simultané » : il a acquis en même temps l’hébreu et le français. (C’est le cas d’enfants nés en Israël qui entendent parler français à la maison et hébreu à la crèche ou au gan).
  • Bilingue « consécutif » : il a d’abord acquis le français (considéré comme sa langue maternelle) et ensuite l’hébreu.

 

SELON UN SONDAGE PUBLIÉ EN 2013 PAR LE BUREAU CENTRAL DES STATISTIQUES (CBS)

                                                                                L’hébreu est la langue maternelle de 49% d’Israéliens âgés de plus de 20 ans.

                                                                                         Les langues maternelles du reste de la population sont divisées entre

 

 

 

 

                                            des Israéliens ont des difficultés                                        avec la langue hébraïque. 

 

NE PARLENT PAS UN MOT D’HÉBREU.

 

PARMI LA POPULATION JUIVE ISRAÉLIENNE PARLANT L’HÉBREU,

 

 

 

PARMI LA POPULATION ARABE,

 

 

 

 

des Israéliens de plus de 20 ans disent rencontrer des problèmes pour remplir des formulaires administratifs ou pour rédiger des lettres formelles. Pour les israéliens de plus de 65 ans, ce chiffre s’élève à 53%…

des immigrants russes possèdent un bon hébreu alors que 26% le parlent très peu ou pas du tout.

Parmi cette population

48% parlent russe à la maison                                               6% parlent russe au travail

 

Pour les adultes, les enjeux diffèrent. Il faut envisager la langue comme condition première à une intégration réussie. De la sorte, l’apprentissage de l’hébreu écrit et parlé doit figurer en tête des priorités. Pour cela, il parait indispensable de suivre autant de cours que possible, même en privé, d’investir de l’argent et du temps, d’être en contact avec des Israéliens. Il n’existe pas de raccourci. Les nouveaux immigrants doivent prendre avec le plus grand sérieux cette étape numéro un, tout en sachant qu’ils n’atteindront jamais la perfection. Qu’importe. Il s’agit d’une question de survie dans le pays. Il n’y a pas le choix. Surtout, ne pas abandonner. Il faut vraiment s’impliquer, avec le même sérieux que pour chercher du travail. Car en Israël, connaître le français ne suffit pas. En effet, si le nouvel arrivant ne maîtrise pas l’hébreu, une rupture qui ne se sent pas au départ peut se créer au fur et à mesure des années.

SOLUTIONS ET CONSEILS PRATIQUES

Peu importe la méthode. L’essentiel est de se montrer proactif. Et surtout,TRAVAILLER ! Cependant, pour surmonter les difficultés d’apprentissage, des solutions existent.

En priorité, ne pas attendre l’alyah pour se mettre à l’hébreu et définir quel niveau de langage atteindre (vernaculaire, avancé, professionnel). Il est bon de commencer la formation avant le grand départ. Ainsi le futur immigrant peut se familiariser à l’avance avec la conjugaison, la structure et la grammaire de la langue. Venir avec des bases d’hébreu permet d’intégrer une classe de niveau supérieur à l’oulpan, et donc de sortir avec un meilleur bagage. Ce qui constitue un gain de temps précieux une fois sur place pour amorcer les diverses démarches administratives, la recherche d’un appartement, d’une  école et surtout d’un emploi. Autre solution : les nouveaux programmes pour francophones, comme à Jérusalem, alliant théorie et pratique. Si cela ne suffit pas, il reste les cours particuliers de conversation. Enfin, en vue de s’intégrer dans la société israélienne, les olim peuvent aussi faire du volontariat ou du bénévolat, bonne occasion de mettre en pratique leurs connaissances linguistiques. Pour terminer, il est autant important de se cultiver, par exemple en lisant les journaux, en allant au théâtre ou au cinéma. Apprendre l’hébreu ne doit pas présenter une acculturation mais un enrichissement.

DES CHIFFRES QUI N’ONT PAS BEAUCOUP CHANGÉ DEPUIS 10 ANS…Parmi les migrants français installés depuis moins de 20 ans en Israël :

Enquête réalisée en 2009