De France en Israël – Parcours rabbiniques

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Depuis l’alyah des Baalé Tossafot au Moyen-Âge et jusqu’à nos jours, de nombreux rabbins ont quitté l’hexagone pour s’installer en Israël. Le Mag’ vous présente quelques unes de ces personnalités qui ont influencé le judaïsme en France, puis en Israël. 

Les combats entre Chrétiens et Musulmans sur la Terre d’Israël au début du XIIe siècle ont provoqué, selon certains historiens, un mouvement mystique qui voyait dans ces guerres un signe des temps messianiques. Ce réveil spirituel a poussé des Juifs européens qui étaient expulsés de leurs pays d’origine à tenter l’aventure de l’alyah.
En 1210, 300 Juifs immigrent en Terre sainte, dont plusieurs dirigeants spirituels issus des écoles talmudiques de France, dans ce qui était pour l’époque, une grande vague d’alyah…
Le « Rash », Rabbi Shimshon Ben Avraham de Sens est l’un des plus connus à s’être rendu en Israël à cette époque. Élève du « Ri », l’un des grands maitres tossafistes du XIIe siècle, le Rash aurait suivi des cours de Rabbenou Tam, le petit-fils de Rachi.
Parmi les autres personnalités rabbiniques arrivées en Israël à cette époque de France, le nom de Rabbi Yonathan de Lunel est resté dans l’Histoire. Admirateur du Rambam (Maïmonide) avec lequel il entretenait une correspondance assidue,  ce maître du judaïsme provençal serait décédé en 1211 à Akko, qui était contrôlée par les Croisés et a vu l’ouverture d’une école talmudique sur le modèle de celles de France, devenant un centre spirituel important en Israël. Après le brûlement du Talmud en 1242 sur la place de Grève à Paris, une nouvelle vague d’immigration vers la Terre sainte se produit avec à sa tête : le célèbre Rabbi Ye’hiel de Paris.

Rambam – Maimonide

Certains historiens remettent en cause le fait qu’il ait effectivement réussi à s’installer en Israël mais la tradition veut que sa Yechiva soit devenue la Yechiva de Paris à Akko.
Si tout au long des siècles, de nombreux rabbins français choisiront d’émigrer en Israël, le  XXe siècle sera témoin de l’arrivée d’une forte vague d’immigration de personnalités rabbiniques.
Après la guerre des Six Jours, des milliers de Juifs de France font leur alyah et parmi eux certains des plus célèbres dirigeants spirituels de la communauté juive.
André Neher, Manitou, le Grand Rabbin Avraham Hazan ou encore le Pr Benno Gross notamment, s’installent en Israël.  Manitou, le rabbin Leon Ashkenazi, va devenir l’un des maîtres de la communauté franco-israélienne en créant à Jérusalem des centres d’études (Mayanot, Centre Yaïr) et en dispensant des cours dans plusieurs institutions. Plusieurs de ses élèves sont devenus des personnalités rabbiniques israéliennes de premier plan, comme le Rav Shlomo Aviner, le Rav Ouri Cherki ou encore le Rav Yeoushoua Tzukerman.
Traduit tardivement en hébreu, sa pensée n’a été connue du public israélien qu’après sa mort.
Le Rav Shlomo Aviner, l’un des dirigeants spirituels du sionisme religieux ne cache pas ses origines françaises tout comme d’autres rabbins qui ont une influence grandissante au-delà de la communauté franco-israélienne, comme le Rav Yehouda Ben Ishay à Jérusalem ou le Rav Eliahou Zini à Haïfa. Le cas du Grand Rabbin Hazan est particulier car bien que  n’ayant pas de communauté en Israël, il a bouleversé la vie religieuse dans les prisons.
Nommé Grand Rabbin de la police et des prisons, il va y accomplir une véritable révolution en créant des méthodes de réadaptation à la vie pour les prisonniers et en offrant au sein du système pénitentiaire, la possibilité de vivre selon la pratique religieuse. Il a également créé une association, le Keren Hatechouva, qui aide les anciens détenus à se réintégrer à la vie hors de prison. Véritable père pour les détenus, son œuvre a marqué l’histoire de l’institution pénitentiaire israélienne. La difficulté pour les rabbins venus de France de s’intégrer au système rabbinique local a fait que nombres d’entre eux ont eu une seconde carrière en Israël comme le grand rabbin Paul Roitman, fondateur de centres sociaux dans les quartiers pauvres puis du mouvement de jeunesse Tzedek, pour les enfants défavorisés. Une place de Jérusalem porte son nom depuis 2016.

Après la guerre des Six Jours, des milliers de Juifs de France font leur alyah et parmi eux certains des plus célèbres dirigeants spirituels de la communauté juive.

Manitou – Rav Leon Ashkenazi zal

Des rabbins français qui avaient choisi une autre carrière que rabbinique ont aussi joué un rôle en Israël comme le rabbin Simon Schwarzfuchs, historien et universitaire de renom, le rabbin René Kapel, héros de la Résistance en France devenu diplomate après son alyah et ambassadeur d’Israël dans plusieurs pays d’Amérique latine et le rabbin Jacquot Grunewald, qui avait dirigé l’hebdomadaire Tribune juive et auteur de plusieurs romans policiers après son alyah. De nombreux rabbins français, issus du Consistoire ou des institutions orthodoxes de France ont immigré en Israël après leur retraite, certains continuant de donner des cours et de recevoir les fidèles, notamment  nouveaux immigrants. L’ancien Grand Rabbin de France René-Samuel Sirat, les anciens Grands Rabbins de Strasbourg Avraham Deutch, Max Warshawski et René Gutman tout récemment, mais aussi des anciens Grands Rabbins de Marseille, Nice, Toulouse ou de synagogues parisiennes qui ont immigré au fil des années, comme les rabbins Emmanuel Chouchena, Jean Kling, Georges Haïk, Claude Brahami, Roger Touitou, Jacky Amar, Claude Zaffran, Edmond Schwob, Robert Dreyfus…Selon les archives du rabbinat français, plus de 200 rabbins venus de France ont fait leur alyah. Parmi eux, le Rav Avraham David Horowitz, Dayan de Strasbourg pendant plus de 30 ans qui est devenu membre du tribunal rabbinique de la Eda Ha’haredit à Jérusalem, le groupe ultra-orthodoxe le plus important en Israël de 1980 à sa mort en 2004. Enfin, il faut mentionner le nom de l’ancien Grand Rabbin de France, Joseph Haïm Sitruk, décédé il y a un an qui, bien que n’ayant pas fait son alyah, était pour beaucoup de Juifs francophones en Israël leur maître spirituel et qui venait  souvent dispenser des cours en Israël. Son fils, le Rav Yaakov Sitruk, dirige à Jérusalem l’association Alef Ledorot qui a pour objectif principal l’accompagnement spirituel et l’aide à l’intégration des nouveaux immigrants originaires des pays francophones.