C’est un beau roman, c’est une belle histoire. C’est une romance d’aujourd’hui ! Et oui, comme beaucoup de romances contemporaines, les relations entre la France et Israël (aux niveaux politique, diplomatique et commercial) de 1948 à nos jours, ont été pour ainsi dire agitées ! Telles celles d’un couple ayant traversé des malentendus, batailles d’ego ou drames domestiques. Retour sur une relation passionnelle qui aura, plus d’une fois, défrayé la chronique.

Tout commence au lendemain de la guerre d’Indépendance, après la naissance d’Israël, par une relation que l’on pourrait qualifier d’amicale – voire « amoureuse ». La France, rongée par la culpabilité d’après-guerre liée à l’extermination des Juifs et au régime ouvertement antisémite de Vichy, est le premier pays européen à reconnaitre l’État d’Israël. De plus, l’émergence dans les années 50 d’une classe politique gauchiste en phase avec les idées travaillistes et socialistes des kibboutz favorise au sein du peuple français une certaine admiration envers cet État qui est en train de se créer, à la seule force de ses bras. Parallèlement à cela, de nombreux Juifs du Maghreb émigrent en France, ce qui donne à la France l’une des plus grandes communautés juives d’Europe. Le français est également largement parlé en Israël, en particulier dans la communauté séfarade.

Une alliance militaire se noue également entre eux, la France menacée par les révoltes en Algérie et Israël par l’Égypte. L’Hexagone arme donc massivement le jeune État qui devient un client majeur de l’industrie française (Dès 1951, la France devient le premier fournisseur d’avions militaires de Heyl Ha Avir). Mais le lien n’est pas simplement commercial. À l’époque, la France, cher- chant à casser la rébellion algérienne, partage avec Israël un intérêt stratégique dans la lutte contre le nationalisme arabe radical. Ainsi, en 1956, c’est ensemble que les deux pays combattent contre l’Égyptien Nasser, dans la crise du Canal de Suez.

Visite de Ben Gourion en France en 1961, où il est reçu sur le tarmac par le Général de Gaulle et Michel Debré. Le Premier ministre israélien s’exprime ensuite en français.

Cette alliance tacite s’intensifie à la n des années 50 grâce à la coopération militaire et aux échanges culturels. L’assistance technique française permet à Israël d’obtenir des armes nucléaires; la France, décidant de créer sa propre force de frappe, aide secrètement son amie à obtenir la sienne. Et la relation se renforce encore plus, jusqu’à devenir fusionnelle, lorsque Charles de Gaulle, le héros de la Seconde Guerre mondiale, devient Président en 1959. Il reconnait la justice historique d’un «foyer national» juif, «une compensation pour les sou rances endurées de longue date», mais surtout fait l’éloge de David Ben Gourion, Premier ministre et fondateur d’Israël, en tant que l’un des« plus grands leaders de l’Ouest ». Toutefois, dès 1962, les premiers nuages assombrissent ce beau tableau. Les liens se détériorent, De Gaulle voulant, à cette époque, réorienter sa politique. En e et, le Président français tente de réparer les relations de la France avec le monde arabe, relations ayant été mises à rude épreuve avec la guerre d’Algérie. Ainsi, avec une politique tournée vers les pays arabes, Charles de Gaulle modi e profondément ses rapports avec son ancien allié. Même si les responsables israéliens sont toujours chaleureusement accueillis à Paris et le Général continue de nommer Israël : « l’allié et l’ami » de la France, la guerre des Six jours en 1967 met un terme à « leurs amours ». Contre toute attente pour l’allié israélien, la France choisit les États arabes ! Et personne, ou presque, ne s’attend à pareil revirement, à ce que le Chef d’État français lâche son “ami’’ au milieu d’une crise aussi importante que celle qu’il traverse. À la veille d’une guerre où Israël est menacé par tous ses voisins arabes, De Gaulle met un terme à la fourniture d’armes que ce pays a commandées – et payées – au moment où ces armes lui sont le plus nécessaires – ce qu’Israël considère comme un sou et de la part de sa « moitié » – et se permet de mettre en garde les hauts responsables israéliens d’éviter les hostilités. L’attitude française sonne le glas d’une histoire déjà vieille de vingt ans. Lorsque Israël lance une attaque préventive le 5 juin, la France la condamne, alors même que la victoire aérienne – presque immédiate – d’Israël est remportée en grande partie grâce aux avions de fabrication française.

Quelques mois plus tard, De Gaule utilise des mots terribles. Il déclare aux journalistes que la France s’est « libérée… des liens très spéciaux et très étroits » avec Israël, et qualifie le Peuple juif de « sûr de lui-même » et « dominateur ». Avec ces paroles acérées, un fossé se creuse, une profonde rupture; le divorce entre les deux protagonistes est donc prononcé ! La France enclenche la vitesse supérieure et procède à un embargo sur les armes contre Israël, recherche des accords pétroliers avec les pays arabes et adopte une politique de plus en plus anti-israélienne, politique que Pompidou et Giscard perpétueront, en dignes successeurs du Général De Gaulle. Pompidou, très en colère contre les services secrets israéliens, développe une politique pro-arabe. Après l’embargo pétrolier de 1973 et la guerre de Kippour, la France décide de soutenir inconditionnellement tous les États arabes et leurs alliés traditionnels. Les entreprises et le gouvernement français bénéficient de gros contrats, notamment dans le domaine nucléaire, en Syrie, au Liban, en Irak, au Maroc, en Algérie, en Tunisie… De nombreuses armes françaises sont vendues dans la région.

Giscard, qui arrive au pouvoir en 1974, est le premier à soulever ‘la question palestinienne’. Dès lors, tous ses successeurs réarmeront avec véhémence – parfois même un peu trop – cette volonté française de permettre aux Palestiniens d’avoir droit à un État. François Mitterrand (bien qu’ayant effectué le premier voyage d’un chef d’Etat français en  Israël) se permettra même de mentionner « l’État palestinien » devant la Knesset, en1982.

Jacques Chirac, en digne héritier gaulliste, reprend l’ancienne politique pro-arabe. Il se pose en men- tor de Yasser Arafat au cours de son grand discours au Caire en avril 1996 et ose même lancer quelque temps plus tard à un Netanyahou, alors tout jeune Premier ministre d’Israël : « Je ne crois pas un mot qui sort de votre bouche. Toute votre politique consiste à provoquer les Palestiniens » !

Sarkozy, lui, est un peu plus pro-israélien, ou dira-t-on, pro-Juif. Pendant ses mandats, il use – et abuse – de cette qualité afin de faire pression sur l’État hébreu le poussant à geler les colonies, et à négocier avec les Palestiniens.

Enfin Macron, en fin stratège tente de dégeler ces rapports trop long- temps tendus. Il invite le Premier ministre israélien en juillet 2017, pour la cérémonie de commémoration de la raffle du Vel d’Hiv au cours de laquelle il prononce des mots se voulant forts de sens, qualifiant l’antisionisme d’antisémitisme ! Il lui donne même du ‘Bibi’, afin de l’amadouer. Mais la réalité reprend vite le dessus sur ces simagrées. Jérusalem, l’accord iranien, les prétendues colonies israéliennes, les frictions à Gaza, etc, tous les sujets sont bons pour fustiger Israël !

PAR DEUX FOIS – EN MOINS D’UN AN – EMMANUEL MACRON ANNULE SA VISITE EN ISRAËL

De plus, par deux fois – en moins d’un an – Emmanuel Macron annule sa visite en Israël; Mr le Président devait se rendre en novembre prochain à Jérusalem, Ramallah et à Amman. En effet, le Chef de l’État français avait déjà annulé sa visite prévue au printemps dernier. Rappelons également qu’au mois de mai, le Premier ministre français, Edouard Philippe, avait également annoncé l’annulation de sa visite en Israël à la dernière minute.

Il semblerait donc que malgré certaines tentatives de part et d’autre de se réconcilier, la cassure soit trop profonde pour que ce couple puisse un jour se rabibocher…

On se souvient également du silence de la France face à la décision de l’UNESCO, en octobre 2016, de nier tout lien historique entre les Juifs et le Mont du Temple. L’Allemagne, les États-Unis et la Grande-Bretagne font partie des six pays qui s’opposent au texte, alors que la France figure parmi les 26 qui s’abstiennent, tandis que 24 votent pour.