Du nord au sud, et d’est en ouest, l’Etat hébreu a entrepris depuis quelques années une politique de grands travaux pour faciliter les communications : nouveaux axes routiers et ferroviaires, nouveaux ports, création d’un nouvel aéroport : à l’évidence – et discrètement – la physionomie d’Israël est en train de changer.

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Honneur à Jérusalem : tous les automobilistes se rendant dans la capitale d’Israël par la route n° 1 n’ont pas manqué de remarquer un important déploiement d’engins de travaux publics. Tout a commencé au début des années 2000 quand le Comité national d’infrastructures, au vu des embouteillages incessants, a décidé qu’il fallait « améliorer de façon significative la section entre Sha’ar Hagaï et Jérusalem ». Les travaux, commencés en 2013, devraient s’achever début 2017. Sur cette autoroute à deux fois 3 voies, on pourra rouler à 120 km/h, ce qui devrait raccourcir le temps de voyage dans les deux sens de 50 %. Deux tunnels de 700 mètres permettront de joindre plus facilement l’échangeur Harel qui sera agrandi, et deux nouveaux « nœuds de circulation » seront créés à Neve Ilan et Hamad, pour relier Beershéva par la future route n° 16. Afin de ne pas nuire à l’environnement et à la beauté des sites traversés, des règles strictes de travail ont été édictées. L’autre accès à la capitale par la route 443 sera également élargi pour décongestionner le trafic.

Jérusalem-TLV en 28 minutes

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A cet ambitieux plan routier vient s’adjoindre la mise en chantier d’une ligne de train rapide de 57 km qui reliera Jérusalem à l’aéroport Ben-Gourion et Tel-Aviv en 28 minutes. Divisé en trois tronçons, le premier, qui assure la jonction entre la cité balnéaire et l’aéroport a été terminé en octobre 2004. Il permet aux touristes, dès leur descente d’avion, d’arriver aux hôtels du bord de mer en un minimum de temps. Ce projet (7 milliards de shékels) aura nécessité la percée d’un tunnel de 11,8 km sous les collines et permettra de joindre Mevasseret Tsion et Nahal Yitlah. Quant à la ligne Ashkelon-Beersheva, on annonce son ouverture au public en septembre prochain.

Un vrai métro sous terre

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La grande métropole de Tel-Aviv a droit elle aussi à son lot de bulldozers et de pelleteuses : début juillet 2015, le percement du métro-rail (33 stations, dont 10 souterraines) a commencé au grand dam des habitants qui fulminent contre le bruit, la poussière et le nouveau plan de circulation. Le ministère des Transports Israël Katz a déclaré : « Ça ne va pas être facile, mais c’est essentiel. » Particularité : la ligne de 24 km (dont 11 sous terre) partira de Petah Tikva, desservira Bné Brak, Tel-Aviv et se terminera à Bat Yam (budget : 16 milliards de shékels). Livraison en 2021 !

Court-circuiter le canal de Suez

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Trafic ferroviaire : Dans le sud, le tracé de la double voie ferrée rapide (on y roulera à 250 km/h) qui reliera Tel-Aviv à Eilat a été approuvé, et les travaux ont commencé. Vouée (dans un premier temps) au trafic de conteneurs, elle permettra de relier les ports d’Eilat et d’Ashdod sans passer par le canal de Suez, lent et coûteux. Un fabuleux contrat de 10 milliards de shékels, confié à des compagnies chinoises. Moins ambitieux : dans le nord, la liaison ferroviaire St Jean d’Acre-Karmiel-Kiriat Chemona est bien avancée.

Deux nouveaux ports

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L’extension des ports de Haïfa et Ashdod (8 milliards de shékels) a quant à elle été décidée pour accroitre la concurrence sur le marché de la logistique portuaire. Bien que les nouvelles installations ne soient pas opérationnelles avant plusieurs années, le gouvernement cherche dès à présent à qui en confier l’exploitation. Une chose est sûre : pour parer à toute grève de dockers, la gestion des nouveaux ports d’Ashdod et de Haïfa ne sera pas assurée par une seule entreprise, mais par deux entités privées différentes.  

Deux gazoducs

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Bien plus complexe, la construction de deux gazoducs pour acheminer du gaz off-shore vers la Jordanie. Normalement, l’un partira de Haïfa vers Beth Shéan. Le second, partant d’Ashdod, rejoindra la station de stockage de Sodome, sur la frontière jordanienne. 

Un contrat a été signé avec la compagnie jordanienne NEPCO pour la livraison de 43 milliards de mètres cubes de gaz pendant 15 ans.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, citons la construction, commencée en 2010, sur le site de Timna, du nouvel aéroport d’Eilat. Situé à 18 km au nord de la ville il portera le nom de l’astronaute israélien Ilan Ramon et permettra l’accueil de gros porteurs. Tourisme oblige !

Réfléchir avant d’agir

Naturellement, tous ces projets ont suscité nombre de réactions hostiles. Hormis les écologistes, citons celle du député Dov Henin, persuadé que « l’élargissement de la route n° 1 ne fera qu’encourager davantage de gens à voyager dans leurs véhicules privés, ce qui alourdira d’autant le trafic et provoquera de nouveaux embouteillages. Pour résoudre les difficultés actuelles, il faudrait promouvoir un service efficace de transports en commun et créer une ligne ferroviaire à grande vitesse entre Tel-Aviv et Jérusalem ». Autre constat : tous ces projets ont souvent nécessité deux fois plus de temps que prévu pour se mettre en place. Le temps de la réflexion !

DAVID JORTNER