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Le 6 janvier 2017, le Bitcoin a atteint le niveau record de 1000 dollars. Pour nombre de jeunes cerveaux High-Tech, cette monnaie virtuelle préfigure l’avenir. Pour d’autres, c’est une nouvelle arnaque qui va éponger les placements d’investisseurs imprudents. leMag’ a essayé d’y voir clair.

Pourquoi le Bitcoin ?
Tout commence en 2007 aux États-Unis. Suite à la crise financière des subprimes qui va ruiner des centaines de milliers de petits épargnants, une profonde méfiance s’installe envers les banques et les institutions monétaires. Pour les économistes, la crise est dans l’ordre des choses d’un monde régi par le capitalisme ultralibéral, où des périodes de prospérité alternent avec des moments de crash. L’économie est cyclique, et il faut vivre avec. Mais certains ne l’entendent pas ainsi, et se demandent : jusqu’à quand allons-nous abandonner aux banques l’exclusivité de la création monétaire ? Pourquoi les citoyens du monde entier ne créeraient-ils pas leur propre monnaie ? Parmi ces intellectuels visionnaires, un certain Satoshi Nakamoto, présenté comme un américain d’origine japonaise, publie sur le web en novembre 2008 un article intitulé : « Bitcoin : un système électronique de paiement de personne à personne ».

Le Bitcoin redéfinit ce qu’est l’argent
Pour les économistes traditionnels, la valeur de l’argent se définit par référence à un étalon. Celui-ci a longtemps été l’or, métal précieux par excellence, et symbole incontesté de la notion de richesse. Cette définition, nos visionnaires n’en veulent pas : pour eux, tout ce qui peut servir à valider une transaction est synonyme d’argent. À l’école primaire, autrefois, les fameux Carambars – des confiseries au caramel célèbres dans les années 60 – pouvaient être utilisés comme monnaie d’échange entre écoliers. Dans les îles du Pacifique, des ethnologues ont trouvé que des tribus océaniennes se servaient de coquillages pour évaluer leurs échanges. Dans les camps de prisonniers, la cigarette a pu jouer le rôle de valeur d’échange lors de trocs. Dès lors, dans la mesure où l’informatique est désormais le substrat de nos sociétés industrielles, ces visionnaires ont pensé que seul un algorithme pouvait répondre aux critères essentiels d’une monnaie : infalsifiable et pouvant circuler de main en main, ou plutôt d’internaute en internaute.

Qui est le véritable inventeur du Bitcoin ?
Pour une majorité d’historiens contemporains, Satoshi Nakamoto serait le pseudonyme de la personne ou du groupe qui, de 2009 à 2010, a conçu et créé le Bitcoin, et son logiciel Bitcoin-Qt. Ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’une dizaine d’années avant lui, Wai Daï, un ingénieur informatique qui travaillait pour Microsoft a déposé deux brevets aux États-Unis relatifs à l’invention d’une monnaie cryptographique. Satoshi Nakamato – ou les personnes se cachant derrière ce pseudonyme – aurait repris et développé les travaux de Wai Daï. En tout cas, s’il existe, la fortune de Satoshi Nakamato s’élèverait à un million de Bitcoins, soit près d’un milliard de dollars selon sa cotation en janvier 2017. Mais aujourd’hui, pour tous les observateurs, la paternité du bitcoin n’a pas vraiment d’importance. Comme l’affirme le Pr Emin Gün Sirer, de l’université de Cornell, « les médias feraient mieux de se pencher sur la technologie du Bitcoin et ses implications ».

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Comment créer des Bitcoins ?
Le ou les créateurs du Bitcoin ont décidé que la masse totale des Bitcoins en circulation serait de 21 millions d’unités, chacune étant divisible jusqu’à la huitième décimale. Cette décision est financièrement saine, et bien différente de la politique de toutes les Banques Centrales qui font marcher à tour de bras les presses à billets pour booster des économies fatiguées ! Le nombre de Bitcoins étant limité, pour en créer, il faut – comme si vous étiez chercheur d’or – prendre une pioche et se transformer en « mineur ». Cette opération, le « minage », désigne en fait un certain nombre de calculs informatiques qui vont conduire à la création d’une monnaie virtuelle. À chaque intervention sur le web, le « mineur » crée des « blocs » que les autres opérateurs présents sur le réseau vont valider. Chaque ordinateur ayant participé à une validation se voit attribuer un certain montant de monnaie électronique, au prorata de sa participation au calcul. Au début de son lancement, il était assez facile de créer des Bitcoins. C’est comme chercher de l’or : les premiers mineurs ont plus de chance d’en trouver que les derniers. Au fur et à mesure que se créent des Bitcoins, du fait que la ressource est épuisable, sa valeur augmente et en découvrir devient plus coûteux. À ce jour, participer au calcul des transactions de Bitcoins requiert un investissement très important, puisqu’il est quasiment indispensable d’investir dans des systèmes de cryptographie FPGA ou ASIC pour générer des algorithmes.

Comment acquérir des Bitcoins ?
Du fait que le nombre de Bitcoins est limité, il n’est plus possible aujourd’hui, en 2017, de créer des Bitcoins à l’unité : cette possibilité a été le privilège des premières personnes ayant cru au système. Mais on peut en acheter. On peut même théoriquement acquérir (0,01) des centimes ou des millièmes (0,001) de Bitcoin, sous réserve que l’on veuille bien vous en vendre, car l’opération est peu intéressante pour un trader. Pour en acheter, il faut se rendre sur des plateformes de trading (comme bity.com, site suisse francophone fondé par Alexis Roussel). Ensuite, pour stocker vos Bitcoins, vous devez posséder un porte-monnaie (wallet) : c’est un logiciel (compatible Windows, Linux, Android, BlackBerry, Mac : attention au piratage !) que vous devez installer et qui va automatiquement vous en générer un sous forme d’un algorithme unique.

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AVANTAGES DU BITCOIN

  •  Monnaie indépendante des Banques centrales.
  •  Toutes les transactions sont publiques, mais l’identité des participants est une adresse web.
  •  Cette monnaie ne peut pas être contrefaite. Le protocole de chiffrement est conçu pour résister à une liste impressionnante d’attaques informatiques.
  •  Transferts possibles à l’échelle mondiale et sans plafond ni minima.
  •  Absence d’intermédiaire, le crédit est porté directement sur l’adresse de réception.
  •  Transferts ultrarapides (de quelques secondes à quelques minutes).
  •  Les transactions sont irréversibles et ne peuvent pas être annulées.
  •  Les Bitcoins peuvent être stockés sur un serveur ou une clé USB.
  •  N’importe quel particulier ou société peut transférer des Bitcoins.

INCONVÉNIENTS DU BITCOIN

  •  Le volume des transactions (150 millions de dollars par jour en 2016) est bien inférieur aux flux monétaires internationaux.
  •  D’autres monnaies virtuelles sont apparues et font concurrence au Bitcoin.
  •  La convertibilité du Bitcoin par rapport aux grandes monnaies est très fluctuante. Sa valeur fluctue selon la loi de l’offre et de la demande.
  •  Certains pays (comme la Russie) interdisent les transactions par Bitcoins.
  •  Des Bitcoins stockés sur une clé USB perdue ou abîmée sont définitivement perdus.
  •  Les banques traditionnelles sont farouchement opposées au paiement par Bitcoins et font du lobbying auprès des gouvernements.
  •  La répartition des Bitcoins entre premiers utilisateurs et utilisateurs actuels est très inégale.

Depuis sa création, la valeur du Bitcoin a beaucoup varié
En 2009, un étudiant norvégien en informatique, Kristoffer Koch, investit 150 couronnes (26,60 $) dans l’achat de 5000 Bitcoins. Et puis, il oublie cet achat. Quatre ans plus tard, en avril 2013, à la lecture d’un article sur cette monnaie virtuelle, il se souvient en avoir acheté. Il a alors la surprise de découvrir que ces 5000 Bitcoins valent désormais 886 000 dollars. Avec cet argent, il a pu s’acheter un bel appartement dans un quartier chic d’Oslo.

Tout le monde n’a pas cette chance, d’autant que des événements extérieurs peuvent faire baisser la convertibilité du Bitcoin. Ainsi, en avril 2013, alors que la valeur du Bitcoin atteint les 266 dollars, le FBI effectue une opération antidrogue de grande importance : la fermeture du site internet Silk Road. Toutes les transactions de son fondateur, qui se livre au commerce de drogues à grande échelle, sont en Bitcoins. Du jour au lendemain, la monnaie virtuelle ne vaut plus que 50 dollars l’unité. Mais six mois plus tard, en octobre 2013, elle retrouve une cotation honorable, à 197 dollars. Un investissement en Bitcoin ne s’apparente donc pas du tout à un placement de bon père de famille.

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Quel avenir pour le Bitcoin ?
Depuis sa création en 2009, les autorités américaines ont constaté que le Bitcoin a été majoritairement utilisé comme moyen d’échange par des réseaux criminels pour des jeux d’argents, des achats de substances illicites et des bases de données piratées. La crypto-monnaie a attiré l’attention des régulateurs financiers, des organes législatifs de différents pays et des médias. Mais ces dernières années, la crypto-monnaie a mûri et un nombre croissant d’études concluent que ces activités illégales, bien qu’elles existent toujours comme dans tout système de paiement, ne représentent plus qu’une part minoritaire des échanges. Le Sénat américain reconnaît par ailleurs que le bitcoin permet de fournir des services financiers parfaitement légitimes.
Ces derniers mois, la valeur du Bitcoin a été boostée par la dépréciation des grandes monnaies internationales. Le Bitcoin devient alors une valeur refuge, comme en Chine, où nombre d’entrepreneurs ont reconverti leurs avoirs en Bitcoins suite à la baisse de 10 % de la monnaie chinoise. Même comportement en Inde : en novembre 2016, le gouvernement indien a ordonné le retrait de la circulation des plus grosses coupures, au motif qu’elles alimentaient la corruption. L’annonce a été suivie d’une forte hausse de la demande de Bitcoins, contribuant à l’augmentation de leur valeur.

Ces monnaies virtuelles qui veulent concurrencer le Bitcoin
L’apparition du Bitcoin (BTC, XBT) a suscité la naissance d’autres monnaies virtuelles. Ce sont l’« Ether » (ETH, voir etherum.org), le « Ripple » (XRP, voir ripple.com) et le « Litecoin » (LTC, voir litecoin.org). Une douzaine d’autres existent également : elles sont très similaires au Bitcoin, sont plus simples à utiliser et apportent quelques innovations, comme des vérifications moins longues. Mais le nombre de leurs utilisateurs reste encore très réduit. La plus prometteuse semble être l’« Ether ». Fondée en 2015 à partir de 31 591 Bitcoins (environ 18 millions de francs suisses) par des traders zurichois rassemblés dans la fondation Ethereum, elle a reçu le soutien de prestigieuses institutions financières comme UBS et le Crédit Suisse. Comme toute bonne idée, le succès du Bitcoin a suscité ses propres concurrents…

NB Le mot « Bitcoin » est la jonction de « bit » (unité de base en informatique) et « coin » (une pièce de monnaie, en anglais).