© Lionel Perez - DR

Le maire de Montréal, Denis Coderre, et le maire de Toronto, John Tory, se sont rendus en Israël du 13 au 18 novembre dernier dans le cadre d’une mission économique sans précédent. Accompagnés par des entrepreneurs, hommes et femmes d’affaires et représentants d’organismes institutionnels et communautaires montréalaises et torontoises, les maires ont effectué des déplacements à Tel-Aviv, Jérusalem, Beer Sheva mais aussi à Ramallah et Bethléem. Leur visite coïncidait avec la 4e Conférence internationale HLS & Cyber 2016, portant sur la défense et la cyber-sécurité et la 31e Conférence internationale des maires, organisée par le ministère des Affaires Étrangères israélien. À l’issue de cette visite historique,
leMag’ a eu l’opportunité de s’entretenir avec l’un des plus proches conseillers exécutifs du maire de Montréal, Lionel Perez.

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Lionel Perez © DR

LeMag’ : Comment est née cette mission en Israël ?

Lionel Perez : C’est un projet que nous avions à cœur de mener depuis longtemps. L’année passée, nous avions organisé une mission économique en Chine et cette année, nous sommes venus en Israël. C’est donc notre deuxième mission à l’échelon international. La particularité de ce voyage, c’est que le maire de Toronto et son équipe se sont joints à la délégation du maire de Montréal. Je précise que nous parlons des deux plus grandes villes du Canada. Nous étions au total 120 délégués ainsi que 100 chefs d’entreprise (50 par ville) sans oublier les représentants de diverses institutions communautaires, universitaires etc…

 

Quel en était l’objectif ?

L.P : De nature essentiellement économique. L’idée était que les chefs d’entreprise puissent échanger avec leurs homologues israéliens, notamment dans le domaine des technologies de l’information et plus particulièrement, la cyber sécurité. Nous avons visité le salon HLS (Home Line Sécurity) qui traite des technologies de pointe et innovantes dans le domaine de la sécurité intérieure et de la cyber sécurité. Il y a donc eu des rencontres de haut niveau entre entreprises des deux pays sur ce sujet. Mais nous avons aussi rencontré des entreprises immobilières et des banques. Enfin, le maire de Montréal avait aussi un agenda politique qui l’a amené à rencontrer ses homologues de Tel-Aviv, Beer Sheva et Jérusalem, lesquels ont signé la ‘déclaration du Vivre ensemble’ qui prône l’ouverture et la tolérance, tout en restant vigilant face aux défis sécuritaires.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette déclaration ?

L.P : En juin 2015, se tenait le Sommet international des maires sur le ‘Vivre ensemble’. À cette occasion, les représentants de 23 villes à travers le monde se sont réunis à Montréal pour discuter des enjeux liés à la diversité et à l’inclusion sociale dans les villes et les métropoles. Les discussions de ce Sommet ont donné lieu à un engagement formel des maires envers la création de l’Observatoire international des maires sur le ‘Vivre ensemble’, un outil de collaboration et d’échange des meilleures pratiques pour que la diversité rime aussi avec sécurité.

 

Vous vous êtes également rendus à Ramallah… 

L.P : Oui, afin de pouvoir développer des relations entre les deux municipalités. Denis Coderre pense qu’il est toujours important d’avoir le dialogue le plus élargi possible avec ses homologues des différentes villes.

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Au niveau du gouvernement israélien, qui avez-vous rencontré ?

L.P : Nous nous sommes entretenus avec Youli Edelstein, le Président de la Knesset, Tsipi Hotovely, vice-ministre des Affaires Étrangères, Michael Oren, vice-ministre en charge de la Diplomatie publique. Nous avons beaucoup échangé sur un nouveau mode de diplomatie, que l’on appelle la ‘Diplomatie Urbaine’ qui prend en compte le rôle de plus en plus central des villes. Pour information, en 1900, seulement 10% de la population mondiale vivait dans des villes. Ce chiffre est passé à 40% en 2010 et il sera de 65% en 2035. On ne peut plus faire l’impasse sur ce phénomène d’urbanisation et sur les enjeux que cela implique. C’est la raison pour laquelle des grandes métropoles comme Tokyo, Sydney et prochainement Montréal, ont acquis des pouvoirs supplémentaires qui font d’elles de véritables cités/États. Car de nos jours, la gestion des villes ne se borne plus au quotidien (aménagement, entretien, loisirs) mais doit faire face à des problématiques beaucoup plus complexes comme l’immigration, la sécurité, l’éducation…

Denis Coderre et Lionel Perez sur l'un des stands de la 4e Conférence internationale HLS & Cyber qui  s'est tenue à TLV du 14 au 17 novembre dernier. © Lionel Perez - DR
Denis Coderre et Lionel Perez sur l’un des stands de la 4e Conférence internationale HLS & Cyber qui s’est tenue à TLV du 14 au 17 novembre dernier.
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Dans quelle mesure cette mission a-t-elle été un succès ?

L.P : Une dizaine d’entreprises montréalaises ont signé des contrats avec des sociétés israéliennes. Par exemple, une compagnie israélienne va installer un centre de R&D à Montréal. Il y a eu aussi des protocoles d’échange signés entre l’Université Concordia et l’Université de Tel-Aviv et l’Université Hébraïque de Jérusalem. Vous savez, nous ne sommes pas venus en Israël à cause du marché qu’il représente, car vous le comprenez aisément, le potentiel est assez faible… Ce qui nous intéressait ici, c’est le savoir-faire israélien.

 

D’une manière plus générale, comment se porte la relation israélo-canadienne ? 

L.P : Au cours de la dernière décennie, le Canada a eu un gouvernement fédéral qui était un ardent défenseur d’Israël. M. Harper a été remplacé aux dernières élections par M. Justin Trudeau, un fervent libéral. Ce que l’on peut dire, c’est que le nouveau gouvernement a une vision qui prône le dialogue entre les deux parties, alors que le précédant était de façon inconditionnelle du côté israélien. Mais pour ce qui concerne la sécurité du pays, les positions sont exactement les mêmes. Le Canada est un très grand pays qui compte près de 34 millions d’habitants. À Montréal, nous avons un réseau universitaire très développé avec onze universités et 170 000 étudiants, ce qui nous positionne à la deuxième place en Amérique du Nord, juste après Boston. Notre ville est aussi un hub high-tech avec un très fort positionnement sur le marché de la création de jeux vidéo. Tout ceci crée un environnement naturel qui favorise les relations bilatérales avec Israël.

D’ailleurs, nous possédons un organisme qui se charge de la promotion de Montréal à l’échelon international et il a été décidé qu’il y aurait à présent une personne dédiée aux relations avec Israël. Sa mission sera donc de faire le suivi de cette mission et de développer les échanges. D’ailleurs, une douzaine d’entreprises israéliennes devraient se rendre prochainement à Montréal. Nous allons leur présenter toutes les opportunités présentes dans notre ville, qui offre des avantages économiques certains par rapport à la Sillicon Valley, Boston ou Chicago.

« Veille du Sabbat, au #Kotel (Mur des Lamentations) avec chef Rabbin Rabinovitz et Irwin Cotler pour réciter le qaddich à la mémoire de Leonard Cohen ».  Vu sur le compte Twitter de Denis Coderre © Site du Kotel - DR
« Veille du Sabbat, au #Kotel (Mur des Lamentations) avec chef Rabbin Rabinovitz et Irwin Cotler pour réciter le qaddich à la mémoire de Leonard Cohen ».
Vu sur le compte Twitter de Denis Coderre
© Site du Kotel – DR

Que représente la communauté juive à Montréal ? Est-elle victime d’antisémitisme ?

L.P : C’est une communauté très vivante et très prospère qui compte 90 000 âmes sur les 2 millions que compte la ville. Concernant l’antisémitisme, nous le ressentons très peu par rapport à ce que vit la communauté juive de France, par exemple. Nous vivons notre judaïsme totalement librement et sans aucun problème. Je porte pour ma part la kippa de manière complètement décomplexée. Il existe des incidents épars, mais d’une manière générale, il y a peu de problèmes. D’ailleurs, le maire a créé une unité qui prend en charge les crimes xénophobes, racistes ou antisémites au sein de la police de Montréal. C’est un résultat direct du sommet sur l’antisémitisme que nous avons organisé l’année passée. Il a aussi créé un centre sur la prévention de la radicalisation qui est apparue au Canada – de manière bien moindre qu’en Europe – et sur laquelle nous concentrons beaucoup d’efforts afin qu’elle ne puisse pas se développer.