Alors que le dollar et l’euro ont recours à la planche à billets pour faire redémarrer leurs économies, le shékel – contraint de pratiquer la même politique – se maintient face à de puissantes Banques Centrales qui jouent leurs monnaies à la baisse.

Les monnaies fortes sont la preuve d’économies fortes, mais une monnaie trop forte entrave l’économie. Voilà pourquoi de nombreux pays à travers le monde travaillent pour affaiblir leurs monnaies locales par rapport aux autres devises : elles se donnent ainsi un avantage concurrentiel sur les autres pays dans le marché mondial. Ce phénomène a été appelé la « guerre des devises » – un conflit qu’Israël n’a pas choisi.

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Suite à la dévaluation du dollar, de l’euro et du yen, la monnaie d’Israël s’est considérablement renforcée au cours des deux dernières années. Le dollar américain a perdu plus de 10 pour cent par rapport au shékel. Fin juillet, il se situait aux alentours de 3,77 shékalim. Quant à la monnaie européenne, on est bien loin du temps où, comme en octobre 2005, un euro s’échangeait contre 5,65 shékels ! En juillet, le taux de change de la devise européenne a atteint l’un de ses niveaux les plus bas : 4,11 shékels. En 10 ans, l’euro a perdu près de 20 % de sa valeur. Cette décote pénalise ceux qui perçoivent une retraite en Israël suite à une activité professionnelle en France, ou ceux qui ayant acheté un bien immobilier en Israël en paient les mensualités à partir d’un compte en euros.

Qui souffre d’un shekel fort ? 

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Ceux qui portent le poids d’un shékel fort sont les exportateurs dont le revenu est en monnaie étrangère, mais dont les dépenses sont principalement en shekel tels que les fabricants de produits électroniques, pharmaceutiques et chimiques.  Dès février 2014, Tsvika Oren, le président de l’Association des industriels et chefs d’entreprises, déclarait : « La trop forte parité du shékel par rapport au dollar est beaucoup plus dangereuse que les menaces de boycott : quand nos produits arrivent sur le marché américain, ils ne sont pas vraiment compétitifs. Les Américains font baisser leur monnaie pour doper leurs exportations et cela ne nous avantage pas du tout. » En raison de la forte appréciation du shekel, les fabricants israéliens ont du mal à rivaliser avec les produits importés, ce qui peut les conduire à réduire leur production, voire à licencier. Or les exportations de biens et services représentent environ 38 pour cent du PIB d’Israël. Pour la même raison, Israël est de plus en plus cher pour les touristes. Les difficultés à exporter font qu’en avril 2015 la balance israélienne des paiements accusait un déficit de 1,510 milliard de dollars.

A qui profite un shekel fort ?

Ceux qui profitent d’un shekel fort sont les importateurs et les commerçants, qui peuvent (mais le font-ils ?) répercuter sur les consommateurs leurs marges sur des produits achetés moins chers. Mais à long terme, cet avantage ne peut pas durer, car importer trop signifierait mettre au chômage les industries locales, en particulier celles où la main-d’œuvre est importante.

Pourquoi le shekel est-il fort ?

Ceux qui profitent d’un shékel fort sont les importateurs et les commerçants, qui peuvent (mais le font-ils ?) répercuter sur les consommateurs leurs marges sur des produits achetés moins chers. Mais à long terme, cet avantage ne peut pas durer, car importer trop signifierait mettre au chômage les industries locales, en particulier celles où la main-d’œuvre est importante.

Pourquoi le shékel est-il fort ?

Outre la vigueur de l’économie, d’autres causes l’expliquent. Par exemple, le secteur de l’énergie provoque des excédents en devises grâce à la découverte de gaz naturel en Israël (conduisant à des économies sur les importations d’énergie). Par ailleurs, des obligations à taux d’intérêt élevés émises par la Compagnie israélienne d’électricité ont ajouté 1,56 milliard de $ aux finances publiques en 2013. Dans le secteur de la sécurité, l’aide de l’armée américaine pour un montant total de 3 milliards de $ représente des économies importantes sur les importations militaires, tandis que les exportations d’armements israéliens ont atteint 7 milliards de $ (en 2012). Enfin, les cessions de start-ups israéliennes à des entreprises étrangères en 2014 ont fait rentrer 15 milliards de dollars dans l’économie d’Israël. Tous ces secteurs contribuent au renforcement du shékel.

Comment Israël a-t-il réagi face à la baisse des principales monnaies ?

À ce jour, la Banque d’Israël (BDI) a tenté d’empêcher l’appréciation du shekel d’abord en diminuant ses taux d’intérêt – ce qui a pour effet de décourager les investisseurs de placer leurs avoirs en shékalim. Ensuite, en achetant des millions de dollars : au 1er janvier 2015, ses réserves en monnaie étrangère s’élevaient à 86 milliards de dollars, de quoi faire face à une situation extrême – guerre, catastrophe naturelle – qui obligerait Israël d’importer de grandes quantités de biens. L’idéal serait de fixer un taux de change plus bas pour le dollar, mais dans un système régi par la loi de l’offre et de la demande, cette possibilité est exclue.

Comment se fixe le taux de change ?

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En théorie, le taux de change marque le point d’équilibre entre les monnaies de deux pays. Pour prendre un exemple célèbre, si un sandwich coûte 2 euros en France et 3 dollars aux USA, comme le taux de change doit être tel que le prix soit le même dans les deux pays, on aura donc 1 euro = 1,50 dollar. Cela à condition que la concurrence soit parfaite (hors réglementation, douane, frais de transport, etc.). Mais il faut relativiser cette explication, car d’autres facteurs interviennent, comme le niveau de l’inflation, l’endettement des ménages, l’état de la balance des paiements.   

DAVID JORTNER