Pensez au secteur de l’automobile… Un certain nombre de pays vous viennent à l’esprit: le Japon, l’Allemagne, la Corée du Sud, les USA, la France, etc… Mais certainement pas Israël ! En effet, aujourd’hui, sur le sol israélien, on ne trouve aucune filiale de distribution et, encore moins d’usine d’assemblage. Au cours des trente dernières années, le pays s’est à peine contenté d’exporter des roues POURQUOI ? Cette question mérite d’être posée. Beaucoup répondront qu’avec un marché intérieur aussi minuscule et peu d’ingénieurs compétents, il serait impossible d’implanter une industrie lourde. D’autres pointeront l’instabilité politique qui ne plaide pas en la faveur d’une industrie automobile. Enfin, les derniers expliqueront qu’avec un taux de 384 véhicules pour 1000 habitants, le pays ne peut se targuer d’être l’un des premiers consommateurs en matière automobile ! Et pourtant … Oui, et pourtant : il n’en a pas toujours été ainsi au pays où coulent le lait et le miel ! Il fut un temps où il existait bel et bien une industrie automobile israélienne. LeMag’ a décidé de retranscrire quelques bribes d’histoire de ces voitures « made in Israël » qui font pour ainsi dire partie du patrimoine national.

Autocars Co. Ltd ?                                                 

Ce nom ne rencontre aucun écho dans le paysage automobile actuel. Pourtant, il fut un temps où ce nom signifiait : « voitures de fabrication israélienne ». Ni clinquantes ni rutilantes, ces voitures de forme cubique, extrêmement rudimentaires (sans ceinture de sécurité ou clignotant, pourvues d’un moteur aussi puissant que celui d’un scooter !!!), font partie de l’histoire d’Israël et d’une industrie qui s’est avérée florissante durant un certain temps, à la fois dans le pays et au-delà de ses frontières. Début des années 50, Autocars, « constructeur automobile’’ doté d’un petit atelier situé à Haïfa, cherche un partenaire de poids pour produire les toutes premières voitures « made in Israël’’. C’est Reliant, le célèbre concessionnaire automobile anglais, spécialiste des carrosseries en fibre de verre, qui l’aide à produire ses premiers véhicules à trois-roues. Les débuts de la marque sont prometteurs. En 1951, David Ben Gourion, alors Premier ministre, honore même de sa présence l’inauguration de l’usine ! Autocars décide alors de voir un peu plus grand. C’est tout naturellement qu’elle se tourne vers son partenaire britannique et commence à produire sous licence une version à quatre roues de la fourgonnette Reliant Regent. Le premier modèle de la société se nomme Sussita (mot araméen désignant une jument). Entièrement dessinée par Reliant, disponible en versions van, break ou pick-up, cette voiture dotée d’une carrosserie en fibre de verre et équipée d’un moteur Ford Anglia, naît en 1959. Tout d’abord exportée en pièces détachées du Royaume-Uni pour être réassemblées à l’usine Autocars, la Sussita génère un réel engouement au niveau local et devient très rapidement (en moins d’un an) le modèle le plus vendu en Israël ! La production se fait dès lors entièrement sur place. Face à ce succès fulgurant, Autocars décide de s’attaquer au marché inter-


 

 

 

                                                                                                             national. De par sa situation géopolitique, Israël ne peut vendre aux pays voisins. Les dirigeants d’Autocars se tournent alors plus loin et visent l’Amérique prospère d’après guerre. La Sussita est présentée lors d’une foire commerciale qui se déroule à New York en 1960. Son prix d’achat défiant toute concurrence rencontre un accueil enthousiaste : 600 exemplaires sont commandés sur place ! Ces voitures vendues aux États-Unis – et par la suite au Canada – sont rebaptisées : « Sabra » (originaire d’Israël).

Sur cette lancée encourageante, Its’hak Shubinsky, l’ambitieux directeur d’Autocars, remarque quelques mois plus tard le coupé Ashley GT au London Sports and Racing Car Show et décide que c’est exactement ce dont son usine a besoin pour s’implanter définitivement sur le marché américain. Il achète le dessin et les moules nécessaires à la fabrication de la carrosserie, et charge Reliant de les réadapter pour exporter son propre modèle outre-Atlantique. Une nouvelle usine est construite à Haïfa pour anticiper l’augmentation  des volumes prévus. La Sabra Sport est présentée au salon de l’automobile newyorkais en 1961. Impatient de voir le modèle lancé, Shubinsky demande à ce que les 100 premiers modèles soient entièrement construits au Royaume-Uni pour être ainsi directement exportés aux États-Unis (seule une douzaine de modèles seront produits en Israël entre 1961 et 1963). Mais cette ambitieuse campagne d’exportation tourne court. Les ventes outre-Atlantique cessent définitivement en 1964. 144 Sabra sport de fabrication britannique et 41 de fabrication israélienne sont importées aux États- Unis. Si la voiture est peu chère, elle est aussi de piètre qualité…

Afin de rentabiliser son investissement, Reliant lance alors la voiture au Royaume-Uni en la rebaptisant « Sabre’’, un nom sonnant plus british.

De son coté, de retour à Haïfa, Autocars tente de redorer son blason au niveau local. La marque lance une nouvelle génération de voitures familiales. La Carmel, berline à deux portes dotée d’un moteur Ford Cortina (qui deviendra le modèle emblématique d’Autocars) et d’une carrosserie de forme cubique dessinée par Reliant, voit le jour fin 1961. S’en suit une gamme de Sussita restylisées entre 1963 et 1964. Cependant, Autocars, essuyant encore son échec américain, fait faillite en 1964.

Peu importe ! La marque ne se laisse pas démonter et devient une filiale de Leyland-Triumph qui rachète l’usine en 1965. En 1966, la Gilboa, version à quatre portes du modèle Carmel dotée d’un moteur Triumph, apparaît sur le marché. Dès 1968, Autocars assemble des Triumph 1300 à carrosserie en métal sous forme de pièces détachées envoyées d’Angleterre et revendues en Israël sous le nom de Zafer.

En 1970, Autocars lance la production du Dragoon, un utilitaire toutterrain de petite taille issu de la gamme Triumph. Malgré toutes ces tentatives commerciales, les ventes n’arrivent pas à décoller. En 1974, British Leyland décide donc se débarrasser de cette encombrante filiale. Autocars est alors rachetée par Rom Carmel Industries, dont elle prend le nom. La même année, elle lance la Simca. Nouvel échec cuisant pour la petite marque nationale ! En 1978, la marque, à bout de souffle, est rachetée par Urban Industries. Mais la concurrence des voitures étrangères importées aura raison de la petite firme israélienne qui cesse cesse définitivement sa production en 1981…

Aaron Lévy