À chaque fois que le Moyen-Orient s’embrase, on croit revivre les mêmes cauchemars. Depuis 2000, nombre d’agressions ont secoué la communauté juive, faisant des synagogues et écoles, des fidèles ou membres de la communauté juive autant de cibles tout au long de ces deux dernières décennies. Pourtant tous les con its du monde ne suscitent pas une telle passion. Étrangement, le con it israélo-palestinien, un con it qui est à la fois distant, étranger et complexe, semble cristalliser toutes les émotions. Pourquoi ?

Le conflit israélo-palestinien n’a pas toujours été aussi fort en France. Dès les premières années après la création de l’État d’Israël jusqu’à la guerre des six jours en 1967, la cause palestinienne fait rarement partie du débat national français. Plus encore, les Palestiniens semblent ne pas exister ! Ce sujet est une préoccupation uniquement pour le monde arabe.

La plupart des Français se souvenant encore de la Shoah, de la campagne de Suez en 1956 et de la guerre d’indépendance algérienne avec le rapatriement de milliers de Pieds Noirs des colonies, soutiennent principalement le projet sioniste. C’est dans les années 1980 que la situation au Moyen-Orient commence à avoir plus d’impact en France. Un certain nombre de prises d’otages, d’assassinats et d’attaques secouent le public français pendant la guerre civile libanaise. Une série de commandos est alors lancée à l’encontre de cibles juives, rappelons l’attentat de la synagogue libérale de Copernic, en octobre 1980 et ce- lui du restaurant Goldenberg dans le quartier parisien du Marais, en 1982. Cependant, à partir des années 1990, une nouvelle dynamique est en marche : les actes de violence liés au Moyen-Orient ne sont plus com- mis par des commandos externes mais bien par des citoyens français qui commencent progressivement à s’identifier au con it israélo-palestinien. Suite à la première Intifada (1987-1993) et à l’échec des négociations d’Oslo (1993-1995) et de Camp David II (2000), une majorité de Français épouse la cause palestinienne. La Deuxième Intifada, en automne 2000, sera à l’origine de nombreuses manifestations pro-palestiniennes, violences antisémites et affrontements sur le sol français.


Les Juifs français ont toujours représenté environ 1% de la population française. Cette population juive vit principalement à Paris et dans sa région, la capitale parisienne étant le lieu du pouvoir et de la prise de décision en France. Leur relative réussite et leur solidarité leur ont permis de construire un lobby informel, c’est à dire un ensemble d’organisations défendant les droits et intérêts de la communauté juive, assez puissant pour être capable d’influencer la politique étrangère française en ce qui concerne Israël. C’est sa raison d’être aujourd’hui, car malgré le fait que la France soit très proche de nombreux pays arabes, le pays se considère toujours comme «un ami d’Israël».


Au cours des quinze dernières années, la mondialisation amplifie l’impact du conflit sur la société, en raison des médias omniprésents et de l’essor des réseaux sociaux. Le con it, à coup d’identification ou de sur-médiatisation, s’importe alors en France. En conséquence, les passions communautaires se déchainent. Les Juifs français ont de plus en plus peur, et pour cause !

Des actes antisémites de plus en plus violents se multiplient, tels que l’enlèvement, la torture et l’assassinat, en 2006, du jeune Ilan Halimi, par le «gang des barbares», le meurtre prémédité de jeunes enfants juifs au sein de l’école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012, le terrible attentat de l’Hyper Casher de Vincennes en 2015, l’assassinat par défenestration de Sarah Halimi à Paris en avril 2017, ou encore celui plus récent de Mireille Knoll, poignardée et brûlée par son jeune voisin maghrébin… L’hostilité envers Israël et les Juifs est pour ainsi dire devenue une partie intrinsèque du processus par lequel certains musulmans français, principalement d’origine nord-africaine, se définissent dans la société française. La diffusion d’images spectaculaires avec zoom sur les blessures sanglantes des victimes palestiniennes distillées ci et là sciemment par les médias fait que ces jeunes maghrébins s’identifient volontiers à cette cause révolutionnaire ; les ‘pauvres Palestiniens’ devant faire face à une occupation illégitime, comme beaucoup de leurs ancêtres, et à un État colonisateur et meurtrier… Dès lors, ils se focalisent sur les victimes de Gaza faisant totale- ment l’impasse sur celles d’autres crises régionales (Libye, Syrie et Irak).


Serge Moati

Si la France compte toujours la communauté juive la plus importante d’Europe avec environ 470 000 personnes, c’est aussi celle qui a connu l’une des vagues de départs vers Israël des plus marquantes ces dix dernières années. Le journaliste et documentariste, Serge Moati, relate dans Juifs de France, pourquoi partir ?
le parcours de ces Juifs français ayant choisi de s’installer en Israël. « Les raisons sont claires. Les Juifs français ont connu trois chocs immenses : le meurtre d’Ilan Halimi en 2006, la terrible tuerie de Mohammed Merah à Tou- louse en 2012, et l’horreur de l’Hyper Casher en 2015. Ils me l’ont dit : ils ne re- connaissent plus la France. À l’insécurité s’ajoutent la peur des attentats, la hantise des agressions dans
la rue parce que porter une kippa fait de vous une cible. Alors ils s’en vont !».


De surcroit, la montée de l’islam salafiste en France, avec une vision extrême qui incite à la haine des «infidèles» et des «croisés» juifs et occidentaux, rend ce type de pensées encore plus répandues. L’antisionisme devient alors LA couverture de l’antisémitisme ! Et ce, même au sein de la société française. Pour preuve, selon un sondage BVA entre 2000 et 2004, les Français ont davantage de sympathie pour la cause palestinienne que pour celle des Israéliens, le taux étant passé de 18 à 34% en quatre ans. En 2010, selon un sondage Ifop, 24 % des Français estiment que les Israéliens sont responsables de la non-résolution du con it. C’est ainsi que depuis vingt ans, les Français s’inclinent plutôt en faveur des Palestiniens, cette orientation étant d’autant plus forte que l’on est jeune, diplômé et de gauche…

 » L’ANTISÉMITISME EST LE DÉSHONNEUR DE LA FRANCE, L’ANTISÉMITISME EST LE CONTRAIRE DE LA RÉPUBLIQUE « 

a déclaré le Président français, Emmanuel Macron, lors du dîner annuel du Crif* qui s’est tenu en mars dernier à Paris. Il rajoute par ailleurs que beaucoup continuent à « détourner la cause palestinienne sur le sol français pour justifier l’antisémitisme ».