Le 8 octobre dernier, la famille du sergent Ronen Lubarsky, tué par un terroriste pendant une opération près de Ramallah, a refusé d’assister au procès de son meurtrier, qui devait comparaître devant la Cour de justice militaire de Judée Samarie. Pour justifier leur attitude, ils ont expliqué que la décision de ce tribunal d’exclure a priori la peine de mort était « malvenue et honteuse ».

BENYAMIN NETANYAHOU,
PREMIER MINISTRE

 

AVIGDOR LIBERMAN,
MINISTRE DE LA DÉFENSE

 

OFIR AKOUNIS,
MINISTRE DE LA SCIENCE
ET DE LA TECHNOLOGIE

 

ELI BEN DAHAN,
VICE-MINISTRE DE
LA DÉFENSE

 

NAFTALI BENNET
MINISTRE DE L’ÉDUCATION

 

“ISRAËL NE TRAITE PAS LES TERRORISTES COMME IL LE DEVRAIT”  

Naftali Bennett

La peine capitale n’a été appliquée qu’une seule fois : Adolf Eichman a été exécuté à Jérusalem, le 31 mai 1962.

Adolf Eichman

 

 

Devant quelques journalistes, la famille a accusé « l’establishment juridique de se positionner au-dessus de l’establishment politique ». Ils font valoir qu’au cours de leurs rencontres avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou, le Procureur général de l’Armée et d’autres hauts responsables de la défense, on leur a assuré qu’il était possible que le meurtrier de leur fils soit condamné à la peine capitale. Les parents de Ronen Lubarsky – soldat émérite dans l’unité de contre terrorisme Douvdevan – sont d’autant plus révoltés que l’assassin de leur fils a fait savoir qu’il plaiderait non coupable.
L’attitude de cette famille rejoint celle de plusieurs personnalités politiques qui appellent à un change-ment radical de la législation et à un retour de la peine de mort contre les terroristes. C’est le cas du ministre de la Défense Avigdor Liberman, du vice-ministre de la Défense Eli ben Dahan, du ministre de la Science et de la Technologie Ofir Akounis et du ministre de l’Éducation Naftali Bennet. Ce dernier a d’ailleurs déclaré  : «  Israël ne traite pas les terroristes comme il le devrait. Ce terroriste va toucher 15 000 shekels par mois de la part de l’Autorité palestinienne. Un État qui est capable de dénicher les documents secrets du programme nucléaire iranien doit-il continuer à tolérer cela ? » On peut donc anticiper qu’un moment arrivera où l’opinion n’acceptera plus de se satisfaire de l’attitude du Premier ministre Netanyahou qui, rassurant, persiste à affirmer qu’« Israël continuera à traduire en justice tous ceux qui attaquent ou essaient d’attaquer des civils ou des militaires ».
Pour information, Israël a aboli la peine de mort en 1954, la réservant à ceux qui se rendraient « coupables de génocide, de crime contre l’humanité, de crime de masse, de trahison ou de crime contre le peuple juif  ». La peine capitale n’a été appliquée qu’une seule fois : contre Adolf Eichman, exécuté à Jérusalem le 31 mai 1962.

Plusieurs éléments bloquent le re-tour de la peine de mort dans la législation israélienne. Il y a d’abord la volonté de l’État hébreu de ne pas apparaître sur la scène internationale comme une entité extrémiste et sanguinaire, afin d’être accepté comme un État «  normal  » dans le concert des nations. C’est pourquoi Israël a soutenu le 18 décembre 2008 la résolution de l’ONU appelant à un moratoire mondial sur les exécutions. Il y a aussi le souvenir malheureux de l’erreur judiciaire qui condamna à mort le capitaine de la Hagannah Meir Tobiansky. Fusillé le 30 juin 1948 – après un procès bâclé, quelques semaines après la proclamation de l’État – il fut disculpé et réhabilité l’année suivante. En juillet 1949, on l’inhuma au mont Herzl avec tous les honneurs militaires. L’autre élément qui bloque une éventuelle révision législative est la méconnaissance de la Torah par nombre de Juifs eux-mêmes. Ain-si on se satisfait de la lecture chrétienne du commandement «  Tu ne tueras pas » : en aucune circonstance, ne verse pas le sang, retiens ta main et tends l’autre joue… Pour Maurice Ruben Hayoun, spécialiste de philosophie médiévale et de littérature biblique : « Le Peuple juif souffre d’un mal incurable depuis son apparition sur la scène de l’histoire mondiale : l’obsession de l’éthique. Puisqu’il considère que son existence est coextensive à celle de Dieu lui-même, qui gouverne son monde selon l’équité et la justice, sa conduite se doit d’être exemplaire ». Certains vont plus loin et invoquent la nécessaire obéissance aux grands maîtres de la tradition rabbinique, et notamment à Rambam (Maïmonide) qui déclara qu’« il est préférable d’acquitter

mille personnes coupables plutôt que de mettre un innocent à mort  ». Mais d’autres font valoir que cette même tradition est battue en brèche par le Talmud lui-même. Antérieur de plusieurs siècles à Rambam, le traité Bérakhot  58a, sur le verset 22,1 du Livre de l’Exode, affirme sans ambages  : «  Si quelqu’un vient pour te tuer, prends les devants et tue-le  !  ». À ce jour, le seul responsable religieux à promouvoir cette lecture est le Grand rabbin séfarade Its’hak Yossef, qui n’a pas hésité à déclarer : « Les terroristes doivent savoir que s’ils attaquent, ils ne resteront pas en vie. Il faut les dissuader. C’est une mitsva de les tuer ». Et d’ajouter, un rien provocateur (c’était en mars 2016) : « N’ayez pas peur des tribunaux ou du Chef d’État-major… ».
En attendant, en continuant à punir les terroristes comme des délinquants de droit commun, Israël ne fait qu’encourager de nouveaux assassins à passer à l’acte.

David Jortner

 

 

 

 

 

 

 ERREUR JUDICIAIRE
Meir Tobiansky
Fusillé le 30 juin 1948,
après un procès
bâclé, le capitaine de
la Hagannah, Meir
Tobiansky, fut disculpé
et réhabilité l’année
suivante. En juillet
1949, on l’inhuma
au mont Herzl avec
tous les honneurs
militaires…

 

” LES TERRORISTES DOIVENT SAVOIR QUE S’ILS ATTAQUENT, ILS NE RESTERONT PAS EN VIE.
IL FAUT LES DISSUADER. C’EST UNE MITSVA DE LES TUER ”                                                                           dixit le Grand rabbin séfarade Its’hak Yossef.