En Israël, les affaires hélas ne manquent pas, qu’il s’agisse de dossiers alimentaires, politiques, immobiliers, de corruption ou autres. Bref, l’éventail des domaines touchés par les malversations, les détournements de fonds, les abus de biens sociaux ou le harcèlement est vaste. Bienvenue dans l’univers glauque du pouvoir et des grandes industries.

Scandales alimentaires, des affaires difficiles à avaler

Ces dernières décennies, Israël a connu plusieurs crises impliquant de grands groupes. En 1995, deux scandales éclaboussent l’industrie agroalimentaire. D’abord, la société Zoglobek, considérée comme le leader dans le secteur de la saucisse, est accusée de reconditionner la nuit en cachette des tonnes de viande périmée pour les recommercialiser. La firme nie tout mais les consommateurs la boycottent et les ventes de la marque chutent. Ensuite, l’usine Tnuva est soupçonnée d’ajouter de grandes quantités de silicone dans son lait à faible teneur en matière grasse. Ici aussi, la compagnie nie tout au début, puis avoue. Treize ans plus tard, elle est condamnée à rembourser les consommateurs à hauteur de 38,5 millions de shekels. Argent qui sera en fait reversé à la recherche.

En 2003, la plus grave intoxication alimentaire de l’histoire d’Israël bouleverse le pays. Carencé en vitamine B1, importante pour le métabolisme des glucides et le fonctionnement du système nerveux, le lait maternisé produit par la firme allemande Humana et commercialisé par Remedia conduit à l’hospitalisation de nombreux enfants en bas âge. Trois bébés meurent et au moins 23 sont gravement atteints. Depuis, la société Remedia a fermé et les aliments pour nourrissons en Israël sont soumis désormais à des tests plus rigoureux.

Plus proche de nous en 2016, l’affaire de la Salmonelle dans les céréales pour petit déjeuner entache la société Telma. La production se voit momentanément suspendue par le ministère de la Santé.

 

Scandales politiques : morale contre intérêt personnel

Depuis des années, ces affaires effeuillent la vie des différents gouvernements israéliens où le conflit entre valeurs et autorité voit transgresser les normes et les codes culturels. Quelques exemples : en 1977, alors que posséder un compte en banque en dollars américains est interdit par les règles monétaires israéliennes, la presse révèle qu’Yitzhak Rabin, Premier ministre de l’époque, en possède un au nom de sa femme. Reconnaissant les faits, il démissionne.

En 1997, éclate l’affaire Bar-On Hevron. Le parti religieux Shas, alors dans la coalition avec le Likoud au pouvoir, soutient le vote du retrait de Tsahal de Hébron en échange de la nomination de l’avocat Roni Bar-On en tant que procureur général, afin que celui-ci plaide l’indulgence lors du procès d’Arié Deri, pour que le chef du parti orthodoxe séfarade puisse poursuivre sa carrière politique malgré les accusations de corruption qui pèsent contre lui.

Enfin entre 1998 et 2001, l’entrepreneur David Appel recrute Guilad Sharon, fils du ministre des Affaires étrangères Ariel Sharon, comme « conseiller touristique » afin de l’aider dans un projet d’investissement dans une île grecque pour des installations balnéaires qui ne voient jamais le jour. Sharon père use de sa position pour faciliter les choses à l’employeur de son fils auprès des autorités grecques.

Corruption : quand argent et pouvoir font mauvais ménage

L’abus de pouvoir à des fins privées tente nombre de personnes haut placées.

En 1963, le directeur adjoint du ministère de la Santé, Yehuda Spigel, est arrêté après que des plaintes soient déposées pour paiement de pots de vin en contrepartie de l’obtention du permis de construire d’un projet d’hôpital à Tel Guiborim (le futur Centre Médical Wolfson à Holon). Spiegel se voit accusé de corruption et, fin 1964, condamné à deux ans de prison.

La décennie suivante, en 1976, Asher Yidlin (Avoda), ancien Directeur général de la caisse maladie Clalit, nommé au poste de Gouverneur de la Banque d’Israël par le gouvernement Rabin, est convoqué par le conseiller juridique Aaron Barak, pour corruption. L’accusé prétend que l’argent reçu a été versé aux caisses de son parti. Finalement, Yadlin écope de cinq ans de prison.

En 1980, une information judiciaire est ouverte à la suite du licenciement de Shlomo Golan, membre du conseil local de Gan Yavné, qui a révélé que plusieurs autorités locales servaient de boîtes aux lettres pour transférer des fonds du ministère de l’Intérieur aux institutions du Mafdal (parti national religieux). Mais l’investigation ne débouche pas sur un acte d’accusation.

© DR – Elyakim Rubinstein

En 2001, le procureur général Elyakim Rubinstein ordonne d’ouvrir une enquête suite à des suspicions d’infractions pénales commises par Ariel Sharon lors des élections internes du Likoud : « la ligne de démarcation entre primaires et activités en tant que Président du parti a été franchie ».

© DR – Avigdor Lieberman

En 2009, la police israélienne recommande au Procureur général de l’État d’inculper Avigdor Lieberman, alors ministre des Affaires étrangères, pour blanchiment d’argent, corruption, fraude, subornation de témoins et entrave à la justice. Mais ce n’est qu’en décembre 2012 que le leader d’Israël Beiteinou est inculpé pour « fraude et abus de confiance » après avoir muté l’ambassadeur israélien en Biélorussie au poste d’ambassadeur en Lettonie en échange d’informations confidentielles de la police sur une enquête menée contre lui. Il est alors obligé de démissionner de ses fonctions. Un an plus tard, il est acquitté et retrouve son poste suite à un vote quasi unanime à la Knesset.

Débauche, mensonges et affaires publiques

Israël n’échappe pas à la règle. En 1969, Moshé Dayan, ministre de la Défense, paye 10 000 lires à l’une de ses maitresses, Elisheva Tchizas, quand elle menace de le poursuivre pour avoir violé une promesse de mariage.

De 2000 à 2007, l’affaire Katsav fait les gros titres. Le chef de l’État, accusé de divers forfaits sexuels, est condamné à sept ans de prison ferme ainsi qu’à payer une amende de 100 000 shekels à une ancienne assistante ministérielle victime de viol, et 25 000 shekels à une ancienne employée de la résidence présidentielle victime d’harcèlement.

En 2010, le juge de Nazareth, Yitzhak Cohen, est accusé d’harcèlement envers l’une de ses employées. Bien que le magistrat ait démissionné depuis, un accord de plaider-coupable, toujours en cours d’examen, pourrait lui permettre d’échapper à la prison et à être condamné à effectuer seulement une peine d’intérêt général et à payer quelques milliers de shekels…

Dernièrement, en juillet 2016, le général Ofek Buchris démissionne après être lui aussi inculpé du viol d’une soldate. Or avoir une relation, même consentie, avec une subordonnée est interdit au sein de l’armée.

Scandale immobilier : Holyland, une affaire pas très en odeur de sainteté

© DR – Complexe immobilier
Holyland à Jérusalem
© DR – Ehoud Olmert.
Ehoud Olmert,
1er ministre d’Israël de 2006 à 2009, a été libéré de prison en Juillet 2017. Condamné pour corruption, il y a passé seize mois, avant d’obtenir une remise en liberté anticipée.
Principales charges retenues contre lui : D’importants pots-de-vin touchés dans le cadre du projet Holyland.
Il est le 1er chef d’un gouvernement israélien à avoir purgé une peine de prison.

Au début des années 2000, un complexe immobilier au sud de Jérusalem est édifié sur une colline de la capitale. Le projet de tours de 8, 12 et 32 étages qui comptent plus d’un millier d’appartements résidentiels de prestige obtient les permis de construire nécessaires de la municipalité dirigée en son temps par Ehoud Olmert.

L’ensemble bénéficie de multiples dérogations concernant le plan d’occupation des sols, ce qui permet d’augmenter le nombre de logements au-delà des limites imposées par la mairie et de défigurer le paysage.
Finalement, l’ancien Premier ministre est reconnu coupable par la justice d’avoir accepté les pots-de-vin des promoteurs du projet, et condamné à de la prison ferme.

On le voit, ces cas témoignent du travail objectif de la police, de la presse et de la justice. Mais pour combien de scandales non poursuivis ?

Noémie Grynberg