►►► DOSSIER SCANDALES (22 pages)

Il en éclate régulièrement. Ils font la Une des journaux, animent des débats passionnés à table ou sur les réseaux sociaux, et n’épargnent personne. Ils sont d’ordres politique, financier, alimentaire, sanitaire, sexuel… Bref, les scandales sont partout, et de plus en plus facilement révélés grâce aux technologies de l’information. Au-delà de l’indignation qu’ils soulèvent, leMag’ s’est penché sur la place qu’occupent les scandales dans la société israélienne.
  • LES SCANDALES : INDICES DE CORRUPTION OU DE TRANSPARENCE DÉMOCRATIQUE ? (p.32)
  • PLONGÉE DANS LES EAUX TROUBLES DU SCANDALE (p.34)
  • PEUT-ON TOUT DIRE ? (p.46)
  • SHANA AARONSON : « LEVER LE VOILE SUR CES SCANDALES DONT ON NE PARLE PAS » (p.48)

Agir de manière malhonnête, en contradiction avec la morale, la déontologie, les usages, voilà en quoi consiste le scandale. Il a pour effet de produire l’indignation au sein de l’opinion publique et de heurter la conscience collective. Inéluctable car inhérent à la nature humaine, est-il cependant nécessairement négatif ou au contraire, produit-il un sursaut salutaire à la vie de la cité ? C’est ce que nous allons tenter de discerner tout au long de ce dossier.

Des pays où jamais aucun scandale n’éclate, nul n’en connait. Aussi démocratie ne rime-t-telle pas forcément avec « probité candide ». Même les modèles libéraux les plus vertueux connaissent quelques dossiers embarrassants. Seul dans les régimes ‘’forts’’, voire tyranniques, personne n’entend parler d’affaires. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. Seulement, elles ne sortent pas au grand jour, ne sont pas dévoilées au public ni à la presse et restent jalousement cachées sous le tapis par un pouvoir autoritaire. Autrement dit, là où il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de scandale.

Dans ces conditions, que dit-il du point de vue de la démocratie ? Il permet en fait de signaler les faiblesses du système et donc de consolider l’indépendance des institutions qui jouent leur rôle de garde-fou, de rendre des comptes aux citoyens et de réguler les conflits d’intérêt au sein d’une société basée sur le principe de légalité. Car seules les démocraties substantielles, fortes de leur séparation des pouvoirs et des sphères politiques/civiles, demeurent assez robustes pour se confronter à leurs propres failles sans risquer la déliquescence de leur structure tout entière.

Aussi, le dévoilement des affaires, quelles que choquantes soient-elles, témoigne en fait de la bonne santé du monde libre. Leur révélation confirme les valeurs fondamentales des sociétés ouvertes telles que : liberté de la presse, droit du public à l’information, État de droit, indépendance de la justice, égalité devant la loi, etc.

Ce qui signifie que dans un régime libéral fondé sur la responsabilité individuelle, les ‘’pourris’’ sont traités au regard du droit alors que dans un régime oligarchique reposant sur les privilèges d’une classe dominante, les délinquants sont jugés (ou non) suivant leur proximité avec le pouvoir.

On peut ainsi affirmer que le véritable scandale est celui qui n’éclate jamais, qui est tu, dissimulé, occulté. Au contraire, celui qui est dévoilé peut permettre d’amender des lois, corriger les instances dirigeantes, renforcer le respect des normes, contrôler les corps constitués, réguler la vie de la cité. La transparence reste donc le gage le plus sûr contre les dérives de cols blancs peu scrupuleux ou d’élus se croyant au-dessus des lois du peuple qui les a mandatés.

En conséquence, le scandale a un sens et une utilité : signaler l’injustice pour affermir la structure normative, réformer le système et faire avancer la responsabilité des autorités compétentes. Il réactive chez le citoyen l’idéal de l’intégrité morale et de l’élu vertueux.

De ce fait, il échoit au judiciaire d’enquêter sur les pratiques louches et de contrôler la probité de la vie publique, aux médias de publier des informations – parfois compromettantes – et de révéler les dessous du pouvoir. C’est en cela que consiste leur contre-pouvoir essentiel à la moralisation des activités politiques et sociales.

Ainsi, la peur du scandale représente un rempart contre les tentations de déviance des puissants car en principe, nul n’est à l’abri des indiscrétions de la presse ou des poursuites des magistrats. De la sorte, médias et justice opèrent comme les sentinelles de la morale et de la légalité générales, en divulguant au grand jour ou poursuivant les manigances et manipulations exécutées dans l’ombre. Le fantôme de la dénonciation publique permet à la démocratie, à ses institutions et à sa société civile, de se perfectionner en affermissant ses valeurs reposant sur l’égalité, la transparence et l’imputabilité de tous… Les affaires apparaissent par-là comme les signes vivants d’une démocratie active qui plie certes parfois mais ne rompt pas. Vives les scandales !

Noémie Grynberg